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Le PDG de la X-TREM Factory entretiendrait une relation des plus intenses avec sa vice-présidente. On espère que ce n’est pas cette affaire qui a distrait l’ancien Phoenix de son travail et qui a entraîné un manque de sécurité lors de la dernière conférence de presse de l’entreprise où à eu lieu une explosion causant la mort d’un de ses haut-gradés...
Le mystérieux « Mist » dont l’apparition soudaine a récemment secoué la ville serait en fait une association de trolls désoeuvrés voulant profiter de la panique des récents attentats pour gagner plus de popularité sur les réseaux sociaux.
Il paraîtrait que le fondateur de la ville Edward Astrophel aurait été le descendant direct de Diogène, le philosophe grec qui vivait dans un tonneau. Incroyable !
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((ben)) ; this world between us
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MessageSujet: ((ben)) ; this world between us   Jeu 1 Fév - 11:22

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Les talons qui claquent sur le macadam fissuré des rues, résonne contre les murs de béton humides et décrépis. Triste journée de pluie ; l’averse s’est apaisée et les nuages gorgés d’eau retiennent leurs larmes — viendra l’instant de les lâcher, l’instant où la peine est trop, où le monde force à ployer ; puisque sur Terre, même les anges pleurent.

Des coups d’épaule et des coups d’oeil en biais, des rires gras qui amplifient à mesure qu’elle avance, et pourtant la foulée ne ralentit pas ; le pas assuré, le regard droit — les rues et leurs lois, le fight et le deal elle connaît par coeur ; c’est dans ce monde-là qu’elle a grandi, une fille dans un monde d’hommes, une femme dans un monde de chiens.
La faute à ces jambes blanches qui se montrent sous les plis d’une robe cintrée, d’un manteau ouvert — le décolleté léger dissimulé sous l’écharpe laineuse ; la faute à la féminité assumée qu’elle ne craint pas d’étaler, et la faute aux instincts bêtes et bestiaux des autres, le flirt lourd et la ceinture trop étroite.

La suite est habituelle ; dans l’ombre de la belle se glisse l’un de ces types qu’on appellerait molosse, deux têtes de plus que les gringalets qui pâlissent à l’instant et s’écartent — ils avisent les muscles bandés tatoués le crâne rasé les lunettes noires et le diamant au lobe ; ç’a quelque chose d’Hollywoodien, un côté starlette à la sortie des limousines. La réalité tranche — une gamine qui gueule l’amour du danger, un monstre dégorgeant d’égoïsme et de cruauté, d’enfance biaisée de folie détraquée ; sous les parures dorées la crasse et le vernis, le verre protégé des coups par les gros bras engagés par son père et qu’elle n’a jamais congédiés. Elle se sait vulnérable ; même d’un rien, faillible, capable de lutter contre un mais contre vingt comme tous impuissante — alors elle est l’esprit, et le corps elle laisse à d’autres.

« Tu provoques, Serah, lance le type d’un ton las, quoique narquois, à l’instant même où ils dépassent la meute de ratiers au coin de la rue. C’est mal de jouer comme ça.
Quoi ? Je ne vois pas de quoi tu parles. »

Ils échangent un regard, lui presque irrité, elle amusée ; plus loin elle avise l’entrée d’un bar miteux, comme on en trouve des tas dans les allées d’Hiawatha — le décor classique des misérables et des médiocres ; les enivrés de neuf et quinze heures.

« Tu n’y penses pas sérieusement ? s’enquiert l’homme après avoir suivi le regard de sa jeune patronne.
Allez, on a tout refilé, ça ne craint rien. Et puis si jamais, t’es là, toi.
Je n’y échapperai pas ?
Je salue la perspicacité. »

Elle pousse la porte et s’engouffre dans la chaleur moite qui relève les relents d’alcool ; au courant d’air qu’elle laisse pénétrer dans la pièce on lui lance des regards peu amènes et des grognements — des sifflements équivoques sur sa droite. En dénouant l’écharpe qu’elle replie sur son bras elle s’avance entre les tables et jusqu’au bar, se perche sur un tabouret haut et croise les chevilles sur l’un des montants de fer en son milieu. Du bout des doigts, elle emmêle les cheveux qui s’échappent de la tresse nouée sur son épaule, adresse un signe léger au barman qui vient de la remarquer.

Quand il s’approche, que ses traits se dessinent sous les lumières étranges du plafond, ils lui paraissent familiers ; la carrure et le visage, comme une impression de déjà vu — de vieilles images rappelées à sa mémoire mais qu’elle ne parvient pas à rendre nettes.

« S’il est possible de prononcer cette phrase sans avoir l’air intéressée, puis-je vous demander si nous nous connaissons ? J’ai l’impression de vous avoir déjà rencontré quelque part. »

Comme les années passent, et le temps, et les gens ;
l’enfant a grandi — mais peut-être pas tant.


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MessageSujet: Re: ((ben)) ; this world between us   Ven 2 Fév - 17:31

C’est une journée de travail habituel, entre servir les clients, parfois un peu trop alcoolisé trop tôt, faire la plonge et nettoyer les tables. Ben aime cette routine, il apprécie avoir des discutions profondes avec les habitués et faire connaissance avec les nouvelles têtes. C’est une vie paisible, malgré les moments assez fréquents où un trop plein d’alcool entraine des embrouilles. Ces bagarres, Ben à appris à les gérer en utilisant son pouvoir à bonne escient, en mettant des tables comme obstacle entre les amateurs de violence par exemple. Il n’intervient physiquement qu’en cas de dernier recours, mais jamais sans user de violence.

Ce rythme lui convient parfaitement, il est heureux de s’être sorti de cette activité misérable qu’était le trafic de drogue, et savait parfaitement qu’il avait eu beaucoup de chance de s’en être sorti. Il n’avait aujourd’hui plus aucun contact avec des dealers et le peu d’anciennes relations qu’il conservait de cette période était des gens qui avaient réussis à s’en sortir également, par l’aide ou non de Ben. Et maintenant, le blond utilisait le bar pour, entre autres, aider les plus démunis à ne pas tomber dans les bas-fonds de la drogue et de la violence. C’est pour cela qu’il travail toujours à Hiawatha, il n’a jamais eu la prétention de partir dans des quartiers dont le mode de vie était totalement différent de ce qu’il est. Il veut changer le monde à son échelle.

Aujourd’hui, la journée à été plutôt calme, comme souvent durant la semaine, le bar peuplé de quelques habitués de longues dates venu boire leurs cafés du matin, bières du midi, vodka du soir. Ben en profite pour se tenir au courant de ce qui se passe dans le monde à travers les dires de ces clients.

Autour de 18h cependant, un changement d’atmosphère perturbe le serveur. Des sifflements se font entendre, crée par l’entrée d’une jeune femme à la chevelure de feu. Ben remarque un certain agacement aussi des clients, n’appréciant visiblement pas la présence du molosse derrière la fille. C’est vrai que la présence d’un garde du corps était peu commun par ici.
Les deux nouveaux s’installèrent au bar, et alors que le blond surveillait d’un œil attentif ses clients pour éviter tout dérapage, la fille pris la parole.

Alors Ben observe la jeune fille, et l’image d’une adolescente lui revient en tête. Et il fronce les sourcils. Il l’avait déjà rencontré lors d’une de ces visites chez le plus grand trafiquant de l’époque, dont Ben avait appris la mort il y a environ deux ans. Ils s’étaient ensuite liés, jusqu’à ce que le blond coupe les ponts avec tout cela.  Evidemment, elle était jeune, c’est normal qu’elle ne s’en rappelle plus maintenant.

- On s’est effectivement déjà rencontré, cependant cette une période de ma vie que je ne veux pas évoquer.

Ben range un verre qu’il vient de laver et se retourne de nouveau vers les deux.

- Qu’est ce que je vous sers ?

Il veut seulement détourner la conversation.
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MessageSujet: Re: ((ben)) ; this world between us   Mar 13 Fév - 19:59

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Elle cherche dans les yeux de l’homme une réponse ; quelque chose qui serait assez pour balayer ses doutes, imprimer un nom sur ses lèvres — le regard qu’il pose sur elle et l’éclat étrange qu’elle y lit l’espace d’une seconde suffit à la convaincre.
Il la reconnaît ;
ils se connaissent.


Elle ne le remet pas ; le monde elle le côtoie à grandes foules agitées — d’une part ses clients, ses hommes de main, ses collègues des bas-fonds, d’autre part les étudiants du campus, ailleurs encore les hautes sphères des soirées auxquelles on l’invite, immanquablement ou presque. Les visages elle en voit des dizaines, des centaines, n’en retient que peu ; les fréquents, les importants, ceux qui sont restés, d’une façon ou d’une autre — Meredith, Daemon, Duncan, Sky, Valentino, une poignée parmi tous ceux qu’elle côtoie au quotidien.
Le doute persiste ; ses prunelles glaciales sont brûlantes — d’une curiosité d’enfant qui ne s’apaisera qu’une fois satisfaite.

« On s’est effectivement déjà rencontré, cependant cette une période de ma vie que je ne veux pas évoquer. »

Elle plisse les yeux ; tourne et retourne dans son esprit les indices qu’il vient de lui donner — le seul milieu sale qu’elle ait jamais fréquenté, elle y baigne encore, à sa source elle s’abreuve, parfois s’y noie.
Il a la carrure ; celle des types dont elle s’entoure volontiers, ceux qui savent donner des coups et surtout les encaisser — un instant, son image se superpose à celle de Duncan, et la comparaison l’amuse. Elle lâche un soupir, sifflement railleur qui attire sur elle le regard inquisiteur de son homme de main, sans pour autant qu’elle prenne la peine d’expliciter sa pensée.

« Qu’est ce que je vous sers ?
Quelques instants d’honnêteté ? elle lance, moqueuse, sous l’oeil sévère de son gardien du jour.
Un cognac, il enchaîne vivement, pour détourner le sujet du terrain glissant, las et fatigué. Ne lui prêtez pas trop attention, elle n’a pas l’habitude de réfléchir avant de parler.
Je ne suis pas une enfant, crache-t-elle, venimeuse, incendiaire — pas humiliée, agacée seulement, et c’est assez. »

Walter soupire, lève les mains en un signe de reddition désabusé. Sans plus lui prêter crédit, Serah reporte son attention sur l’homme derrière le comptoir, l’intérêt au plus vif — elle n’en démordra pas, ne lâchera jamais l’affaire ; ce qu’elle veut elle l’obtient,
princesse capricieuse,
enfant gâtée, quoiqu’on elle en dise.


« Qu’est-ce que vous avez tous, les anciens, à vous réorienter du côté de la boisson ? »

A ses yeux, pas grand chose de différent, de l’alcool à la drogue — s’agit d’une récréation pour certains, d’une fois en passant ; mais il y a les autres, les piliers de bar, et à chaque verre qu’on leur vend c’est aussi leur sang qu’on empoisonne.
La rupture s’impose dans la légalité de l’affaire — la même grande affaire que la cigarette ; arme de destruction massive vendue à tous les coins de rue.

« Et aussi, quel intérêt de rester dans les... (elle jette un coup d’oeil circulaire autour d’elle, avise les recoins miteux, peu chaleureux ; Hiawatha, sa pourriture et sa débauche comme partout ailleurs dans les allées.) bas-fonds, dis-moi ? »

Elle ne l’a pas encore remis ; qu’importe.
A le faire parler et à l'usure, elle finira bien par obtenir des réponses.


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MessageSujet: Re: ((ben)) ; this world between us   Mer 14 Fév - 18:18

À la demande de ce qui semblait être un garde du corps, Ben lui servit un verre de l'eau-de-vie. Ne pas trop faire attention à la remarque de la jeune fille serait effectivement le mieux à faire, alors Ben laisse glisser. De toute façon, honnête, le blond l'était, il pensait sincèrement avoir fait le bon choix en quittant ce milieu et en essayant de se ranger. Il ne comptait absolument pas revenir en arrière et retomber dans ce milieu.

Il regardait calmement la rousse, qui semblait ne pas le remettre. Tant mieux. Même si elle ne semblait pas vouloir lâcher l'affaire. Déjà à l'époque, la fille alors adolescente semblait être une enfant capricieuse, pour le peu qu'il l'avait croisé. Le genre d'enfant ayant vécu dans le luxe et pensant que tout lui est permis. C'était tout l'inverse de Ben, il avait toujours trimé pour faire sortir sa famille de la misère et il n'avait jamais voulu abandonner son milieu d'origine. Alors même si son travail de serveur lui permet aujourd'hui de vivre convenablement et d'aider ses proches, il voulait toujours être à proximité de cette atmosphère dans laquelle il avait grandi. Et pouvoir arranger les choses à son échelle.

« Qu'est-ce que vous avez tous, les anciens, à vous réorienter du côté de la boisson ? »

Ben n'était pas stupide, il savait bien que l'alcool pouvait être autant une drogue pour ses clients que les produits qu'il vendait autrefois, et que cela en détruisait certains. Mais le blond faisait son maximum pour maîtriser cela, et n'hésitait pas à refuser de servir quelqu'un quand il jugeait que ce n'était pas raisonnable. Et par le biais de discussions avec des habitués ou non, il avait pu les aider à s'en sortir. Bien sûr, il n'avait absolument pas la prétention de pouvoir sauver tout le monde, mais il essayait autant que possible.

« Et aussi, quel intérêt de rester dans les bas-fonds, dis-moi ? »

Au regard inquisiteur de la jeune adulte sur le bar et à sa remarque, l’ambiance se refroidit un peu plus encore, Ben sentant les regards haineux de certains clients se dirigeait vers la rousse. Il ne fallait pas qu’elle continue dans cette provocation. En tout cas, il continuait à surveiller une quelconque menace éventuelle, même si son garde du corps appliquait sûrement très bien son rôle de protecteur.

- Tout le monde n’a pas le choix. Et d’un point de vue personnel, j’ai la volonté d’arranger autant que possible les choses.

Ben détache son attention un instant de la jeune fille, un client commandant une bière. Il lui sert une pinte de blonde, puis se retourne vers la dealeuse en soupirant.

- Et vivre dans le luxe en acceptant de sacrifier les autres pour cela ne m’intéresse pas.

Ben essaye d’insinuer le moins possible qu’il connaît le monde de la drogue, il ne veut pas qu’elle sache. Il se dirigea vers la salle pour aller récupérer des verres de clients partis et nettoyer la table, avant de revenir derrière le comptoir pour faire la plonge, sentant un regard azur plein de question le suivre.
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MessageSujet: Re: ((ben)) ; this world between us   Lun 19 Mar - 9:49

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Elle ignore les regards qui se dirigent vers elle ; qu’ils soient curieux ou fielleux, elle n’y accorde qu’un vague intérêt désinvolte. L’idée du danger ne l’effleure même pas — elle se sait à l’abri, là-haut dans sa tour d’ivoire ; et sous le blouson de cuir de Walter une arme à feu, dans sa poche une arme de poing, et au bord de l’esprit de la belle le pouvoir de douleur capable d’anéantir, un feu intérieur duquel elle n’aura qu’à brûler ceux qui voudraient la faire tomber.

« Tout le monde n’a pas le choix. Et d’un point de vue personnel, j’ai la volonté d’arranger autant que possible les choses. »

Elle réprime un froncement de nez léger, et c’est plus fort qu’elle ; ils l’agacent, l’ennuient et la lassent, les idéalistes, ceux qui croient encore qu’il existe une chance pour les mortels en ce bas-monde, ceux qui n’ont d’autre consistance que leur idée inconsciente de changer les choses. De l’auto-persuasion pour croire que la la soi-disant beauté des Hommes demeure encore tapie quelque part, et qu’il suffit de souffler les braises pour raviver la flamme.
Ils ne sont qu’une poignée dont on peut espérer dévier la trajectoire un jour, et c’est si peu sur un monde entier que ça ne compte pas vraiment.

« Et vivre dans le luxe en acceptant de sacrifier les autres pour cela ne m’intéresse pas. »

Cette fois, c’est un rictus mauvais, teinté d’un rien de folie, qui s’étire sur ses lèvres ; dans ses yeux une lueur indéfinissable, dans sa gorge un rire qui ne s’échappe qu’en un ricanement ténu quand il s’éloigne. Elle le fixe de ses prunelles glaciales lorsqu’il s’éloigne dans la salle, curieuse et incendiaire.

« Serah, lance Walter, le ton chargé d’un avertissement qu’il ne formule pas — il sait si bien décrypter les pensées qui traversent l’esprit de la gamine, si bien traduire ses silences lourds de rage et de défi.
Oh, Walter, pitié, épargne-moi tes remontrances à venir, tu n’es pas mon père, et il me cherche.
Je ne suis peut-être pas ton père, mais je suis un de ceux qu’il a chargés de te protéger après que Duncan soit parti, alors ne… »

Il se tait, face au regard sombre qu’elle lui adresse à la simple évocation du nom de ancien homme de main — celui de son père ; à ses yeux il avait l’air d’un ami et d’un frère, c’était autre chose.
Et sa présence était préférable à la tienne, Walter.

Un mouvement dans l’angle de son champ de vision reporte son attention de l’autre côté du comptoir, où le barman a repris sa place. Elle croise les bras sur le marbre rayé, se penche légèrement en avant dans la direction du type qu’elle n’a pas fini d’user.

« Je prendrais un cosmopolitan. »

Elle se redresse sur son tabouret, croise et décroise les chevilles plusieurs fois, croise les jambes pour en finir. Les mots se bousculent au bord de ses lèvres, lui brûlent la langue comme si c’était de la bile acide qui rongeait ses chairs — du venin, du poison qui n’attend que de se répandre.
Elle remercie d’un signe de tête et sans un mot, goûte une gorgée fraîche du cocktail ; et c’est le seul répit qu’elle accorde à l’homme, quelques secondes à peine avant que ses prunelles ne reviennent scruter le moindre de ses mouvements — à la recherche d’un geste qui trahirait un souvenir, d’un regard qui en dirait un peu trop long.
Qui rappellerait à sa mémoire son identité.

« Je ne vais plus faire comme si je ne comprenais pas les sous-entendus dans tes mots. (elle abandonne le vouvoiement, se place d’instinct sur un pied d’égalité ; baisse le ton du même coup, pour que ces mots-là n’aillent pas s’égarer dans les oreilles des clients attablés autour d’eux dans la salle.) Il n’y a qu’un seul milieu dans ma vie qu’on peut regretter d’avoir traversé, la seule sphère dans laquelle il est probable que tu m’aies rencontrée un jour ou l’autre. »

Elle cherche sur son visage le signe d’une tension soudaine — un regard qui fuit ou s’égare, une mâchoire qui se serre, une tempe qui bat, ou une paupière, une veine sur le front ou le long de la gorge, qu’importe : elle cherche une preuve qu’elle a misé juste, quelle qu’elle soit.

« Et si tu crois que ce n’est que par amour du luxe que j’y baigne encore de tout mon être… Tu as on ne peut mieux fait de quitter ce monde-là, qui te sied alors bien mal. »

Du fiel dans sa voix, agressive, une chienne qui montre les crocs
ne crois pas m’apprendre cette vie que tu as fui.


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MessageSujet: Re: ((ben)) ; this world between us   Ven 23 Mar - 21:00

Ben sent bien le regard de la jeune fille guettant un signe, une expression qui le trahirait alors qu’il range les verres propres puis prépare le cosmopolitan commandé. Ses mots ont du titiller la rousse, qui se fait bien plus agressif et direct dans ses mots. Soit, mais il en fallait plus pour démonter Ben. Il a appris à garder son sang froid depuis qu’il travaillait au bar, alors qu’il avait tendance à réagir plutôt au quart de tour adolescent et jeune adulte. Et il en assez fière.


Alors il ne se démonte pas quand elle fait son hypothèse. Il constate juste, amèrement, qu’elle n’a pas quitté ce milieu même s’il s’en doutait. Il ne comprend pas comment un père pouvait avoir envie de ça pour sa fille, mais il ne jugeait pas, il ne connait pas toute l’histoire de cette famille de toute façon. Dans tout les cas, Ben ne compte ni renier ni affirmer la théorie de Serah. Si elle en est sûr, ça ne servait plus rien de le cacher mais comme elle n’a toujours pas l’air de le remettre complétement, il ne veut pas non plus lui donner raison. Il n’a pas envie qu’elle se souvienne. Alors il continuera de parler en sous-entendu. Et de défendre ses convictions, aussi utopiste qu’elles soient.


- Et si tu crois que ce n’est que par amour du luxe que j’y baigne encore de tout mon être… Tu as on ne peut mieux fait de quitter ce monde-là, qui te sied alors bien mal.

Cela piqua légérement la curiosité de Ben, qui se demande bien pour quelle autre raison que le goût de l’argent et du luxe pouvait la motiver à rester dans « ce monde ». Lui-même, il y était rentrer pour ça, même si c’était plus par nécessité de faire vivre sa famille que par réel amour pour l’argent. Alors il cherche à comprendre.

-Quelle motivation te pousse à y rester alors ?

Car oui, il ne peut juger quelque chose qu’il ne comprend pas et, toujours en détournant le sujet de leurs rencontres, il cherche à savoir ce qui empêche Serah de quitter le monde de la drogue. C’est une des habitudes du serveur, comprendre autrui et le monde qui l’entoure pour affiner ses propres idéologies.
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MessageSujet: Re: ((ben)) ; this world between us   Dim 13 Mai - 20:51

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Elle boit une gorgée de sa boisson, lentement. Fraîche et fruitée, sucrée comme elle l’aime. Elle prend le temps de savourer le goût qui lui plaît tant ; instant de détente et de relâchement qu’elle s’autorise lorsque l’alcool répand une douce sensation de chaleur dans son corps — jusqu’à l’entendre de nouveau. Sa voix, lui — et sa question, si naïve qu’elle lui arrache un rictus entre la condescendance et l’attendrissement.
Pour autant, elle ne répond pas — pas tout de suite. Elle le laisse réfléchir, imaginer. Ce qu’il voudra — tout ce que lui vendra son esprit. Elle se demande s’il pourrait saisir la vérité, dans son sourire, sa nonchalance — elle s’étonne qu’il n’ait pas encore compris.
Y a-t-il donc mille réponses à sa question, pour qu’il nage encore dans le doute ? Elle soutient son regard — sourcil haussé, quelque chose d’insolent dans les yeux. A quel moment réaliseras-tu ?

Quelles ambitions seraient assez, pour étendre pareil empire que le sien ? Quel amour faudrait-il et pour qui, pour quoi, pour briser vies, rêves et familles au nom de la poudreuse et sans ciller ? Tu ne comprends toujours pas ?

« À ton avis ? »

Elle boit, encore — petites gorgées sucrées du bout des lèvres.

À ton avis ?
Si quiconque la forçait, n’aurait-elle pas assez de pouvoir aujourd’hui pour les faire tuer, les empêcher de lui nuire, les empêcher de la faire plier ?
Si c’était pour l’argent, pour le luxe, n’en aurait-elle pas déjà bien assez avec la fortune héritée de son père ? Ne vivrait-elle pas toujours dans le manoir des Ziegler, plutôt que de le sous-louer ; plutôt que de louer un appartement quelconque en ville ?
Allez, réfléchis.

« J’aime ce que je fais, elle souffle finalement — une bombe lâchée dans le vide. Voilà tout : la détresse. La folie des Hommes. Tout ce qu’ils sont capables de faire, au nom de leurs paradis artificiels chéris. »

Les clients tombés dans le deal pour payer leurs propres doses, elle en connaît — certains ont rejoint les rangs de ses hommes de main ; des types qu’elle ne croise jamais, les échanges de came et de billets elle les délègue à d’autres, parce que ces hommes-là ne lui plaisent pas, ennuyeux qu’ils sont. D’autres ont trouvé à vendre leurs corps pour les mêmes raisons. Rares, en vérité, sont ceux qui tiennent sur la longueur sans avoir à traîner les bas-fonds pour avoir de quoi financer ses prochaines défonces — à moins d’être de la jeunesse dorée, et de n’être jamais déshérité. Mais des gamins qu’on a mis à la porte de chez eux, héroïne dans les veines et sans le sou, elle en connaît aussi.

« Je trouve ça fascinant, elle articule, mielleuse, féline — il faudrait l’imaginer jaguar prête à se jeter à la gorge de sa proie. Pas toi ? »

Non, pas lui. Sans doute pas. Comme tant d’autres. Trop bons pour ce monde-là. Trop fragiles, trop sensibles, trop concernés. Trop idéalistes, souvent, avec trop de sentiments qui ne font pas d’affaires.
Ça l’arrange, elle, que ces types-là se tiennent loin des siennes, d’affaires — ils finissent souvent indic’ et balances, quand les hommes de loi promettent d’être plus tendre envers eux s’ils parlent. Ils sont ceux dont le sang a déjà taché ses mains — ceux qu’elle, elle n’hésitera jamais à rayer du monde comme une mention inutile.


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