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 reflection × (romeo & ronan)

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MessageSujet: reflection × (romeo & ronan)    Sam 17 Juin - 23:22

MIRROR, MIRROR ON THE WALL
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Hiawatha.
C’est la première fois depuis des lustres que tu ne t’es pas posé plus d’une semaine dans le même coin. Dernièrement, aucun endroit ne trouve grâce à tes yeux ternes, à tes envies tordues et tes besoins vicieux. Partout où tu as été dans les environs, c’était trop joli, trop calme, trop lumineux ou trop pourri sous le couvert du luxe. T’aimes pas ça –t’as jamais aimé.
Toi t’es né dans la crasse Ronan. Ta mère t’y a laissé tomber dès que t’es sorti de sa chatte et elle t’y a laissé moisir jusqu’à ce que t’ai enfin les couilles de te tirer –jusqu’à ce qu’il n’y ai plus rien là bas pour t’y retenir, à part peut-être deux tombes trop fraîches qui te sortent par les yeux tant tu les revois en rêve, les nuits où t’es assez clean pour rêver.
T’aimes pas les lieux qui ressemblent à des cartes postales.
C’est pour ça que t’aime bien Hiawatha.

Avec ta caisse moisie et ta dégaine de clochard on te jetterait à coup de pied au cul des beaux quartiers –Nahuel, Haylen, même Saten t’es pas sûr d’y être accueilli à bras ouverts. Mais Hiawatha, là ça t’fait sourire mon vieux, là ça t’parle. C’est crade, ça empeste la médiocrité, les rêves étouffés par le manque de moyens, et les dents des requins des rues scintillent dans le noir quand tu traînes ta carcasses jusqu’à l’hôtel où tu crèches –ça fait approximativement dix jours que t’es là, mais tu n’as passé qu’une nuit seul depuis ton arrivé ; disons que tu compenses pour les nuits passées sur la route, à te demander à quel moment ce serait bien de braquer le volant, te manger le fossé, clamser comme le déchet que t’es et en finir avec tout ça. Mais le volant, tu l’tournes jamais, tu sais pas pourquoi.
Peut-être que tu t’dis que y’en a une là-haut, parmi les étoiles, que ça rendrait triste de te voir te foutre en l’air comme ça, et la pauvre, tu lui as déjà assez scarifié le coeur pour ne pas en rajouter une couche.

Tu revois un instant son regard de biche derrière tes paupières –pourtant t’as la langue d’une autre qu’est en train de te polir les molaires– tu crois sentir son parfum un instant avant de réaliser que non, Daisy, elle était trop pure pour sentir la vodka et la beuh comme celle qui squatte ta bouche et tes genoux actuellement. Daisy, c’était l’odeur de la rosée le matin, et des pêches mûres que t’aimais cueillir perché dans l’arbre de la cour de l’orphelinat pour les lui donner parce que c’était ses préférées.
Elle sentait la vie, pas la déchéance.
Tu soupires, tu t’attardes encore une seconde sur le souvenir avant de passer tes mains sous les jambes de cette fille dont tu sais même pas le nom pour la faire bouger de tes genoux –elle proteste, et machinalement tu laisses glisser ta main dans son cou dans une caresse sensuelle qu’on pourrait croire affectueuse si seulement ton regard n’avait pas l’air si hagard ; mais ça marche, elle te pense sous son charme, elle se calme.
Tu reviendras lui faire sa fête plus tard peut-être.
Pour l’instant c’est pas de ça que t’as envie ; pour l’instant, t’as besoin d’un verre profond comme un tonneau pour effacer les années dont tu viens de te rappeler en l’espace de quelques minutes.

Alors tu t’avances d’un pas chancelant vers le bar en prenant soin d’éviter les coups accidentels donnés par la foule de gamins qui se déhanchent sur la piste –quoique y’en a, t’as l’impression qu’ils ont confondu soirée et partie fine tellement ils se pelotent sans honte devant les autres. Mais ça t’fait marrer quand tu vois ça d’loin –et puis tu peux pas affirmer l’avoir jamais fait non plus, même si tu t’souviens pas de quand, qui, ni comment.

« Mets-moi six Jägerbomb s’teup » t’articules à l’intention de la barmaid –une nana à qui tu dirais jamais non, pas parce qu’elle te plaît mais parce que t’aurais trop peur qu’elle te brise en deux sous le coup de la colère avec sa carrure de camionneur.

Elle acquiesce, pose le verre qu’elle était en train d’essuyer et se retourne pour s’occuper de ta commande –et toi tu te prives pas de la reluquer de dos, et t’admets quand même qu’elle a une chute de rein des plus honorables.
Elle pose les shooters sous tes yeux, et tu la remercie, en la gratifiant d’un de tes sourires en coin qui font des ravages auprès des midinettes en manque de bad boy torturé –t’as déjà oublié la beauté brune qui te bouffait les lèvres y’a pas cinq minutes ; t’as pas le temps de t’en souvenir que t’ingurgites déjà le contenu des deux premiers verres.
La chaleur monte d’un cran, tu te débarrasses de ta chemise que tu noues sur tes hanches, laissant ainsi tes bras à la vue de tous –tatouages, cicatrices, et bijoux en faux cuir et faux argent compris.

C’est qu’une nuit comme les autres. T’en est pas à ton premier verre de la journée, ni à ton dernier, et tu finiras probablement la nuit entre les cuisses d’une fille que t’auras réussi à draguer, ou à vomir tes tripes dans la rue –peut-être les deux d’ailleurs.
Rien de nouveau sous la Lune jusqu’à maintenant.




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MessageSujet: Re: reflection × (romeo & ronan)    Sam 17 Juin - 23:56

reflection ✘

After.
Qui ne s’en serait pas douté ? Ils — non, elles — attendaient. Celles qui se déhanchaient devant l’estrade quand on enflammait la scène improvisée ; elles attendaient. D’me voir débarquer pour m’fondre dessus, la bouche en cœur et trois boutons d’leur chemise défaits. Comme d’habitude, chacune voudrait être celle que j’allongerai, celle que j’déshabillerai, celle que j’baiserai à défaut d’lui faire l'amour. Désolé pour elles — pas vraiment —, j’les ignore. J’leur balance mes sourires ajustés pour les faire brûler, mais mon regard les traverse sans croiser le leur, sans noter leurs courbes, sans même apprécier innocemment une fesse rebondie ni un sein au galbe parfait sous un haut un peu trop fin. Ce soir, je n’ai d’yeux que pour une seule ; elle est mi-humaine, mi-univers, elle a les yeux couleur infini et les lèvres saveur nicotine, le toucher chaleur braise encore rouge.
J’ai mes mains sur ses hanches, mes doigts qui effleurent une parcelle de peau insolente, dévoilée par le tissu que je n’ai pas empêché de remonter sur sa taille ; j’ai mes lèvres contre sa gorge, je sens les pulsations qui s’emballent à chaque fois que ma bouche la frôle. J’ai le souffle court, et comme une impression de déjà-vu.
J’ferme les yeux, j’déglutis ; j’me sens défaillir. C’est dingue, à chaque fois, c’t’impression qu’j’ai, qu’si ça la concerne, alors j’pourrais bien envoyer valser le monde et foutre en l’air toutes ces histoires de décence. Au fond, p’t’être même que ce n’est pas qu’une impression.
« Attends… je souffle, la voix éraillée, en esquissant à peine l’ombre d’un demi-pas en arrière. Pitié, un temps mort… » Rictus. J’suis petit joueur quand il s’agit d’elle, mais putain, elle m’fait perdre la tête. « Si tu permets, j’vais m’rafraîchir un coup. » J’ricane un coup ; l’état dans lequel elle m’fout est certainement flagrant. J’recule encore un peu, et ce sont les pas de trop. On me bouscule, la foule forme une masse compacte qui chahute et tangue et dérive et m’entraîne plus loin, l’arrache à ma vue. Peu importe ; où qu’elle aille, je la retrouverai.

J’me laisse porter par le mouvement, je sillonne entre les bêtes à deux dos — sans déc’, certains n’en sont franchement pas loin — affamées qui s’agrippent le cul et se bouffent les lèvres, style mauvais porno sur lesquels on s’branle rageusement à quinze piges quand on est en manque furieux d’deux cuisses entre lesquelles trouver refuge et qu’pour compenser, on a qu’sa main maladroite et l’sentiment honteux qui nous force au silence devant l’écran et sous les draps, genre cache-misère — ouais, clairement, ça sent l’vécu.
J’assume. Moyen.

A force de patience — et d’un bon jeu d’épaules — j’atteins enfin le bar. Noir de monde. Ça parle fort, ça tente de couvrir les basses qui cognent fort, les riffs de guitare qui vibrent et résonnent — rien que de les entendre, mes doigts frémissent de rejouer les notes dans le vide. Boum, boum, boum. J’voudrais bien en crever, d’la musique, de mes instants d’oubli quand j’joue, quand j’m’abandonne à la scène. Ce serait beaucoup trop bon — comme un orgasme, la trique en moins.
J’me fraie — non, plutôt, j’essaie de me frayer — un chemin jusqu’au comptoir. On me lance un regard noir auquel j’réponds par un énième rictus, on m’balance une insulte qu’j’entends pas au dessus du bon rock qui empli la pièce. Sans déconner, rien que pour ça, j’aime bien ce coin d’Hiawatha, trop proche de Scitlali, des zones douteuses dont même les flics se méfient. On s’risque pas trop aux regards en croix ici ; on n’aime pas les balances non plus, alors personne n’aura les couilles d’aller se plaindre pour tapage nocturne. Les adultes ont peur, peur de ces mômes des quartiers sales qui n’ont peur de rien — qui le prétendent au moins.
Mais j’crois qu’j’les préfère quand même à certains autres des beaux districts. Ceux-là qui sont trop bien nés, trop bien pensants, ils ont dans leur tête des valeurs, sur leurs yeux des oeillères. C’sont ceux de cette espèce-là qui m’ont cassé la gueule pour avoir le malheur d’être un, je cite, chien en rut qui s’tape des pédales. Ceux d’Hiawatha, du peu que j’les connais, c’est différent. Tête à claques, tu ramasses ; audace, franc parler et pas flippé à l’idée d’lever l’poing, t’as d’quoi t’faire une place et attiser l’respect. C’est du challenge et d’la remise en cause de légitimité permanente, mais c’est préférable aux coups d’ces enfoirés qui savaient même pas comment j’m’appelais, qui n’avaient eu vent que des bruits d’couloirs — qui savaient qu’j’avais commis l’immondice d’plaquer mes lèvres contre celle d’un autre. Un autre. Pas une autre. C’est cette terminaison défaillante qui leur posait problème et faisait de moi leur souffre-douleur favoris. Fils de putes.

J’abandonne l’idée de commander — trop de monde, ça va prendre trois plombes, et j’pense pas être spécialement connu pour ma patience. J’vais pour m’barrer et retrouver Meera quand mon regard se heurte à une silhouette, une chevelure, deux prunelles pendant une fraction de seconde trop familières. J’ai un instant de trouble, de flottement — suivi d’un autre de rage qui fait bouillonner mon sang. J’ai déjà de l’alcool qui court mes veines, j’crois qu’ça aide pas au self-control. Mais j’me calme, j’me fais violence — c’est pas lui putain, c’est pas lui. Lui a l’teint livide et des ombres sous les yeux, l’air du tombeur, du bad boy un peu fragile qui plaît bien aux filles — drôle comme d’un coup, j’ai l’impression d’me voir dans un miroir, bouffé par les drogues qui m’niquent le corps et les angoisses qui m’niquent les nuits.
Un millier de fois, au beau milieu de ces heures vides de sens, j’me suis demandé c’qui m’empêchait d’me tirer une balle dans la tempe. J’ai toujours pas trouvé la réponse, soit dit en passant.

Devant l’type, six shooters, deux déjà vides. De vue, j’sais pas dire c’qu’ils contiennent — ironiquement, j’suis une bille en alcools, clairement ; j’bois c’qu’on m’file, j’commande la même chose qu’les autres, j’fais du mimétisme, mais c’est comme avec les prénoms : y’a peu de noms de boissons que j’retiens vraiment. N’empêche, ça m’rend curieux — le mec, pas les verres. Quoique.
J’hésite à peine avant d’m’approcher et d’me pencher par dessus son épaule. J’chope un des shooters, j’ricane en minaudant, près d’son oreille. « Tu m’excuses, j’ai soif mais y’a foule et j’ai la flemme. » J’porte le verre à mes lèvres, j’renverse la tête et j’le vide cul-sec. Ok, ça m’revient, presque ; c’est pas un truc qui sonne allemand c’machin ? En tout cas, il a bon goût.
Mais, quand même, autant d’verres pour lui seul ?
Y’a un truc que t’as envie d’faire taire dans ta caboche, p’t’être ?
T’en fais pas, va, j’connais bien ça aussi.
J’juge pas.


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MessageSujet: Re: reflection × (romeo & ronan)    Dim 18 Juin - 0:02

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La boisson te coule dans le gosier, mais c’est à peine si tu en sens la brûlure. Faut dire que de un, c’est loin d’être l’alcool le plus fort que t’ais jamais bu, de deux, avec l’habitude, t’as fini par ne plus y porter attention –tous les nerfs de ta gorge doivent être anesthésiés par l’éthanol à l’heure qu’il est. T’as l’esprit vagabond, l’oeil vague et une ébauche de sourire aux lèvres –sourire curieux, pas vraiment définissable, et à peine remarquable ; tu sais pas pourquoi tu souris.
Peut-être que pour toi c’est juste plus facile à faire que tout le reste.
La foule se presse autour de toi. Gladys –la barmaid, dont t’as appris le nom après quelques bavardages bateaux depuis les deux trois derniers jours, depuis que t’as élu ce bar comme ton nouveau chez toi– ne cesse de s’affoler en rouspétant auprès des clients trop pressants, et ça t’fait marrer. Ils sont tous tellement pressés, tu comprends pas. T’as jamais été pressé toi, t’as toujours pris ton temps pour tout –t’as jamais eu qu’ça à perdre de toute façon : ton temps. T’as jamais eu grand chose à faire de ta vie pour ressentir le besoin de faire les choses vites.
Tes ongles, un peu plus longs qu’on a l’habitude de le voir sur un homme mais qu’on comprend dès qu’on réalise que t’es musicien, tapotent sur le comptoir, en rythme avec les basses de la musique balancée à fond dans les enceintes du bar. C’est étonnant, mais tu te sens presque à l’aise –c’est rare quand t’as pas encore trois grammes dans le sang. Pendant une seconde même, tu fermes les yeux, tu laisses la musique te pénétrer par tous les pores de la peau, et ça t’hérisse le poil le temps d’un instant. T’es pas un d’ces mordus du quatrième art, un de ces gars qui pourraient crever sur scène d’une crise cardiaque pour trop s’être donné aux muses. La musique pour toi, c’est jamais qu’un de tes gagne-pain, au même titre que la prestidigitation.
Mais tes cartes et ta guitare , c’est aussi ce qui t’as fait vivre jusque là ; alors t’es p’têt pas mordu, mais ça t’ferait chier de devoir les laisser tomber quand même.

Tu soupires une seconde.
Tu te poses.
C’est comme si tu glissait hors du monde le temps d’un bref instant.
Quelque part t’es persuadé que si ça arrivait vraiment, le monde ne s’en porterait pas plus mal –il resterait comme avant ; plein comme un oeuf disait Jean-Paul Sartre.
Mais toi tu t’en fous après tout, hein ? T’as arrêté de regarder vers l’avant, de te demander de quoi sera fait le futur. T’as pas envie de t’faire des films pour le plaisir de rêver et d’y croire un peu trop fort ; la déception, t’y as goûté, et t’as juré : “plus jamais”.
Tu chasses cette pensée d’un battement de cil.
Tu t’grillerais bien une clope, tu penses un instant.

Et puis soudain, un frôlement, une voix à ton oreille, un peu trop près de ta peau pour ne pas te tirer un frisson imperceptible, et tu vois l’un des shooters posés devant toi s’envoler pour vider son contenu dans le gosier de quelqu’un d’autre. En d’autres occasions, t’aurais pu t’énerver, cogner sur le pauvre fou qui aurait osé te priver de ta seule passion –ton poison. Mais ce soir n’est pas de ces soirs là, et tu te contentes de lever lentement le nez, un sourcil arqué,  vers celui qui avait profité de la foule et de ton moment d’absence pour taper dans ta commande.

Un gamin. Tu lui donnes à peine vingt ans. Il pourrait faire plus âgé d’un côté parce qu’il a l’air usé sous son rictus narquois –mais t’es bien placé pour savoir que c’est pas forcément lié à l’âge ces choses là, et que même les plus jeunes peuvent porter sur leurs traits le poids de leurs vies.
Tu t’dis un instant qu’à son âge, tu devais être un peu comme lui.
Tu te tourne pour lui faire face, un coude sur le bar et un sourire railleur aux lèvres.

« J’espère pour toi qu’t’as prévu de quoi me rembourser... » tu lances d’un ton suave –ton habituel chez toi, parce que t’as la voix grave, vibrante et un peu éraillée sur les bords ; même quand tu ne le cherche pas vraiment y’a c’truc là chez toi qui te rends si intriguant.
L’attrait du mystère on dira.

Tu marques une pause, t’en profites pour le reluquer des pieds à la tête le temps d’un quart de seconde, et tu ricanes un peu plus à la vue de sa dégaine –ça fait presque flipper à quel point t’as l’impression de te voir dans un miroir, cheveux blonds, yeux ambrés et fringues d’assez bonne qualité en moins.

« Tu suces ? »

Question vulgaire, autant que toi ; c’est clairement pas la première fois que tu demandes ça à quelqu’un. En général elles répondent oui parce que celles qui te tombent dans les bras en sont rarement à leurs coups d’essais. Parfois elles disent non, et dans ces cas là tu hausses les épaules et les laisses quand même goûter au plaisir d’une nuit entre tes bras –quand bien même t’es pas sûr que ce soit le pied de s’faire troncher par un type comme toi ; les nanas, t’y comprends rien.
Et même si c’est un mec qui te fait face, ça n’a pas plus d’importance. Au mieux il prendra bien la vanne, au pire il te cassera la gueule pour cet affront.
Dans tous les cas ça t’fait ni chaud ni froid.
T’es un peu trop habitué à t’en prendre plein la tronche après tout, hein Ronan ?




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MessageSujet: Re: reflection × (romeo & ronan)    Dim 18 Juin - 0:18

reflection ✘

Il tarde pas à s’tourner vers moi, réaction plutôt normale j’suppose — c’est s’il avait même pas relevé le nez vers l’apprenti chapardeur que j’suis que j’me serais posé des questions ; p’t’être même que j’me serais demandé si l’alcool l’avait pas déjà entamé au point qu’il n’soit même plus capable de réagir aux stimulis extérieurs. C’est une réaction qu’j’ai eu tendance à remarquer avec les drogues, surtout, mais sait-on jamais. L’genre qui rend complètement stone, déréalisation qu’on espère temporaire — quoique parfois, j’crois j’les préfèrerais presque à la réalité, les délires insensés et la confusion que provoquent certaines cames. J’les ai testées, rarement essayées plus d’une ou deux fois ; la première j’ai mal tourné, gerbé voire fini à l’hosto, et la deuxième c’était pour pas faire pédale, fillette, sans couilles. Pas comme si les défis m’effrayaient — même pas ceux pour lesquels l’prix à payer pourrait être un peu trop élevé ; mieux vaut parler de suicide ou de malencontreux accident, vous pensez ?

Vu de près, vu de face, avec son air nonchalant et c’sourire au sarcasme comme gravé dans la peau, il a c’te dégaine du type qu’la vie a pas épargné. L’genre las, l’genre qui attend, qui s’laisse crever et qui s’enfile les verres pour rendre l’agonie un peu moins insupportable — comme le joint ou le rail qu’on s’tape en pleine descente d’héroïne pour qu’ça fasse pas aussi mal. J’sais pas pourquoi j’pense ça, alors qu’ça fait même pas une minute, montre en main que j’le connais, que j’sais pas son nom, que j’l’ai jamais vu ici — p’t’être juste parce que ça fait écho quelque part ; p’t’être aussi qu’c’est juste une histoire d’savoir lire en les autres les bleus qu’on porte soi-même au cœur. J’saurais pas dire, mais il dégage c’truc, c’t’aura qui attire, sur sa belle gueule y’a écrit « aventure », dans son sourire on devine « danger », et dans ses yeux on déchiffre « douleur ». Ça m’parle un peu trop, et j’sais pas si ça m’plaît ou si ça m’donne envie d’fuir ce presque reflet à peine plus âgé, quatre, cinq ans d’plus que moi à tout casser.
Dis, combien d’temps ça fait qu’t’es cabossé, combien d’temps ça fait qu’t’essaies de crever tes démons d’un coma éthylique ; dis, ça fait combien de temps que t’as arrêté de croire en leurs promesses qu’un jour, ça ira mieux ?

« J’espère pour toi qu’t’as prévu de quoi me rembourser... » J’penche la tête, j’le toise avec c’t’air mi-amusé, mi-suspicieux, d’celui qui veut bien rentrer dans l’jeu mais qui mais attend d’en connaître les règles ; j’fais des paris, j’essaie d’deviner jusqu’où j’pourrais pousser la vanne si j’répondais, si vaut mieux qu’j’la joue hétéro ou intéressé. Moins de trois secondes plus tard, j’m’apprête à lui d’mander s’il accepte les paiements en nature et en différé, mais il me prend de court. Clairement. « Tu suces ? » J’sais pas d’quoi j’ai l’air, j’sais pas quel genre de vue j’dois lui offrir, mais c’doit être pas mal — genre l’mec qui a loupé un épisode, qui s’demande si c’est à lui qu’on s’adresse ou plutôt à la blondasse bien gaulée dans son dos, l’gars à court de mots qui attend qu’ceux qu’il a entendus fassent sens dans son esprit.
J’éclate de rire.
C’est incontrôlable, et un peu trop fort — j’sens les regards qui m’chatouillent la nuque, mais on se détourne bien vite pour d’autres intérêts ; y’a qu’ceux qui m’reconnaissent qui s’attardent un peu plus longtemps, et encore. C’est beaucoup trop bon, ce fou rire ; ça faisait longtemps. Faut dire, j’ai l’habitude des remarques salaces, mais elles viennent de moi ou d’ceux qui en sortent à la pelle, c’est la routine, ça n’me surprend plus vraiment, j’en ris mais c’n’est plus pareil — c’est limite si j’me marre pas encore plus quand il ne leur vient aucune remarque vulgaire à lâcher pour détourner la moindre conversation en un clin d’oeil. Dans ces cas-là, j’suis celui qui m’en charge. Mais là, comme ça, d’un inconnu dont j’connais même pas l’blaze ? Non, clairement, j’m’y attendais pas. J’me remercie d’avoir déjà bu, sinon au mieux j’me serais étouffé en avalant d’travers, au pire j’aurais niqué mes fringues. Et c’est pas vraiment au programme d’la soirée.

J’me calme, tant bien qu’mal ; j’me penche vers lui pour pouvoir baisser d’un ton sans que ma voix ne soit couverte par la musique, comme si c’était une confidence que je m’apprêtais à lui faire. « Quoi, ça t’a fait bander d’me voir avaler ? » J’soutiens son regard, j’lui laisse le temps d’y lire c’qu’il veut — ça reste d’la provoc’, un jeu à la con, même si, j'avoue, j’dirais sûrement pas non à l’foutre dans mon lit, si j’étais pas classé chasse gardée. Presque ? Rien d'officiel, il paraît.
J’me recule, juste de quoi prendre place sur le siège à côté de lui et, vaincu par la chaleur ambiante, j’remonte les manches de ma chemise sur mes bras, sans m’soucier des cicatrices et entailles plus ou moins récentes ; si j’les ignore, si j’fais comme si elles existaient pas, p’t’être que tout l’monde les oubliera, p’t’être qu’elles disparaîtront, p’t’être qu’j’décrocherai au moins d’une addiction.
J’penche de nouveau la tête, mais c’te fois c’est un peu plus équivoque, mon sourire, mon attitude, mes gestes mesurés — l’genre que j’emploie précisément quand j’fais semblant d’emballer tout en ayant l’air désintéressé, en espérant qu’en face, ça n’fasse pas que semblant ; avec la chance que j’ai, il est hétéro. On ouvre les paris, j’mise sur le mur dès qu’il comprend qu’j’suis pas complètement contre l’idée. « On peut s’arranger, ça dépend. Tu baises ? »
Simple retour de politesse, s’il en est ; pas comme si j’avais vraiment la liberté d’joindre le geste à la parole, quoiqu’il en soit.


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MessageSujet: Re: reflection × (romeo & ronan)    Dim 18 Juin - 0:24

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Il éclate de rire.
Tu t’feras peut-être pas casser la gueule ce soir malgré ta grande bouche, il faut croire. Quoique, t’es pas arrivé au bout de tes limites encore, tant qu’tu tiens debout t’as toujours une chance de déraper. Tant que tu peux encore l’ouvrir pour cracher ton venin aussi d’ailleurs, ce serait pas la première fois.
Mais là, il s’marre, et tu sais pas pourquoi mais ça te tire un rire aussi ; peut-être pas aussi franc et bruyant, mais ça reste plus vrai que ceux que t’as l’habitude de sortir aux autres dans ce genre d’endroits. Mieux, il rentre dans ton jeu, sort une connerie pire que la tienne, et tu peux pas t’empêcher de laisser traîner ton regard au fond de ses prunelles une seconde de trop avant de ricaner plus encore.

« On peut s’arranger, ça dépend. Tu baises ?
J’les préfère brunes en général, mais après une bouteille de vodka j’suis pas trop tatillon... t'enchaines sans te départir de ton sourire en coin et ton air narquois. C’la dit j’ai dû promettre la même chose à deux trois nanas depuis le début de la soirée alors faudra faire la queue. Sans mauvais jeu de mot. »

C’est qu’avec certaines tu pourrais leur faire faire tout ce que tu veux si la promesse d’une nuit ou deux à tes côtés est à la clé ; ça marche essentiellement sur ces filles un peu plus jeunes que toi, qui ont besoin de se sentir désirables et désirées en tant que femmes alors qu’elles agissent et pensent encore comme des gosses avec leurs rêves de princes charmants et de bad boys à coeur tendre.
T’es pas charmant toi –encore moins prince.
T’es p’têt un bad boy, et t’as p’têt le coeur plus tendre que tu ne veuilles le croire.
Mais c’est pas ces filles là qui vont réussir à t’sauver la peau.

Tu ricanes encore, et t’attrapes un de tes verres pour le porter à tes lèvres et le descendre en renversant la tête en arrière. Au point où t’en es, la brûlure dans ta gorge deviendrais presque agréable –supportable tout du moins. Un instant, tu laisses ton regard traîner sur la foule, par dessus l’épaule du blondinet face à toi ; ça t’arrive souvent, de décrocher quelques secondes d’une conversation, d’un truc que t’étais en train de faire –et c’est sûrement pas étranger au fait que tu sois bourré h24. Tes yeux se font hasardeux, décrivent les courbes des filles et les observent sans trop les voir ; il n’y a que celles qui sont dotées d’un trait physique particulier qui te frappent un peu plus –des fringues fluorescentes d’un côté, une chevelure bleue de l’autre, un regard vert et des piercings abondants à la table où t’étais installé avant de prendre place au bar…
Et puis tu tiltes –il est toujours là, assis à côté de toi. T’as jamais été trop doué pour entretenir les conversations, au delà des vannes graveleuses et des sous-entendus intéressés ; sociabiliser, ça a jamais été ton fort, Daisy te l’a souvent fait remarquer, Tristan plus encore.
Tristan. Pendant une seconde, tu vois ton frère de coeur à sa place, sous sa chevelure blonde à peu près semblable, et y’a une ombre fugace qui passe dans ton regard.
Tu poses le shooter vide, t’en descends un autre presque aussi sec.

« C’était toi sur scène tout à l’heure non ? tu lâches tout de même, la voix un peu plus éraillée en replongeant tes yeux dans les siens sans te soucier des convenances –ça t’aide parce qu’il a les yeux ambrés quand Tris’ les avait bleus caraïbe, et ça t’soulage quelque part. Vous vous produisez souvent ici ? J’me souviens pas vous avoir vu encore… »

Cela dit mon pauvre vieux, tu pourrais bien les avoir entendu sans t’en être rappelé ; ta mémoire a des failles que l’éthanol sait rendre béantes, au point de tout engloutir et laisser des trous noirs dans tes souvenirs.
Mais ça touche rarement les plus douloureux malheureusement.




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MessageSujet: Re: reflection × (romeo & ronan)    Dim 18 Juin - 0:38

reflection ✘

« J’les préfère brunes en général, mais après une bouteille de vodka j’suis pas trop tatillon… » T’auras qu’à fermer les yeux. J’l’ai pensé tellement fort que j’me demande pendant trois secondes si j’l’ai pas dit à voix haute — ce serait pas une première ; j’me suis souvent r’trouvé dans des situations à la con comme ça, parce que réfléchir j’connais pas, ou seulement à retardement. Tourner ma langue sept fois dans ma bouche avant d’parler ? Mouais, dans la bouche d’une autre histoire d’rendre ça un peu plus kiffant. Mais il enchaîne, alors j’suppose que non, p’t’être que pour une fois, l’filtre a fonctionné — quoique j’me dis, si c’avait pu lui arracher un rire même infime, j’m’en serais pas plaint. C’est qu’ça a son charme, un ricanement d'étranger raillé par l’alcool. « C’la dit j’ai dû promettre la même chose à deux trois nanas depuis le début de la soirée alors faudra faire la queue. Sans mauvais jeu de mot. » J’roule les yeux dans l’vide, elle était facile, celle-là. Mais j’aime bien c’t’humour, p’t’être parce qu’il ressemble au mien. L’genre un peu scabreux, qui fait s’offusquer la ménagère ou la midinette en tailleur cintré et pouffer les ados — l’genre sale et clairement d’mauvais goût, mais c’est l’meilleur.

N’empêche qu’pour le coup, s’il doit m’ressembler, c’est pas forcément la meilleure part de moi qu’il m’renvoie à la gueule. Promettre la même chose à deux trois nanas ; j’me dis ça dépend d’la forme. J’sais qu’j’suis plutôt un connard dans mon genre, si on m’donne je prends, mais si on m’refuse c’que j’veux, ouais, j’peux devenir un sacré enculé — l’genre qui promet trop haut, trop fort, trop loin sans rien en penser. J’assume — moyen. C’est qu’une façon comme une autre d’combler le vide — en niquant sa réputation, ouais, bon, j’l’accorde. Quoique. Ça attire les aventurières, les mecs volages ; j’ai jamais trop compris pourquoi. Y’a quoi d’kiffant à s’laisser berner, allonger, jeter ? Les nanas, j’y comprends rien.

Il s’enfile un d’ses je-ne-sais-trop-combien shooters, et dans les secondes qui suivent, j’devine son regard qui s’perd sur la foule. J’le laisse divaguer, j’tente pas d’attirer son attention ; j’sais pas, p’t’être juste parce que moi aussi j’en ai, des moments d’absence, que ça m’fout peut-être un peu mal à l’aise — pas de ne plus exister tout à coup, ça, j’m’en fous ; mais qu’plus les minutes passent, plus j’ai l’impression d’me voir, les années en plus, sûrement quelques coups dans la gueule en plus, aussi ; parce que chaque jour supplémentaire en est autant pour s’éparpiller contre les murs bétonnés.
C’est un tapotement pressé d’ongles contre le comptoir qui m’fait relever les yeux, et j’croise le regard familier d’la barmaid. J’l’aime bien, elle ; dans l’genre femme forte capable de tenir tête à un mec, même violent, j’crois on n’trouverait pas de modèle plus performant. Et pourtant, j’lui trouve toujours un certain charme, l’élégance féminine sous les airs un peu masculins, clef de survie quand on est entourée d’types en rut — et l’mot est faible — j’suppose. Enfin, j’l’aime bien, mais j’ai toujours préféré son collègue au service boules sous la ceinture ; allez savoir pourquoi, j’lui trouve un côté un peu plus chaleureux, p’t’être.

« Un Black Russian, s’teuplait. »

Par curiosité, j’lance un regard en direction d’la foule qui s’amassait contre le bar en l’attente du service ; j’remarque qu’ils ont presque tous un verre en main, maintenant. C’te nana a du talent, faut l’avouer. N’empêche, chaque fois qu’on m’sert ici, j’sais pas trop quoi en penser ; j’suis rarement honnête sur mon âge, j’ai bien des papiers falsifiés par les soins d’mon sponsor, mais pour l’contrat du groupe j’l’ai jouée réglo. Ils sont supposés être au courant qu’j’ai pas l’âge légal pour acheter et consommer d’l’alcool, et dans c’coin-là du pays j’les connais assez à cheval sur c’genre de clauses. Pourtant, on m’a jamais vraiment rembarré ici — de c’que j’sais, on n’a pas vraiment non plus rembarré Meera ni Olympe. C’est ça, la vie de star ? j’songe avec un rictus, à l’instant où la barmaid — donc j’retiendrai jamais le nom, comme toujours — pose ma commande devant moi. J’ai bien songé un instant à chaparder un autre verre à mon compagnon d’infortune, mais il arrive à la fin ; il en termine à peine un qu’un deuxième disparaît. J’l’épargne, j’lui laisse, j’avale une gorgée d’ma boisson et sur l’coup ça m’fait grimacer — l’amertume de la liqueur de café, à laquelle j’mets toujours un temps à m’habituer.

« C’était toi sur scène tout à l’heure non ? » Hm ? J’relève les yeux vers lui, j’acquiesce vaguement. Il était déjà là ? Non pas que j’connaisse chaque visage de la foule — j’reconnais au mieux celui de quelques habitués qui sont là à tous les coups ou presque, et encore. Vite fait. Mais j’sais pas, j’trouve qu’il détonne avec sa dégaine — d’un peu plus près ; dans une masse grouillante dont on distingue à peine un corps d’un autre, j’sais pas trop c’que ça donne. « Vous vous produisez souvent ici ? J’me souviens pas vous avoir vu encore… » De nouveau, je hoche la tête, j’soutiens son r’gard. J’en connais qui serait gênés, dérangés d’être fixés ainsi, dans le blanc des yeux, par un presque inconnu. Me concernant j’préfère, j’trouve que ça fait plus franc, et qu’on m’complimente ou qu’on m’humilie, j’aime autant qu’en face ça assume et qu’ça s’défile pas — question d’principe ; si t’es pas capable d’assumer tu fermes ta gueule. « Plutôt, ouais. Quasi’ tous les week end depuis près d’un an et demi. » Ça en fait des concerts, ça en fait des after, ça en fait des gonzesses, aussi. « Fallen Devils. Retiens bien ; t’as pas fini d’entendre parler d’nous. »
J’sais que j’me projette p’t’être un peu trop, j’nous vois déjà loin, sur des grandes scènes, alors qu’on nous connaît qu’à l’échelle locale à force de bouche à oreille ; ça fait qu’un an et demi, on est des amateurs, on a encore un long ch’min à faire. Mais j’désespère pas, loin de là, ils sont trop bons, on peut qu’aller loin tous les cinq. On peut qu’atteindre le sommet, j’en ai jamais douté. D’aussi loin qu’j’suis tombé amoureux d’la musique et d’l’idée folle d’Olympe, j’me suis toujours dit qu’ça s’cantonnerait pas là, qu’on verrait d’autres choses plus grandes, qu’on toucherait d’autres gens plus loin — et pour l’coup, j’crois pouvoir dire sans m’avancer que j’suis celui qui y croit le plus. Olympe préfère le concret, Meera a besoin de concret, Leo prend comme ça vient, et Ethan j’ai jamais réussi à l’cerner, mais j’suis pas sûr qu’la musique soit un truc pour lequel il pourrait vraiment s’damner — quoique, préjugé ? — comme moi j’m’en sens capable.
J’y crois, parce que c’est l’truc qui m’tient en vie, c’est mon rêve, ma force ; si on m’enlève ça, alors qu’est-ce qu’il me restera ?

« Ça t’plaît ? C’qu’on fait, j’veux dire. » J’lui lance un d’ces regards complices dont j’ai l’secret, en même temps j’essaie d’voir si c’qu’il paraît être sonne juste avec c’qu’il est vraiment — y’aura toujours des faux raccords, c’est humain, on a tous des choses à cacher qu’on l’veuille ou non et qu’on dissimule chacun plus ou moins bien — mais c’qui est de l’ordre qu’on dévoile, j’peux bien essayer d’en faire une affaire personnelle. « T’as une gueule à aimer l’bon rock et les basses qui cognent bien. » J’donne la mesure du bout des doigts sur le marbre du comptoir, pendant c’temps j’bois une gorgée alcoolisée qui m’réchauffe le gosier — j’adore c’te sensation, quand j’n’en suis encore qu’à mes premiers verres. C’qui n’a pas l’air d’être son cas, soit dit en passant, même si j’relève pas ; j’relève pas déjà parce que j’me sentirais mal placé et hypocrite en prime, mais aussi parce qu’il y a autre chose qui a attiré mon attention. Mon regard a dérivé sur ses mains, ses ongles, juste une seconde, une de trop qui fait que j’me demande, maintenant. C’est peu commun pour un mec ; j’ai les mêmes parce que ça sert pour la gratte. Mais lui ?
J’noie ma question dans l’alcool, j’relève les yeux vers son visage ; chaque chose en son temps.


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MessageSujet: Re: reflection × (romeo & ronan)    Dim 18 Juin - 11:15

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« Plutôt, ouais. Quasi’ tous les week end depuis près d’un an et demi. »

Tu hausses un sourcil, émets un léger sifflement d’admiration. Tu sais pas trop ce que c’est toi, d’avoir un endroit où se produire régulièrement. T’as pas vraiment d’endroit régulier à dire vrai, même pour crécher, si ce n’est de temps en temps les apparts de tes plans cul lorsque tu passes par chez elles –et encore, elles sont pas nombreuses ces filles là à qui tu veux bien accorder un peu plus de toi, un peu plus d’affection, un peu plus que ce que tu ne réserves aux autres d’ordre général. Quelquefois il t’arrive de t’dire que tu devrais leur foutre la paix à ces nanas, qu’elles méritent pas d’avoir un branleur dans ton genre dans leurs pattes. Pour ça que tu restes jamais bien longtemps chez elles d’ailleurs.
Mais du coup, sa réponse, ça t’fait sourire, et tu sais pas trop pourquoi. Peut-être que ça te ramènes un peu des années en arrières, quand tu squattais les bancs de l’école avec tes trois frères –les quatre terreurs– et que votre prof de musique vous avait encouragé à vous lancer dans l’aventure : former un groupe. Les jumeaux n’auraient pas eu besoin de déménager suite à leur adoption, qui sait, p’têt que ça aurait pu marcher.

« Fallen Devils. Retiens bien ; t’as pas fini d’entendre parler d’nous.
Fallen Devils ? tu ricanes, c’est ringard comme nom un peu, non ? »

Pas plus ringard que le nom de groupe auxquels vous aviez réfléchi toi et tes potes, t’y penses ; y’en avait eu des blazes pourris qui s’étaient enchaînés. Tu ne te rappelles plus de celui qui avait fait l’unanimité cependant. Tu ne sais même plus si vous aviez eu le temps de le trouver avant que tout commence à s’effondrer.
C’type là, il est un peu comme toi dans l’fond ; la passion en plus, ça brûle dans son regard quand il en cause.

« Ça t’plaît ? C’qu’on fait, j’veux dire. T’as une gueule à aimer l’bon rock et les basses qui cognent bien. »

Tu l’observes du coin de l’oeil boire une première gorgée de son Black Russian avant de lâcher un ricanement bref.

« Ouais, on peut dire ça comme ça… tu réponds vaguement avec un ton un peu à l’ouest –on s’demande pourquoi, tiens.
Dit-il alors qu’il a deux grattes dans l’coffre de sa caisse, commente alors la barmaid, tout en continuant d’essuyer ses verres nonchalamment ; t’hausses un sourcil, te tournes vers elle, un sourire moqueur aux lèvres.
Gladys, chérie tu m’espionnes maintenant ? J’suis flatté !
Ouais, t’as une sale tête, j’te fais pas confiance, elle renchérit avec le même genre de sourire railleur que toi, et ça te tire un rire franc et écorché –t’as bien raison ma grande. »

Tu secoues la tête, un reste de rire dans la gorge, et machinalement tu fais tinter l’une de tes bagues de métal argenté contre le verre vide, en rythme avec les basses de la sono –l’habitude. Encore une fois tu laisses traîner ton regard sur la foule ; t’aimes bien les observer, les autres. Enfin, t’aimes bien ça les fois où tu t’sens à peu près bien dans ta tête, les autres fois ça t’fout la haine, ça t’donne envie de casser des trucs et t’assommer pour de bon à coups d’bouteilles vides. Mais ce soir, ça va, donc t’aime bien.

« Du coup ouais, tu reprends sans quitter la masse dansante des yeux, rock, blues, hard… jazz parfois, même si ça reste un peu trop coincé à mon goût, y’a des trucs sympas. »

Tu préfères quand même les sons qui perforent l’oreille et empêche de s’entendre penser.
Tu penches la tête sur le côté alors que ton regard se pose sur un duo de fille –une brune, l’autre aux cheveux teints en bleu, probablement celle que t’as brièvement vu plus tôt. Tu les observe un instant le regard vague, mais y’a pas vraiment cette lueur intéressée, si ce n’est lubrique, dans ton regard –quoique, peut-être un peu, t’es pas un saint non plus. Mais malgré la distance, l’obscurité et ta vision un peu brouillée, t’as remarqué que l’une d’entre elles a des fossettes qui se creusent dans les joues à chaque sourire, et inéluctablement, t’as cette petite bouille aux yeux noisettes et aux cheveux roux –blonds vénitiens qu’elle disait– qui te revient en mémoire ; tu soupires, tu détournes le regard.
C’est dingue de s’dire que ça fait quatre ans que Daisy s’est foutue en l’air, mais qu’un rien suffit à te ramener au souvenir de sa figure, de son parfum ou même de ses habitudes. fils de petit poney.

« Eh merde... »

Tu râles, tu viens de croiser un regard familier dans la foule –une gosse qu’a flashé sur toi depuis qu’t’es arrivé, tu sais pas trop pourquoi parce que tu ne lui as jamais montré le moins signe signe d’intérêt ; trop jeune à ton goût, t’es sûr qu’elle doit pas avoir plus de seize ans, et outre le fait que tu fais pas trop dans les gamines t’as pas non plus envie de t’faire coffrer pour détournement de mineures.
T’es enfoiré mais t’as des limites quand même.

« Bon courage Casanova, murmure Gladys avec l’air de se régaler du spectacle à l’avance.
Ferme ta gueule, tu fais sur un ton presque plaintif. »

Mais elle t’a vu, et ça loupe pas, elle s’approche avec ses grands yeux noirs pétillants d’intérêt et son sourire de tigresse qui t’met mal à l’aise à cause de son âge –c’est con, elle aurait eu trois ans de plus tu l’aurais mise dans ton pieu sans hésiter parce qu’elle a ce qu’il faut pour te plaire. Mais là –seize ans putain– tu peux pas, et quand elle s’approche et pose ses mains frêles sur ton avant-bras, tu ne peux retenir une grimace ; ces mômes là, c’est la migraine assurée.

« Salut Ronan, elle fait de sa voix chantante de fille qui veut jouer aux femmes, j’étais sûre de te trouver là !
Où tu voudrais qu’je sois à part au bar, en même temps ? Tu lâches d’un ton plus sec. »

Elle glousse –t’as dis un truc marrant faut croire– et tu souffles agacé avant de lever ton dernier verre et le descendre aussi rapidement que les précédents. T’as pas l’courage de la dégager mais t’as pas envie d’avoir quoique ce soit à faire avec elle non plus.
Alors tu restes passif. T’attends. Et tu bois.
T’es doué pour ces trois choses là.




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