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Le PDG de la X-TREM Factory entretiendrait une relation des plus intenses avec sa vice-présidente. On espère que ce n’est pas cette affaire qui a distrait l’ancien Phoenix de son travail et qui a entraîné un manque de sécurité lors de la dernière conférence de presse de l’entreprise où à eu lieu une explosion causant la mort d’un de ses haut-gradés...
Le mystérieux « Mist » dont l’apparition soudaine a récemment secoué la ville serait en fait une association de trolls désoeuvrés voulant profiter de la panique des récents attentats pour gagner plus de popularité sur les réseaux sociaux.
Il paraîtrait que le fondateur de la ville Edward Astrophel aurait été le descendant direct de Diogène, le philosophe grec qui vivait dans un tonneau. Incroyable !
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(garance) ♦ fast & furious
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MessageSujet: (garance) ♦ fast & furious   Mer 22 Fév - 10:23

Boum boum boum boum.
Les basses cognent fort dans l’air frais de la soirée, se mêlent et s’emmêlent aux rires qui résonnent, aux voix qui essaient de se faire entendre par dessus la musique et la voix des autres. Appuyé contre la portière d’une caisse qui n’est pas la mienne mais qu’on m’a confié pour la soirée, une clope entre les lèvres, j’observe tout ce beau monde qui s’agite et se chahute en attendant le prochain round. Ils regardent la piste, montent des stratégies, songent à telle ou telle autre façon d’aborder le dernier virage. Le genre difficile, récalcitrant, sur lequel beaucoup se sont plantés. Me concernant, et depuis longtemps maintenant, ma tactique est vite résumée : improviser et ne pas avoir peur.
La peur paralyse, la peur ralentit ; consciemment ou non, on cherche comment assurer sa sécurité et se garantir d’en sortir en un seul morceau. Moi ? Pas. Je ne pense qu’à l’adrénaline, qu’à cette folie, qu’à cette ivresse que j’éprouve à être derrière le volant d’une bagnole lancée à pleine vitesse. Si j’dois crever, j’veux bien que ce soit comme ça — avec les veines en feu et la sensation d’avoir vraiment vécu, ne serait-ce que l’espace de quelques infimes secondes.

Sur ma droite, on claque le capot de sa voiture. Je ne cille pas quand l’homme, à peine plus âgé que moi, s’installe à mes côtés — Andrew ; le proprio’ de la caisse. Il se frotte les mains l’une contre l’autre, trépigne sur place, finit par rompre le silence qui n’en était pas vraiment un. « Putain mec, ça caille ; tu t’pèles pas un peu les couilles comme t’es ? » Je hausse les épaules en levant les yeux vers lui, un sourire au coin des lèvres. Il tire une cigarette de son paquet, je lui tends mon briquet. L’instant d’après, il agite les clefs sous mon nez, en me toisant d’un air un peu plus sérieux. « Tiens. Tu m’la gardes en un seul morceau, hein ? Ça coûte une blinde ces bijoux. » J’attrape les cliquetantes, j’ose un rire narquois en me penchant vers lui. « Seulement si j’me fais bien d’la thune sur tes paris. » Il roule des yeux, lève les mains comme pour se défendre. « T’inquiète, tu sais qu’je gère. »
On m’laisse tout juste le temps de terminer ma tueuse qu’on appelle les participants à la prochaine course sur la ligne de départ. Je grimpe dans la caisse, j’enclenche le contact ; ce n’est plus qu’une question d’instants avant que les crissements des pneus se déchaînent sous les hurlements du public.

— — — ✂ — — —

Tête renversée contre le siège, je me laisse quelques secondes pour récupérer. J’ai le souffle court, les mains tremblantes — mais c’est précisément ça, le meilleur dans ces soirées. On tape contre la vitre, on me hâte, et je suis obligé de sortir ; on me tape dans la main mais je suis incapable de savoir qui me félicite, ce n’est qu’une marée de visages flous amassée autour de nous — des trois concurrents qui ne se sont pas arrêtés en cours de route, je suis le premier. Je regarde au delà de la ligne d’arrivée ; quelque part, un pneu percé, ailleurs, des traces profondes laissées par une voiture dont on a pressé le frein dans un geste désespéré. Pas de blessé ; rien qu’un peu de frayeur — de l’adrénaline en plus. Les accidents sont ce pourquoi beaucoup viennent assister à ces courses aussi dangereuses qu’illégales, sur des terrains non conformes, irréguliers au possible. Cette fascination morbide qu’ils ont pour le sang et la mort ; plus c’est spectaculaire et plus ils en raffolent.

J’empoche cash, après une bourrade amicale d’Andrew. « Pas mal pour un mioche. » qu’il me lance, un sourire d’emmerdeur aux lèvres. J’compte les billets, j’ricane. « Peut mieux faire. » Il roule des yeux dans le vide, puis s’éloigne ; il s’en va se perdre quelque part au milieu de la foule, là où je le perds de vue. Ça ne me dérange pas ; ça me laisse une échappatoire pour m’en tenir à mon rituel classique. Quand s’achèvent trois tours en voitures, viennent les trois tours en deux roues. Pour beaucoup, c’est moins impressionnant — mais pour d’autres, moi compris, leur art est similaire au nôtre en ce qu’il a d’aussi beau que meurtrier. A bien y réfléchir, je dois être comme ceux-là ; ceux qui sont comme captivés par l’idée qu’un équilibre puisse être rompu, cessent de respirer pendant les vingts secondes qui constituent la course, paraissent une éternité, une poignée d’instants fragiles que le plus misérable, le plus dérisoire des sursauts suffirait à faire voler en éclats.
La vie est un jeu, un pari ; et c’est ici que je préfère la miser.

Me faufilant entre les chahuteurs surexcités, bières à la main, je finis par gagner la première ligne de spectateurs, au plus près des challenger. A chaque fois, depuis quelques semaines, c’est la même silhouette que je cherche au milieu des candidats au danger ; juste m’assurer qu’elle est là, que c’est sur son nom que je peux miser. Une valeur sûre, et beaucoup l’ont repérée. Le tout, c’est d’oser ; faire monter les paris jusqu’à ce que le partage des sommes vaille la peine de se saigner.
Garance. J’ai entendu plusieurs fois son nom qu’on soufflait dans l’assemblée ; comment ils l’ont su ? Je n’en sais rien. De ce que j’ai compris, de ce qu’on m’a dit, en sous-entendant grassement que je serais intéressé par l’inaccessible — non pas que je remette en cause le charme de ses courbes sulfureuses, simplement il n’opère pas sur moi —, elle serait du genre peu commode. Fille revêche, le genre qui fout la trouille à certains mecs ; j’en ai entendu des commentaires salaces dont elle était à l’origine, mais même ça n’m’amuse pas. J’me suis pas éclaté comme les autres à l’imaginer dans des délires douteux venus de leurs fantasmes tordus — et pourtant, à ce niveau-là, je détiens sûrement une sacrée palme. Ce qui m’a ensorcelé, moi, c’est son cran, c’est son audace, sa main sûre sur le guidon, ses virages, dérapages maîtrisés, ses victoires et les billets qui coulaient à flots, à chaque fois — presque ; quoique je ne sais même pas si j’ai déjà assisté à la moindre de ses défaites.

Le départ n’est pas encore lancé, les casques pas encore enfilés que je m’approche. Je me glisse entre les bolides sur deux roues dont on fait vrombir le moteur pour frimer, je me coule jusqu’à elle, intrépide, téméraire ; face à elle, je croise les bras sur son tableau de bord pour me pencher vers la cavalière, sourire railleur au coin des lèvres, sourcil haussé, la roue avant de l’engin stratégiquement — pour qui serait un peu suicidaire — placée entre mes jambes. Plus à même de risquer la douce malice d’une femme que l’on aborde sans tact d’aucune sorte, on ne fait pas.
« Hey, bella, j’vais miser gros sur toi. Alors tâche de faire aussi bien que d’habitude, au moins pour le plaisir des yeux. »


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MessageSujet: Re: (garance) ♦ fast & furious   Jeu 23 Fév - 13:04



FAST & FURIOUS

(( GARANCE X ROMEO ))


Scitlali.
Scitlali puante, Scitlali bruyante ; district immonde où les rêves des plus faibles sont étouffés par la poigne des prédateurs, où la vie a une valeur moindre et qu’elle se monnaye à tout va, et où l’équilibre de la paix est si ténu qu’un simple coup de vent suffit à l’ébranler. Comme un peu partout en vérité, mais la différence ici bas c’est qu’il n’y a pas de belles maisons et de belles rues et de belles personnes pour nous faire croire le contraire, pour dissimuler la crasse.
J’me sens comme à la maison dans ce trou.

« Ça va aller pour toi gamine ? »

Je lève le regard vers Don’, lui sort mon habituel sourire –narquois, suffisant, le genre qui dit « tu en doutes encore ? » et qu’il sait lire mieux que personne.

« Si tu gagnes cette fois ça s’ra ta huitième victoire consécutive. Ils vont être nombreux à vouloir te couper l’herbe sous le pieds alors ouvre l’oeil. »

J’hoche la tête, imprime ses paroles dans un coin de mon cerveau –ce soir je surveille mes arrières ; je n’aurais qu’à courir plus vite encore.

« T’as intérêt à me la gagner cette course. C’est l’honneur de la famille qu’est en jeu. »

L’honneur de la famille ou le tiens Donovan ? On a beau être proche, peut-on vraiment appeler ça une famille si nous n’avons ni le même sang, ni le même nom, ni le même passé ?
Je m’en fous, j’hausse les épaules, confiante.
J’veux bien me défoncer pour défendre son nom à lui ; je l’ai déjà fait.
Il sourit –j’entrevois une de ses dents en or au passage– et me frotte la tête affectueusement en me décoiffant avant de s’éclipser plus loin, dans l’ombre, là où il pourra observer la course sans être vu. Il sait que c’est mieux pour moi que l’on ne me voit pas trop à ses côtés –des fois qu’on me taxe de triche, de corruption ou que sais-je ; chez les mauvais perdant le moindre prétexte est bon à prendre pour contester une victoire après tout. Je fronce le nez en remettant de l’ordre sur ma tête –j’aime pas quand il fait ça, ça m’énerve, j’ai l’impression d’avoir dix ans devant lui à nouveau– et mon casque au bras, je nous dirige mon bolide et moi sur la ligne de départ.
Le bruit est assourdissant ; il y a la musique, les éclat de voix, les moteurs qu’on fait tourner pour frimer ou s’assurer que tout est nickel –et pourtant autour de moi, c’est silencieux car les autres concurrents ne m’approchent pas, m’observent en chien de faïence, m’adressent des gestes curieux parfois –allant du vulgaire au menaçant en passant par le graveleux bien lourd. Qu’importe, ça ne fait que nourrir ma faim de victoire, mon envie de me repaître de la rage et de la frustration dans leurs regards une fois que je leur aurais fait ravaler leurs fiertés trop grandes pour leurs trop petits êtres.

Le rituel commence, je vérifie que tout fonctionne, je réajuste ma combinaison –cuir noir, près du corps, ça augmente l’aérodynamisme et dans la nuit ça perturbe la vue des autres– mais cette fois il y a élément perturbateur ; toi, qui sans impunité aucun te permets de t’appuyer sur ma bécane avec un sourire railleur accroché au coin de tes lèvres.

« Hey, bella, j’vais miser gros sur toi. Alors tâche de faire aussi bien que d’habitude, au moins pour le plaisir des yeux. »

Je reste de marbre –quoique, j’ai dû froncer les sourcils une seconde à son bella plutôt crispant. Je visse mon regard dans le sien, m’applique pour être aussi envahissante que possible rien qu’avec mes yeux, et sans jamais m’en détourner je me défais de l’élastique à cheveux qui orne l’un de mes poignets et m’en sers pour maintenir les mèches gênantes en une queue de cheval qui ne risque pas de perturber ma vision sous le casque. J’enfile mes gants, prends place sur le bolide aussi noir que ma  tenue –pas une seule fois je ne cille en te fixant.

Plus loin on annonce que le départ est imminent, et seulement à ce moment là, mes lèvres s’étirent en un sourire carnassier, avide de gloire et déterminé –t’inquiète pas pour ton pari mon gros, tu vas l’avoir ton blé. J’enfile mon casque, fait gronder le moteur pour t’enjoindre à libérer ma roue avant –pour ton propre bien. Je ne te quitte toujours pas du regard quant tu t’éloignes de la piste pour rejoindre le premier rang de la foule alors que les compétiteurs finissent de se mettre en place et qu’on annonce le départ.
À deux, j’abaisse la visière et tourne la tête vers la route devant moi.
À trois je suis déjà partie.

✕✕✕✕✕✕✕

La première chose que je fais en m’immobilisant, c’est retirer mon casque, et j’ai l’impression que mon visage fume dans l’air un peu frais de la nuit tant la chaleur de la course me monte à la tête. J’ai un sourire béat sur la bouche, un vrai sourire, un sourire de plaisir –je prends mon pied à chaque virage, chaque accélération, et la victoire, c’est l’extase finale assurée ; honnêtement si je devais choisir entre les courses et la baise, je crois que mon choix est tout indiqué. On me colle des claques dans le dos, sur l’épaule, on m’annonce mon temps –j’ai battu mon propre record on dirait ; je l’avais dit que j’irais plus vite. Il suffit d’un coup d’oeil à mon côté droit pour le comprendre ; la peinture est éraflée, et le cuir de ma combinaison est entamé sur le côté de ma cuisse, là où j’ai frôlé les murs d’un peu trop près lors d’un virage particulièrement serré.
Peut-être que ça saigne en dessous ; je m’en fous.
J’ai gagné.

Au loin je capte le regard de Donovan qui lève sa canette de bière du bout de sa seule main, et à qui je réponds d’un simple clin d’oeil –je ne sais pas s’il l’a vu ou pas, mais au pire il me connait assez pour deviner ma réaction alors je ne m’en fais pas.
Je défais le haut de ma combinaison, laissant mes tatouages et ma peau à la vue de tous là où le top trop léger que je porte en dessous ne couvre pas l’épiderme –j’évacue la chaleur, j’ai l’impression de cuire à l’étouffée. Et puis, les manches nouées autour de ma taille pour qu’elles ne gênent pas, je descends de l’engin un peu abîmé pour me diriger jusqu’au type qui gère les paris pour qu’il me rende mon dû –le fric de ceux qui avaient misé sur un autre nom que le mien et dont une partie me revient.
Je croise de nouveau ton regard ambré parmi la masse mouvante de gens amassés autour de lui à réclamer leur argent.
Je te souris, narquoise. De loin je bouge mes lèvres en articulant pour être sûre que tu saisisses le sens de mes mots même si tu ne les entends pas.

« Satisfait ? »

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MessageSujet: Re: (garance) ♦ fast & furious   Jeu 27 Avr - 23:24

Elle me fixe.
Sans interruption, presque sans cligner des yeux — prédatrice, cobra, tigresse, serpent à sonnette.
Deux prunelles d’un acier sans accro, qui me rappellent celles de Marl — en plus glaciales encore, sans aucune touche de bleu pour radoucir, et avec ce quelque chose qui gueule « danger » et qui me plaît. Faut dire qu’elle en a sous le capot ; l’une des rares nanas à courir, peut-être la seule ce soir. Une des plus régulières en tout cas — et sans conteste la plus victorieuse.
Je les aime bien, celles-là.
C’est d’un autre niveau que certaines midinettes qui sont passées par mon pieu — parce que si y’a des gonzesses un peu rockeuses, un peu têtes brûlées, un peu grande gueule et poings serrés, y’a aussi d’ces filles à papa aux ongles manucurés qui ne viendraient pour rien au monde prendre le risque de les casser sur un volant ou un guidon d’engin lancé à pleine vitesse sur une piste illégale — mais qui s’amusent à boire un peu trop, ou à faire semblant, à traîner dans les bars pour attirer les regards, jouer avec le feu et se donner un genre.
Celles-là sont ennuyantes à en mourir.
Celle-là est d’un autre monde, sans conteste.

Je ne cille pas, moi non plus. C’est sûrement pour ça qu’on parle d’insolence quand on cause de moi ; parce que je ne sais jamais à quel moment il est plus sage de baisser les yeux — ou parce que je m’en fous, surtout.
J’perds pas mon sourire, non plus, et son silence ne me déstabilise pas.
Il y a dans son regard, il y a dans ses gestes, plus de mots qu’elle ne pourrait en dire — ça me suffit ; j’aime bien, dans le fond, quand les corps suffisent aux situations sans qu’il n’y ait besoin de voix pour les dire, les décrire et les déchiffrer.
Même lorsque l’annonce du départ imminent résonne, quelque part dans mon dos, je demeure immobile — et je ne saurais plus dire si c’est de la défiance ou de la fascination qui m’empêche de la lâcher des yeux, maintenant.
C’est quand le moteur gronde et fait vibrer le guidon sous mes bras que je recule enfin — persuadé qu’elle est de ce genre de nanas qui me passerait dessus dans un seul remord ni même un regard pour moi. Quelques pas en arrière, sans la lâcher des yeux, puis je suis obligé de tourner les talons pour ne pas me heurter à l’un ou l’autre des concurrents.

Je rejoins le premier rang — premières loges — et, lorsque je tente de croiser de nouveau le regard de Garance, c’est la voix d’Andrew qui surgit à mes côtés, tout à coup, m’arrache un sursaut. « Mec, t’es suicidaire ou ça s’passe comment ? » Je le toise ; il a les yeux fixés sur elle. Cent balles qu’il est de ceux qui n’ont jamais osé et n’oseront jamais l’approcher.
Rictus ; j’me marre en lui donnant un coup dans les côtes. « Allons, c’est qu’une femme. Où sont passées tes couilles ? Fait si froid qu'ça ? »
A la seconde où j’entends le début du décompte, il n’existe plus
elle accapare toute mon attention.
Son regard à elle s’est détourné ; à trois la poussière s’élève et elle s’élance.
A l’instant où elle frôle le sol de si près que je crois qu’elle va perdre le contrôle tout en sachant que la probabilité est trop faible pour être ne serait-ce que considérée, j’oublie de respirer.

— — — ✂ — — —

Il y a les acclamations, les sifflements, l’excitation de la foule qui se bouscule et empoche déjà la somme des paris ; il y a les plaintes déçues, presque agacées de ceux qui ont mal misé, qui ont vu leur favori devancé et qui atteignent la ligne d’arrivée largement après elle — parfois, ce n’est qu’une fraction de seconde ou deux, mais à cette vitesse, sur la distance, ça représente plus qu’on ne peut l’imaginer.
Je ne bouge pas encore ; les bras croisés et le poids de mon corps déporté sur la droite, j’observe la victorieuse et son sourire — assez amusant, quand j’avoue avoir cru un moment que son visage était d’un marbre impossible à graver autrement que d’une expression stoïque, voire carrément froide — qui n’est destiné qu’à elle-même.
Je le connais, celui-là ; c’est celui de la passion, celui de l’adrénaline, ce sont ces quelques secondes où plus rien d’autre n’existe que le feu qui coule dans les veines, que la chaleur dans tout le corps, le souffle court, cette poignée d’inspirations haletantes où l’esprit n’a pas encore tout à fait quitté l’extase de la piste — de la scène, me concernant, mais j’imagine que le théorème s’applique à peu près à tout ce qu’il est possible d’aimer ici bas.

Enfin, je me détourne, plus par la force des choses quand on me bouscule que par volonté. J’esquive de peu le coude qui vient de manquer heurter mes côtes, m’écarte un peu ; j’attends patiemment que la foule diminue un peu autour de celui qui s’occupe des paris, ce soir — un peu toujours le même, pourvu qu’il soit là.
Dans l’ennui, je balaie la foule du regard ; et c’est le sien que je croise, un peu plus loin, à la périphérie de tout ce monde qui s’agite — certains s’écartent un peu, quand ils l’aperçoivent.
Il y a dans ses yeux cet éclat de victoire évident, et puis ce quelque chose d’un peu plus piquant, soutenu par son sourire, différent de celui qu’elle affichait, rien qu’un peu avant. Je devine le mot que dessinent ses lèvres quand elle est certaine que je l’observe, cette question qui n’en est pas vraiment une — évidemment.
Pour seule réponse, un rictus appuyé.

Un moment plus tard, c’est un coup léger sur mon épaule qui me fait tourner la tête. Andrew, encore, d’autres billets à la main. Je m’en saisis, les fourre dans la poche arrière de mon jean. J’ai presque doublé ma mise — faut dire que cette nana est une valeur sûre.
« La prochaine fois je t’écoute, mec, t’as meilleur instinct que moi. » Je me marre en lui jetant un regard. « C’est pas de l’instinct, ‘drew. C’la dit, tu m’excuseras, mais je te fausse compagnie, j’ai rencard. » J’insiste un peu trop sur le dernier mot, pour bien souligner le sarcasme — qu’il n’aille pas me prendre au pied de la lettre, puisqu’il est précisément de ce genre-là. Il grimace, ça me fait rire — crevard.

J’attends qu’elle empoche, qu’elle s’éloigne de la foule en délire et avide de thunes pour m’approcher, l’air de rien. Je tire mon paquet de clopes de ma poche, glisse une tueuse entre mes lèvres avant de lui en tendre une, tête inclinée en signe d’interrogation. « Petit plaisir de victoire ? »
J’allume la mienne avant de lui tendre le briquet, si jamais, puis j’inspire une taffe et la recrache dans l’air frais de la soirée en cercles fins. Je ferme les yeux, rien qu’un instant, avant de la regarder de nouveau ; je sais que j’ai ce sourire au bord des lèvres, toujours insolent, mais léger, comme si c’était à une vieille connaissance que je m’adressais. « Tu commences à te faire un sacré nom, Garance. » Je guette sur son visage comme un signe d’approbation, quelque chose qui me dirait que les bruits de foule ne mentaient pas sur son nom.
« J’m’appelle Romeo, si jamais. »
Juste histoire de rétablir l’équilibre.


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FAST & FURIOUS

(( GARANCE X ROMEO ))


J’ai les poumons en feu.
La peau me brûle là où elle a été amochée au niveau de la cuisse ; je saigne, c’est sûr et certain désormais. Pourtant ça ne suffit pas à gommer le rictus de satisfaction qui se peint sur mes lèvres quand on me tend le fruit des paris –un beau petit pactole. Rapidement je m’éclipse pour m’éloigner de la foule, liasse de billets bien en main, autant pour éviter de me retrouver embarquée dans une embrouille quelconque (ça arrive régulièrement après une course de ce genre, tout le monde accuse tout le monde, les perdants envient la chance des gagnants, et parfois ça en vient aux mains pour se faire justice tout seul –de vraies bêtes) que pour aller compter et ranger mon salaire du soir au calme.
Une fois à l’écart, ma bécane garée non loin et les clés à l’abri dans ma poche, je m’adosse contre un mur et commence à compter les billets verts.
Je te remarque quand tu t’approches. Je ne réagis pas, je garde la tête baissée et l’esprit concentré sur mon calcul.

« Petit plaisir de victoire ? »

J’hausse un sourcil et lève le nez vers toi qui m’offre une cigarette. Après un sourire narquois –j’ai vaguement essayé d’avoir l’air gratifiée tout en sachant que c’est peine perdue, que plus de vingt ans d’air sarcastique ça ne se perd pas comme ça et que mon visage est à jamais marqué des plis désagréables du cynisme ; pas que ça me fasse grand peine ceci dit– je lâche mes billets d’une main pour m’emparer de la clope et la coincer entre mes dents le temps de l’allumer avec ton briquet que je te rends une seconde plus tard, avant de me remettre à compter.

« Tu commences à te faire un sacré nom, Garance. »

Je ne réagit pas à ta voix qui prononce mon nom ; tout le monde sait comment je m’appelle ici.
(( et pourtant personne ne sait qui je suis )).
C’est qu’il est doux de pouvoir disparaître de la vue de tous tout en sachant que mon nom leur sera toujours gravé dans un coin de la tête, dans un souvenir brouillé de fumée noire et de vrombissements de moteurs.

« J’m’appelle Romeo, si jamais. »

J’hoche la tête, les yeux toujours baissés.
Cinq cent quatre-vint dix-huit, cinq cent quatre-vint dix-neuf, six cent.
Bizarrement, malgré que ce fut une de mes plus belles courses, j’ai déjà fait beaucoup mieux question récompense. Il faudra songer à changer de parieur…
Avec précaution, je tasse les billets en une liasse nette que je fixe à l’aide de mon élastique à cheveux après l’avoir défait de ma queue de cheval, et je range le tout là où je sais que personne n’osera y toucher à moins d’être sérieusement suicidaire : dans mon bustier.
C’est seulement là que je daigne enfin te regarder dans les yeux une bonne fois pour toutes.

Et maintenant ? On discute du temps qu’il fait ?

Le regard fixe, j’attends que tu te décides à enchaîner pour m’assurer que la discussion soit assez interessante pour que je prenne la peine de sortir mon portable et écrire de quoi répondre à tes bavardages –t’as plutôt intérêt à ce que ce soit plus divertissant que ce qu’ont pu me sortir d’autres mecs venus m’aborder après d’autres courses comme celle-ci.

Je n’ai jamais été très douée pour tenir discussion.
C’est de naissance il parait.

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MessageSujet: Re: (garance) ♦ fast & furious   Sam 5 Aoû - 5:31

Je l’observe qui achève de compter les billets ; sacré pactole à vue d’oeil, sûrement pas très loin de celui que j’ai amassé ce soir — ça pourrait couvrir une partie de mon dernier découvert, mais j’sais déjà où ira le gros du cash, et ce n’est certainement pas dans les poches de l’état. Comme un réflexe, je m’assure à tâtons de la liasse toujours à sa place dans la doublure de ma veste, inspire une bouffée mortelle puis laisse se répandre la cendre dans l’air frais mais étrangement sec de la soirée — presque glacial, mais comme électrique. L’ambiance des courses, l’ivresse de l’illégalité, sans conteste les raisons qui m’ont poussé à me lancer, moi aussi, y’a quelques temps déjà. C’était avant de pouvoir ne serait-ce qu’imaginer combien ces montées d’adrénalines pouvaient valoir, combien de billets pouvaient s’amonceler entre les mains d’un bon parieur, le temps de trois tours au bord du vide.
Quand j’ai commencé à enchaîner les victoires, c’était grisant ; j’ai vite compris comment en tirer le maximum de bénéfices — perdre de temps à autres, sans que ça ait l’air délibéré, laisser les foules douter et miser sur d’autres concurrents, les laisser m’oublier, puis revenir en tête lorsque s’organisait une nouvelle course sur le tas. Varier les méthodes, parcourir un spectre entier d’erreurs pour qu’elles n’aient pas l’air répétées.
Les laisser tomber dans le panneau.

J’observe les prochains coureurs qui s’installent, le retour des quatre roues pimpées, carrosserie quelquefois abîmée mais plus rien d’origine à l’intérieur — tout en plus fort, tout en plus rapide, tout en plus puissant. Vitesse et fluidité, réactivité ; exploiter à fond la machine pour s’en sortir sur les terrains à l’adhérence douteuse et les virages serrés.
Les meilleurs sont passés : les premières courses sont un échauffement, les dernières l’occasion pour les revanchards de se faire entendre si les flics ne sont toujours pas venus dissoudre l’assemblée. Entre deux, lorsque l’excitation et l’intérêt des spectateurs est à son comble, que les paris ont déjà donnés, les courses sont les plus délirantes. Plus ou moins toujours les mêmes têtes, ceux qui gagnent, ceux qu’on attend, avec eux les intrépides, ceux qui tentent le coup, qui veulent porter la couronne, la convoitent, avides de reconnaissance sur le terrain. C’est comme un emblème abstrait plus précieux que toute somme d’argent : le goût de la victoire sur le palais. C’est en portant ses couilles qu’on se fait une place, qu’on se fait un nom, qu’on se fait de la thune. S’agit bêtement d’être de ceux qu’on retient.

Le signal de départ est donné, les caisses s’élancent — toute sauf une qui patine dans la poussière une seconde de trop avant de se jeter sur la piste improvisée. Ça crie, ça rit, ça siffle — charognards trop heureux de se débarrasser du concurrent de leur favoris, ou désabusés de sentir comme les billets se réduire en cendres entre leurs doigts.
A la moitié du premier tour, un regard sur moi, mon attention s’étiole et je la reporte sur Garance, me plonge dans ses prunelles d'acier sombre et esquisse l’ombre d’un sourire.

« Dis-moi, Garance, je lâche sans sourciller, la voix basse, à peine de quoi couvrir le bruits des moteurs et des gens qui huent et hurlent à quelques mètres de là. De toi à moi, j’crois ne pas faire fausse route en affirmant que nous sommes bien loin d’être de mauvais coureurs — suffit de voir les billets que tu comptais y’a cinq minutes et d’te dire que j’ai régulièrement la même épaisseur à empocher. »

L’utile, l’agréable, les thunes et l’adrénaline, supplément de came et quelques contrats immondes en moins.

« Si j’te propose un marché qui nous permettrait éventuellement les meilleurs soirs de doubler nos gains à tous les deux, t’en penses quoi ? »


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MessageSujet: Re: (garance) ♦ fast & furious   Ven 25 Aoû - 15:28



FAST & FURIOUS

(( GARANCE X ROMEO ))


Les courses reprennent plus loin, j’entends les sons caractéristiques des moteurs qui grondent avant le signal de départ, et les cris des spectateurs hystériques. T’as le regard vague, un drôle de sourire aux lèvres alors que tu les observes –j’ai un rictus fugace parce que je sais plus ou moins ce que tu ressens, parce que ça me fait la même chose chaque fois ; t’aimerais bien y retourner pour le plaisir de l’adrénaline qui coupe le souffle et fait bouillir le sang, pour la jouissance que c’est de faire rager les autres quand t’arrives à tirer plus d’oseille qu’eux aux paris.
J’comprends ; et j’peux pas vraiment t’blâmer.

Tu retournes la tête vers moi. J’avoue que ça me plaît bien la façon dont tu me regardes sans avoir peur de me regarder dans les yeux ; on me l’a dit depuis toujours, j’ai le regard gris comme l’acier et acéré comme une lame de couteau de boucher, et plonger dedans c’est avoir l’impression de se faire décortiquer comme une pièce de viande. Je sais pas si t’as une quelconque affinité avec les trucs tranchants –j’m’en fous je l’avoue– mais ça me plaît, cette détermination dans ton regard.
T’as un sourire qui s’esquisse au coin des lèvres et je me retiens d’en faire de même –faudrait pas non plus que tu comprennes trop vite que je t’apprécie un peu plus que la plupart des crevards qu’on croisent ici.

« Dis-moi, Garance, de toi à moi, j’crois ne pas faire fausse route en affirmant que nous sommes bien loin d’être de mauvais coureurs — suffit de voir les billets que tu comptais y’a cinq minutes et d’te dire que j’ai régulièrement la même épaisseur à empocher. »

Je ne bronche pas, me contente de tirer sur la cigarette et de souffler lentement un nuage de fumée en attendant de savoir où tu veux en venir.

« Si j’te propose un marché qui nous permettrait éventuellement les meilleurs soirs de doubler nos gains à tous les deux, t’en penses quoi ? »

Voilà, on y est. J’hausse un sourcil mais le sourire qui se dessine sur mes lèvres devrait suffire à te faire comprendre que ce n’est pas de la surprise méprisante mais un intérêt curieux. Je coince la clope entre mes lèvres le temps de récupérer mon portable, et rédige ma réponse en quelques secondes.

« Développe ? »

Un éclat de voix attire mon attention sur le côté –ah, un bolide s’est éclaté dans un mur, c’est pas bon signe, les flics ne devraient plus tarder après ça– et je baisse le nez sur mon portable une seconde fois avant de te tendre le nouveau message affiché sur l’écran.

« Mieux vaut dégager de là. Le Morpheus tu connais ? »

C’est pas un bar que je fréquente pas énormément ces derniers temps, mais j’avais pris l’habitude d’y aller de temps en temps à l’époque où je vivais encore à Scitlali et que Dahlia n’était pas dans mes pattes, trop occupée à jouer les oiseaux de foire à l’Académie.
Je me lève, mon casque au creux du coude, et me dirige vers ma bécane que j’enfourche avant de lever vers toi un air railleur.

« Tu montes ou t’es du genre à avoir la masculinité trop fragile pour te faire conduire par une fille ? »

Si c’est le cas tu pourras t’asseoir sur ton marché mon gars.

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MessageSujet: Re: (garance) ♦ fast & furious   Jeu 31 Aoû - 18:16

Silence.
Elle se saisit de son portable, et je penche la tête, réalise tout à coup lorsqu’elle le retourne vers moi. C’est à ça qu’ils pensent, les autres, quand ils disent qu’elle ne parle pas ? J’ai deux secondes d’égarement, le temps d’une taffe tirée sur ma cigarette, avant de me reprendre — ça ne change pas grand chose aux tenants et aboutissants de l’idée que j’ai derrière la tête.

« Je me disais juste qu— »

Bruits lointains de tôle froissée.
Je jette un regard par dessus mon épaule, où certains se précipitent quand d’autres se dispersent déjà, pas plus déçus qu’à l'accoutumée. C’est régulier, une caisse qui finit par sortir de la piste, souvent plus de peur que de mal ; sinon ce sont les esprits qui s’échauffent et les poings qui font couler le sang pour une histoire de pari déloyal quelconque — mettez de l’argent entre les hommes, et ils deviennent des chiens.
Ceux qui ne s’en vont pas observent la scène, trop ravis de l’animation — le fameux attrait du morbide ; il attendent de savoir si le type au volant s’en est sorti en un seul morceau, ou s’ils pourront se repaître de chair fraîche à vif.

Je me retourne en direction de Garance, vaguement soucieux, et me heurte à l’écran qu’elle a de nouveau tendu dans ma direction.

« Mieux vaut dégager de là. Le Morpheus tu connais ?
Pas vraiment, je réponds dans un haussement d’épaules. Mais j’te suis. »

Je joins le geste à la parole en lui emboîtant le pas, direction le bolide qu’elle conduisait dans les virages serrés du parcours improvisé. A sa provocation je ricane, roule des yeux avant de grimper derrière elle, la prise légère sur sa taille, juste ce qu’il faut pour tenir l’équilibre sans avoir l’air de profiter de la proximité forcée.

« Je dois admettre que ça m’aurait fait un peu mal si t’avais été une midinette en talons aiguilles et froufrous roses, je lâche en me marrant, penché sur le côté pour la voir. Mais si c’est dans le dos d’une bad girl alors l’ego est sauf. »

J’adresse un signe à l’Andrew effaré qui m’attendait près de sa caisse pour prendre la poudre d’escampette, façon m’attends pas, c’est déjà réglé. A le voir, on croirait que je vais me faire bouffer — je ris une dernière fois, avant que l’engin ne démarre et ne quitte le terrain qui ne tardera pas à être investi par les flics.

— — — ✂️ — — —

Morpheus.
Même posté face à la devanture, il ne me dit rien ; faut dire, je ne me suis que rarement rendu dans les bars de Scitlali. Pendant longtemps, ceux d’Haylen ont fait mon bonheur, puis ceux d’Hiawatha, où j’ai pris mes marques au milieu de la jeunesse délaissée qui vient claquer ses derniers dollars sur le comptoir en l’échange d’un peu d’éthanol pour oublier que demain n’est qu’une énième journée de galère, que mieux vaut ne pas y penser et se contenter de l’instant présent.
Chaque seconde passée comme une de plus à être encore vivant.

Je pousse la porte d’entrée, la laisse se refermer dans le dos de Garance. L’intérieur est sombre et rouge, ambiance familière, finalement c’est assez codifié ces milieux-là. D’un mouvement de tête, je désigne une table un peu à l’écart, attend son approbation avant de m’installer sur la banquette en face d’elle, bras nonchalamment balancé sur le dossier, une fois mon blouson ôté. A la commande, une vulgaire bière pression, quoique je n’en aime pas vraiment le goût. Le serveur s’éclipse, et je plonge mon regard dans les prunelles d’acier de la coureuse.

« Donc, pour reprendre… Dans l’idée c’est simple, s’agit de se faire de la thune l’un sur le dos de l’autre, et surtout sur le dos des parieurs. Et ceux-là ont l’opinion particulièrement influençable… Tu ne trouves pas ? »

Insistance sur les mots, rictus aux lèvres ;
tu commences à saisir ?


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MessageSujet: Re: (garance) ♦ fast & furious   Lun 25 Sep - 18:03



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(( GARANCE X ROMEO ))


« Je dois admettre que ça m’aurait fait un peu mal si t’avais été une midinette en talons aiguilles et froufrous roses. Mais si c’est dans le dos d’une bad girl alors l’ego est sauf. »

Je ricane à ta blague. Pas parce que je la trouve drôle mais parce que l’image s’est insinuée dans ma tête, moi juchée sur des talons aiguilles roses pailletés et vêtue d’un tutu de princesse. Dommage que le rose me fasse horreur –c’est une des couleurs favorites de Dahlia– parce que je crois que ça me ferais doublement kiffer de gagner mes courses habillée comme ça pour faire rager les plus machos d’entre eux ; ceux qui ne supportent déjà pas que je puisse les devancer alors que j’ai pas deux couilles qui pendent inutilement entre mes jambes comme eux devraient sûrement faire un infarctus qu’une femme vêtue de rose et de paillettes puisse leur faire mordre la poussière.
Faudrait que j’essaye un jour.

×××××

Une fois arrêtés devant le Morpheus je retire mon casque, récupère mes clefs, et gare mon bolide sur le côté en prenant soin de mettre la dose niveau sécurité et antivols –c’est un cadeau de Donovan, il me tuerait si je me la faisais piquer, et moi je tuerais celui qui aurait osé le faire ; ou du moins je lui ferais passer l’envie de recommencer. À l’intérieur du bar, je salue d’un hochement de tête bref les quelques serveurs qui me connaissent et que je reconnais et te suis en direction d’une table pour deux un peu plus éloignée du reste de la salle –plutôt romantique comme entrevue, ça m’fait ricaner.

Je prends place en face de toi et m’étire le dos une fois assise sur la banquette, faisant craquer mes vertèbres une ou deux fois –être penchée trop longtemps sur ma moto, ça me fait toujours ça. Un serveur s’approche, note d’abord ta commande avant de me lancer un sourire presque innocent –presque parce que je sais trop bien lire dans les yeux des gens, et dans les siens ça fait longtemps que je lis de la faim quand il me regarde ; pas à mon goût ceci dit, trop insignifiant.

« Comme d’habitude Garance ? il me demande d’un ton appuyé comme pour me rappeler qu’il sait mon nom et ma boisson préférée. »

J’acquiesce avec un sourire amusé qui semble le contenter ; j’me fous de sa gueule intérieurement en vérité. Il ne me demandera rien ce soir car je suis accompagnée, mais un jour il osera, et faudra quelqu’un pour ramasser son égo après.
Il s’éclipse, je le regarde de dos pendant une seconde avant de reporter mon attention sur Romeo.

« Donc, pour reprendre… Dans l’idée c’est simple, s’agit de se faire de la thune l’un sur le dos de l’autre, et surtout sur le dos des parieurs. Et ceux-là ont l’opinion particulièrement influençable… Tu ne trouves pas ? »

Je pose mes coudes sur la table, le menton sur la main. Je comprends où tu veux en venir –je le reconnais, t’as le verbe habile et le sous-entendu entraîné– et l’idée me plaît mais je ne peux pas m’abaisser à conclure le marché sans creuser un peu plus. Tout d’abord parce que je ne fais confiance à personne et tu ne fais pas exception, et il faut bien surveiller ses arrières. Et aussi parce que j’ai ma réputation de dure à cuire à tenir, et une dure à cuire ne se vend pas comme ça tu l’entendras.
Je me penche vers toi, sourire énigmatique aux lèvres –t’auras beau essayer tu sauras pas ce qu’il se trame derrière.

« Qu’est-ce qui me prouve que je peux te faire confiance et que t’es pas un de ces connards prêt à tout pour me descendre du classement ? »

Le serveur revient et entre le dessous de verre et le cosmopolitain il y a un papier avec un numéro écrit à la va-vite dessus. Je l’ignore, le remercie d’un hochement de tête sans te quitter des yeux et porte la boisson à mes lèvres pour en siroter une gorgée bien méritée.

« Tu serais prêt à quoi pour me convaincre d’accepter ? »

T’as réveillé les instincts prédateurs Romeo, et maintenant j’ai envie de te tester histoire de voir si tu tiens plus de chat ou de la souris.

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MessageSujet: Re: (garance) ♦ fast & furious   Ven 5 Jan - 15:51

Elle a ce rictus aux lèvres ; celui qu’on reconnaît aux conquérants, à ceux qui dominent dans la place, ceux qui l’emportent quand s’en mêlent la loi du plus fort — le sourire qui dit j’en sais beaucoup, et toi pas assez. J’pense à Daemon, une seconde, cette façon qu’il a lui aussi de faire tourner le monde comme il l’entend ; et tout ce qu’il sait que les autres ignorent posés là dans une fossette appuyée au bord de ses lèvres — ces deux-là dans une arène, je crois que je n’saurais pas sur qui parier.

« Qu’est-ce qui me prouve que je peux te faire confiance et que t’es pas un de ces connards prêt à tout pour me descendre du classement ? »

Prudente, hein ?
Haussement d’épaules et rire léger, sourcil haussé, je m’incline dans sa direction comme pour dire un secret, le murmurer telle une confidence — il n’en est pas grand chose.

« Strictement rien. »

Verres déposés ; un éclat blanc froissé attire mon regard quand elle porte le sien à ses lèvres. Si du coin de l’oeil j’avise sa question, dans l’instant je n’y porte pas grand intérêt : d’un mouvement de tête léger j’indique le morceau de papier laissé là, humide de la condensation qui a coulé le long du verre.

« Tu permets ? »

J’me marre, tends la main et attrape le feuillet griffonné sans vraiment attendre d’accord — pas comme si elle avait l’air emballé à l’idée d’avoir une touche quelconque.

« Pour occuper mes soirées solitaires. »

Sous-entendu à peine dissimulé ; non pas que le serveur soit particulièrement à mon goût — et, à en juger par le genre de nana qu’il essaie de choper, j’imagine assez bien être aux antipodes du sien — ni même que je songe vraiment à garder le numéro une fois sorti du Morpheus, mais c’est le plaisir un rien mesquin à le deviner qui se décompose derrière le comptoir — j’me demande pour qui il me prend : le petit ami pas trop grande gueule, le cousin taquin, l’ami intéressé.
J’m’en fous un peu des nuances — c’est priceless de le voir subir la fuite de son plan ((B ou Q, j’ai jamais trouvé grande différence entre les termes)).

Papier fourré dans ma poche, je bois deux gorgées de bière puis relis les caractères alignés sur l’écran ; à la suite je hausse les épaules, relève les yeux pour me perdre une nouvelle fois dans son regard — et c’est presque une épreuve, chaque fois, l’impression qu’il suffirait d’une seconde d’inattention de ma part pour être bouffé et qu’il n’y ait plus le moindre reste.
Elle m’évoque vaguement un cobra, ou un python ; une bestiole fourbe qui vous mord à l’artère sans que vous l’ayez vu ou vous étouffe dans votre sommeil — une dont on se passe bien, mais qui de loin fascine.

« L’idée c’est précisément celle-là : se descendre l’un, l’autre dans le classement. L’idée, c’est aussi précisément que c’est temporaire. Ceux que tu vas laisser gagner pour les enfler, avoue que ce sera plutôt jouissif d’les rétamer quand tu rafleras la mise ensuite. »

Nouvelles gorgées fraîches, verre reposé sur la table je croise les bras — prêt à quoi ? Va savoir.

« J’te rappelle qu’toi et moi, on joue pas dans la même catégorie. T’es sur deux roues et j’suis sur quatre, quel intérêt à t’faire dégringoler si j’peux même pas te voler le podium ? »

Puis, soit dit en passant, y’aurait pas vraiment d’honneur à l’emporter sur un coup bas pareil.

« ’mettons que pour te prouver ma bonne foi, et parce qu’après tout je suis le grand fou qui a lancé l’idée, je me porte volontaire pour le premier round des défaites. »

C’est de bonne guerre, non ?

« J’suis plus ou moins connu par certains que j’fréquente dans d’autres milieux que celui des courses pour mes… hm… Disons, frasques, la vérité s’avouerait plutôt en dérives débauches et conneries. Je n’aurai aucun mal à faire courir le bruit qu’j’suis dans une mauvaise passe, que j’songe à rendre le volant… J’m’efforcerai même de perdre les duels d’honneur qu’on me lance. »

Et le Ciel sait que l’ego d’un homme est pourtant précieux — le mien j’l’entretiens dans tous les domaines secondaires qui ne forgent pas une vie.
Et dans la musique — la seule fierté qui en vaut vraiment la peine, je crois.

« Du même coup, j’me fais cobaye, ou crash test. T'es la première à empocher sur mon dos, et c'est moi qui prends des risques si tu décides de me la faire à l'envers. C’est tout bénef’ pour toi, non ? »


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MessageSujet: Re: (garance) ♦ fast & furious   Lun 18 Juin - 13:42



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« Strictement rien. »

Je hausse un sourcil, peu impressionnée par ton élan d’honnêteté –que je salue malgré tout, au moins n’as-tu pas eu la bêtise de penser que je pourrais gober le moindre mensonge bancal.

« Tu permets ? Je fronce à nouveau les sourcils avant de comprendre de quoi tu parles ; je ricane et fais un geste vague de la main comme pour t’indiquer que le petit bout de papier est tout à toi. Pour occuper mes soirées solitaires. »

Encore un point à retenir à ton sujet –à moins que ce ne soit du bluff mais je n’en vois pas vraiment l’intérêt ici.

« L’idée c’est précisément celle-là : se descendre l’un, l’autre dans le classement. L’idée, c’est aussi précisément que c’est temporaire. Ceux que tu vas laisser gagner pour les enfler, avoue que ce sera plutôt jouissif d’les rétamer quand tu rafleras la mise ensuite. J’te rappelle qu’toi et moi, on joue pas dans la même catégorie. T’es sur deux roues et j’suis sur quatre, quel intérêt à t’faire dégringoler si j’peux même pas te voler le podium ? »

Tu marques un point sur le deuxième argument mais je reste sceptique pour ce qui est du premier –je n’ai jamais couru pour l’argent, seulement pour les sensation et la renommée de Donovan à défendre. Perdre volontairement pour me faire des tunes dont je n’ai pas besoin ne me plaît pas des masses, et d’autant plus quand ce n’est pas seulement mon nom dont l’honneur est en jeu.

« ’mettons que pour te prouver ma bonne foi, et parce qu’après tout je suis le grand fou qui a lancé l’idée, je me porte volontaire pour le premier round des défaites. »

Je hausse un sourcil, un sourire intéressé au coin des lèvres. Continue.

« J’suis plus ou moins connu par certains que j’fréquente dans d’autres milieux que celui des courses pour mes… hm… Disons, frasques. Je n’aurai aucun mal à faire courir le bruit qu’j’suis dans une mauvaise passe, que j’songe à rendre le volant… J’m’efforcerai même de perdre les duels d’honneur qu’on me lance. »

J’admets que ton plan semble tenir sur ses deux jambes mais j’attends quand même de voir de mes propres yeux s’il saura tenir la route avec. Je sais l’ego des hommes et des garçons, et surtout je sais qu’il est parfois difficile de résister à la tentation d’être le meilleur.

« Du même coup, j’me fais cobaye, ou crash test. T'es la première à empocher sur mon dos, et c'est moi qui prends des risques si tu décides de me la faire à l'envers. C’est tout bénef’ pour toi, non ? »

Impassible, je prends le temps de réfléchir, peser le pour et le contre. Je n’ai rien à perdre pour ce qui est du crash test donc ça se laisse tenter plutôt deux fois qu’une mais je n’ai pas encore pris ma décision quant à ce qui est de mes courses et de mon titre.

« Donne-moi ton numéro qu’on puisse coordonner ton fameux crash-test plus tard, je tape rapidement à l’écran de mon smartphone. J’accepte de tenter le coup mais je ne te donnerais mon avis définitif et mes conditions que si je suis satisfaite de l’essai. »

J’attends qu’il finisse de lire en finissant mon verre puis lui tend mon portable pour qu’il puisse y enregistrer son numéro.

« Je t’enverrai un message quand je serais disponible. »

Je pose ensuite de quoi payer mon verre dans le petit récipient où trônait l’addition et me lève en renfilant correctement ma combinaison –maintenant que le surplus de chaleur s’est évacué je risque de mourir de froid si je ne me rhabille pas.

« Bonne chance pour occuper ta nuit solitaire. »

Et sur un clin d’œil et un sourire entendu, je quitte le Morpheus pour rentrer chez moi –tu sauras bien te débrouiller pour rentrer comme un grand.

×××××
(3 jours plus tard)

   De : Moi
   À : R.

rdv 22h demain soir sur le terrain.


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(garance) ♦ fast & furious
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