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 Meera ♦ Wanderers at night, they might combust. [NC - Âmes sensibles]

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Paris-Brest crémeux
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MessageSujet: Re: Meera ♦ Wanderers at night, they might combust. [NC - Âmes sensibles]   Sam 15 Oct - 22:18


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Wanderers at night, they might combust ❞

T’inspires, difficilement, en contemplant les fins sillons de sang qui courent le long de ton bras. A cet instant précis, la seule pensée claire qui daigne te traverser l’esprit c’est que, quand même, putain, c’que t’es pâle pour un ricain. Et c’est tellement con, tellement saugrenu au fond, que tu peux pas t’empêcher de te marrer. Et c’est un de ces rires amers, pas trop sincères, du genre de ceux qui fendent un peu le cœur et que, pour sûr, on n’aime pas entendre. Ça te fait tousser, tu t’étrangles à moitié — et putain, tu fumes comme un pompier — et ça fait mal, ça te brûle les poumons et ça te lance depuis le flanc. C’est con, tu te sens con, mais qu’est-ce que t’y peux ? T’es qu’un homme, t’es qu’un môme, et ton existence, elle… t’es pas certain qu’elle en vaille la peine.
Putain, c’que tu t’sens absurde dans c’te vie.

« Romeo ? »
Ça retentit dans le vide laissé là par ton rire éteint. Tu frémis, tu frissonnes, tu hoquettes en reprenant ton souffles. Tout à coup, tu réalises ta faille, ta connerie. T’essaies de soustraire les ravages à sa vue, mais ça te rend suspect. Trop tard, de toute façon : elle a déjà remarqué. Elle est là, dans ton dos, sa main entre tes omoplates et le regard sur tes blessures rouvertes. « Mee... » tu lâches en posant les yeux sur elle sans vraiment la voir ; t’as eu un instant de lucidité, mais t’es déjà reparti, tu t’es renfermé, comme si t’avais soudainement dressé un obstacle entre toi et le monde. Pas un mur, faute de moyens ; ça ressemble plus à un rideau que t’aurais tiré entre l’univers et toi, entre elle et toi. Spectacle terminé, clown éploré ; tu t’es effondré dans la poussière, t'as éteint les projecteurs. Tu ne veux pas être pitoyable à ses yeux ; mais n’est-ce pas un peu tard déjà pour t’en inquiéter ?
Tu vois, tu sens qu’elle saisit ton bras et l’enveloppe dans une serviette sûrement attrapée sur l’un des portants, puis qu’elle te tient, qu’elle te guide, qu’elle te supporte encore. Tu serres les dents quand elle te fait asseoir sur le canapé ; tu fermes les yeux et tu siffles entre tes lèvres pincées jusqu’à ce que la douleur s’estompe, à défaut de disparaître complètement. « Tiens ça comme ça. » Elle te montre, mais tu ne regardes pas vraiment, tu l’écoutes à peine ; ta main se place d’elle-même, sans attendre d’être menée à bon port et de la bonne façon par la bassiste. C’est loin d’être une première, pas vrai ? « C’est bon, j’sais faire. » tu lâches à voix basse en te mordant la langue. T’en as tellement marre de c’que t’es.

Elle s’éclipse, et tu restes comme un con à fixer l’écran noir de la télévision éteinte. C’est un miaulement ténu qui finit par attirer ton attention et te ranime vaguement ; c’est une boule de poils rousse et courte sur pattes qui grimpe sur tes genoux d’un seul bond depuis le sol pour réclamer ton affection. Et c’est toi qui lâches ta serviette, un instant, pour laisser tes doigts courir sur sa tête pelucheuse. Un ronronnement satisfait emplit le silence du salon, avant que Meera ne revienne dans la pièce et que la chatonne n’aille se réfugier dans un coin du canapé, comme si elle comprenait tacitement qu’il valait mieux vous laisser tranquilles pour les quelques minutes à venir. Elle ne détache cependant jamais son regard de toi, s'assurant des bonnes intentions de l'invitée, miaulant quelquefois, comme si elle saisissait les tourments de ton âme et de ton corps — sixième sens animal, peut-être, tu n’en sauras jamais rien.

« Donne ta main. » Tu t’exécutes, comme s’exécuterait un enfant pris en faute, qui sait qu’il a déjà trop contrarié les adultes, et que seul faire profil bas lui sera profitable. T’es étrangement sage pendant qu’elle s’affaire, et ça n’a sûrement rien de bien rassurant, rien de normal quand on te connaît. Romeo, le pitre, le saltimbanque, le bouffon qui s’improvise danseur, humoriste, rêveur au grand cœur ou comédien ; il est passé où, le comique, le plaisantin, l’amoureux transi, l’abruti qui s’en fout et se rit de tout ?
Il est passé où, putain, celui qui en avait encore dans les tripes et sous le capot, celui qui tenait bon, qui résistait même s’il vacillait ? Il est passé où, bordel, celui qui tenait encore le coup et qui savait être apprécié, bon vivant, bien aimé quoique sûrement certains soirs mal baisé ?
Putain Romeo, mais qu’est-ce que t’as foutu avec toi, tes rêves, tes projets, ton avenir ; puis merde, Romeo, qu’est-ce que t’as branlé avec ta vie ?

Tes ambres cillent avant de se raccrocher ; à elle, à ses mains, qui pansent et bandent tes blessures, avec sa méticulosité aussi touchante que maladroite. Dans d’autres circonstances, t’aurais aimé rire, te foutre de sa gueule et de son manque d’expérience ; tu te serais bien vu lui lâcher un « t’es plus habile de tes mains quand j’t’allume », mais ça ne vient pas, les mots ne se dessinent pas, ne franchissent pas tes lèvres parce qu’ils ne font pas sens, et qu’ils ne t’amusent pas. Tu t’es effacé, comme tu le fais si souvent, t’as disparu dans l’ombre de tes bleus au cœur, derrière la faiblesse de ton courage et la précarité de ta prétendue force — celle qu’on t’a vantée, quelquefois, mais à laquelle t’as toi-même jamais cru.
Peut-être que c’est ça, vraiment, ce que l’on appelle dépression. Plus qu’un désir de crever, plus qu’une perte d’intérêt pour tout ce qui en était digne : une perte de consistance, une perte d’identité, et cette irrépressible impression de voir, sentir le monde se diluer et disparaître, se dissoudre simplement, ses couleurs dégorger comme de l’aquarelle sur une toile laissée sous la pluie. La sensation de perdre sa propre qualité d’être, de sentir son esprit se dérober sans réussir à le ramener, sans parvenir à s’éveiller de nouveau.
C’est ça, peut-être, la dépression : un long sommeil sans rêves, où la réalité n’est plus assez forte pour retenir ni même atteindre l’endormi à la dérive.
Le suicide, alors ; n’est-ce finalement rien d’autre qu’une noyade dans un trop-plein de plus rien ?

Tu ne grimaces même pas quand les plaies à vif te brûlent — ça fait mal, pourtant, et même dans ton état, t’es encore capable de le sentir —, tu te contentes de fixer ses mains qui s’occupent de tes blessures. Et y’a comme un truc en toi, qui reprend vie à réaliser ce qu’elle est en train de faire — elle t’a pas laissé, putain, elle t’a pas laissé. Elle en aurait eu mille fois l’occasion, pourtant, même si tu ne comprends pas encore tout à fait l’enfoiré que t’as été, ce soir — et qu’avec ton état, t’auras sans doute jamais l’occasion de t’en repentir de toute façon. T’as la mémoire défaillante quand tu déconnes ; tu le sais, mais ça non plus ne t’a jamais arrêté. « J’suis pas une experte mais ça devrait bien tenir si tu forces pas trop… » Tu lèves les yeux en direction de son visage, alors qu’elle s’assoit sur la table basse en face de toi, l’air lasse et fatiguée. Ça te fait un truc, de la voir comme ça, rongée par quelque chose que tu ne saisis pas — que tu ne saisiras peut-être jamais —, tourmentée par ses propres démons dont tu discernes la valse endiablée dans ses prunelles ternies — fatigue, tracas, autre chose peut-être ? — sans être capable de les en chasser, ce soir — t’es pas un héro, toi, encore moins un prince charmant.

T’étouffes un grognement traître de frustration et de confusion puis, un éclat un peu plus vif au fond des ambres, c’est sur le bandage qui te serre le bras que tu reportes ton attention — peut-être parce que c’est plus facile d’avoir l’air concentré sur un pansement que de soutenir son regard qui t’atteint un peu trop. Il n’y avait pas besoin de tant, tu songes, pas besoin de tant de temps, de tant de soins, encore moins de tant de souci.
Est-ce qu’elle t’en voudrait, si elle savait le nombre de fois que tu t’es fait du mal sans que jamais l’idée même de te soigner t’effleure ensuite l’esprit ?

T’abandonnes, tu fermes les yeux, t’inspires difficilement, mais sans laisser tes traits imprimer la grimace qui a manqué s’y dessiner. Et ce n’est que lorsque sur sens les mains de la musicienne crocheter les boutons de ta chemise que tu rouvres les paupières en papillonnant, pris au dépourvu, un hoquet de stupeur étouffé au fond de la gorge. « M-Mee, non— » tu lâches d’une voix rauque en te saisissant de ses poignets pour l’arrêter dans son geste, un instant trop tard. Tu déglutis, tout à coup pleinement éveillé. Tu frissonnes, le cœur battant à tout rompre entre tes côtes endolories, sous ta peau constellée d’une myriade d’hématomes trop marqués pour n’être que le fruit de bêtes accidents du quotidien. Tu détournes le regard, tu la lâches — quel intérêt maintenant, puisqu’elle les as vues ? Ces putains de preuves de ton sale quart d’heure, qui te font honte et te répugnent, te filent la haine et l’envie de rendre à part égale, surtout. « Putain mais… » Tu brûles de rétorquer un vague « c’est rien », mais tu te retiens ; tu sais que ça sonnerait faux, que ce serait la prendre pour une conne, et que c’n’est pas ce dont elle semble avoir besoin, ce soir. Alors, pour une fois, tu fermes ta gueule, tu ravales ta fierté d’homme, tu t’abstiens de faire le fier, de faire genre que mais non, c’est rien, deux-trois bleus, dans trois jours c’est plus là.

Tu te tais, tu frissonnes sous ses doigts quand elle les laisse glisser contre ta peau, tu caresses le dos de sa main sans même t’en rendre compte, comme un besoin inconscient de la rassurer, quand même, lui dire t’en fais pas, j’suis là, alors c’est pas si grave au fond. Tu t’en veux d’être un poids, ça t’file la gerbe cette impression de n’pas être capable de vivre sans inquiéter le monde entier, ce putain de beau monde trop bon pour toi qui passe pourtant son temps à se sacrifier pour ta petite personne.
« T’as pas... de la crème ou n’importe quoi pour... ça ? » Tu la regardes sans la voir, de nouveau, mais ça ne dure qu’un instant cette fois-ci. Un seul instant, une poignée de secondes avant que les mots ne franchissent tes lèvres, sans être capable d’aligner une seule phrase complète. « N-Non, je... c’est... » T’as pas le courage de mentir, pas le courage de fabuler — alors tu préfères le silence, encore. Plutôt que de parler, déblatérer pour ne rien dire, tu te redresses, tu glisses ta main sur sa joue, dans son cou, puis tu l’attires à toi et tu l’embrasses. Ce n’est que ta bouche pressée contre la sienne, à peine un baiser d’adolescents qui dure un peu trop longtemps — suffisamment pour que l’air vienne à te manquer — mais ça fait s’agiter un truc en toi, ça t’fait te dire que t’es encore en vie, pas complètement foutu, peut-être pas un cas si désespéré. Même démonté, t’es encore capable d’aimer.

Ça te claque en pleine gueule, c’te réalité. Entre deux éclats d’obscure clarté, de lucidité tamisée, ça t’traverse et ça t’fait trembler. T’as à peine quitté ses lèvres que tu reviens les chercher, avec un peu plus d’empressement, sans trop d’arrière-pensées, parce que la douleur repousse tes idées libidineuses dans un coin terré de ton esprit. Tu ne sais pas ce qu’elle peut lire de tes pensées, dans tout le tumulte — que t’as mal, sûrement, que t’es désolé, aussi, mais que tu ne sais pas de quoi, que tu t’sens pitoyable, même si ça ne t’atteint qu’une seule minute sur trois, que tu viens de capter que non, putain, ça ne peut pas qu’être physique entre elle et toi, qu’il y a un truc, autre chose, plus fort, qui prend aux tripes, suffisamment puissant pour que tu t’sentes la force de vivre une nuit de plus pourvu qu’elle soit à tes côtés. Ça te dérange — ne pas savoir ce qu’elle saisit du maelström de tes réflexions éparses.

Quand le baiser est rompu, tu la repousses doucement, presque maladroitement — une maladresse de jouvenceau au premier rendez-vous, celui qui veut beaucoup mais n’ose que peu et ne demande rien, par honte, émoi, pudeur et réserve. Par peur du rejet, aussi, peut-être. Mais t’es pas de ceux-là, toi, hein ; après tout, t’as toutes les filles que tu veux, et elles te donnent assez d’affection pour les dix décennies à venir, pas vrai ?
A d’autres, enfoiré.

« J’dois avoir… un reste d’arnica, un truc comme ça… j’suppose. » Tu l’as à peine soufflé, juste assez fort pour qu’elle t’entende, au mieux. « Même endroit qu’le reste... » Tu ne sais pas si elle va s’éclipser mais, si elle y songeait, tu ne lui laisses pas le temps de le faire ; tu t’accroches à elle, tu te relèves comme tu peux, un peu moins gauche qu’avant — parce que tu décuves plutôt vite, et que la douleur te dégrise assez pour que t’y voies un peu plus clair dans ce que tu fais. Ça te fait du bien, un peu — être autre chose qu’un poids mort, l’espace de quelques instants, toujours un peu gaffeur, mais capable d’avancer jusqu’à la salle de bains sans avoir manqué t’effondrer.
Ce qui te frappe en premier, quand t’approches de l’armoire, ce sont les fines éclaboussures d’un carmin vif sur la céramique du lavabo — ça t’arrache une grimace, et t’ouvres l’eau presque aussitôt pour effacer toutes les traces de ton méfait. Elles sont rares, mais trop parlantes, trop honteuses, tu les préfères disparues que traîtresses de ce que t’aimerais bien ne pas faire, ne pas être. C’est lorsqu’il ne reste plus rien pour te ramener à ton énième erreur de passage que tu ouvres enfin la porte du petit placard, sans oser jeter un nouvel œil à ton reflet — il te répugne déjà suffisamment. Il te faut à peine quelques instants pour mettre la main sur le tube quasiment — voire complètement — neuf de crème. Tu jettes un œil à la boîte, juste pour t’assurer que la date de péremption n’est pas passée — parce que ce ne serait pas le premier que tu foutrais à la poubelle sans y avoir jamais vraiment touché, faut dire. Ceci fait, tu reviens sur tes pas en éteignant la lumière derrière toi, et tu abandonnes le tubes aux mains de Meera, avant de t’asseoir sur ton lit, de t’y allonger, même, sans être de toute façon capable de trouver une position qui ne tiraille pas.

Tu soupires longuement, tu cherches à atteindre le paquet de clopes sur ta table de nuit sans trop bouger — et sans y parvenir, aussi, alors t’abandonnes. Et puis, à défaut, tu attires de nouveau Meera dans ta direction, sans chercher à voler un de ses baisers cette fois, seulement pour l’avoir près de toi. Lorsqu’elle s’approche pour appliquer la pommade sur tes contusions, tu te saisis de sa main, et c’est toi qui guides ses premiers gestes, rien qu’un temps, avant que tes doigts ne remontent le long de son bras, jusqu’à son épaule, puis ramènent les mèches de ses cheveux derrière son oreille, pour dégager son visage. Longtemps, tu gardes le silence, tu te contentes de l’observer, de chercher son regard et de détailler ses traits que tu connais pourtant par cœur. Quand tu te décides à parler, c’est à peine si c’est un souffle enroué — mais c’est aussi l’ombre d’un sourire, fugace, presque indiscernable, mais au mérite d’être authentique. « Tu restes ici c’te nuit, hein ? »


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MessageSujet: Re: Meera ♦ Wanderers at night, they might combust. [NC - Âmes sensibles]   Dim 16 Oct - 21:22

Wanderers at night : burning
They say it changes when the sun goes down around here ✘ ROMEO
Elle ne pouvait pas s’en empêcher ; imaginer. Se représenter la scène à l’intérieur de sa tête, le voir endurer les coups et cracher du sang –elle avait déjà vu plusieurs rixes violentes dans son enfance alors ça n’était pas si difficile pour elle de visualiser une scène plus ou moins crédible. Plus que de la douleur qu’elle ressentait –la douleur de l’empathie, la douleur de voir un proche avoir mal– c’était de la colère qui commençait à naître au creux de son ventre.
Dans quel monde vit-on, bon sang ?
Sous ses doigts qui glissaient d’hématomes en hématomes, elle sentit Romeo frissonner et interrompit son geste un instant en levant les yeux vers lui, de peur de lui avoir fait mal involontairement. Ce fut quand il vint lui caresser le dos de la main d’un air absent qu’elle se permit à nouveau d’effleurer la peau meurtrie et poser sa main sur son torse, un peu au-dessus du coeur qu’elle sentait battre à travers la chair –c’était ridicule probablement, mais ça lui faisait du bien de le sentir battre ce coeur et elle n’avait pas envie d’en détacher sa main ; d’autant plus que la chaleur de sa peau venait peu à peu réchauffer ses mains glacées, et ça aussi ça faisait du bien.
Alors quand il bafouilla un semblant de réponse qui ne parvint même pas jusqu’à son cerveau et qu’il passa ensuite sa main sur sa joue, dans son cou, elle s’abandonna une énième fois et le laissa l’attirer vers lui ; pire, lorsque leurs lèvres se rencontrèrent, elle vint trouver un appui sur le dossier du sofa de son autre main et vint s’asseoir sur ses cuisses en prenant garde à ne pas trop s’appuyer sur lui, pour mieux pouvoir se lover contre sa chaleur. Sa main n’avait pas délogé de son torse ; elle se sentait tellement minuscule entre ses bras, submergée par ces sentiments qui n’étaient pas toujours les siens qui venaient se mélanger dans sa tête mais dont elle parvint sans trop en prendre conscience à discerner les silhouettes dans le brouillard. Moi aussi j’ai mal, moi aussi j’me fait pitié, et moi aussi je sens qu’entre nous c’est différent de ce qu’on croyait. Mais j’te pardonne alors arrête d’être désolé.
Elle ne pouvait tout simplement pas lui en vouloir quand il l’embrassait comme ça.

Elle n’avait aucune idée de ce qu’il avait pu comprendre de la multitude de sentiments et émotions éparses qui s’agitaient sous son crâne ; elle n’avait pas vraiment tenté de les dissimuler mais dans son état c’était tout comme. Mais c’était pas si important sur le moment car le simple fait d’être ainsi lovée contre lui, ses lèvres contre les siennes et sa main dans ses cheveux, ça lui suffisait –elle en avait jamais demandé beaucoup, Meera. Juste un peu de tendresse, un peu d’amour quand c’était trop dur de tout encaisser toute seule.
Finalement le baiser se rompit et maladroitement, il la repoussa ; le souffle court et la peau frémissante, elle se recula alors juste assez pour que leurs bouches ne s’effleurent plus mais posa son front contre le sien, sans trop savoir quoi regarder –à défaut, c’est sur sa propre main qui était venue se loger contre son cou à lui qu’elle posa les yeux.

▬ J’dois avoir… un reste d’arnica, un truc comme ça… j’suppose. (sa voix s’était réduite à un souffle, et pourtant ça avait suffit à la faire frissonner puisqu’il étaient si proche que son haleine lui effleurait la peau à chaque respiration) Même endroit qu’le reste…

Meera hocha la tête et se redressa dans l’idée d’aller chercher la-dite crème dans le placard, mais il l’en empêcha en s’accrochant à elle pour se relever à son tour, avant de se diriger lui même dans la salle de bain. Plus les minutes s’égrenaient, plus elle avait l’impression que le brouillard se dissipait dans son regard et elle comprit qu’il était en train de décuver petit à petit. Si cela eu le don de la soulager quelques instants, l’inquiétude reprit vite le dessus –avec lui, quand une substance s’effaçait, y’en avait toujours une autre qui finirait par la remplacer tôt ou tard, elle le savait.
Mais elle s’inquiétait toujours pour tout et rien de toute façon, alors que ça soit ça ou n’importe quoi d’autre, ça n’y changerait pas grand chose.
Quelques instant plus tard, il était de retour et lui avait confié le tube de pommade alors qu’elle avait déjà avancé au centre de la pièce, et elle le suivit vers le lit en parcourant machinalement des yeux les instructions inscrites au dos de l’objet –rien qui sorte de l’ordinaire, elle pouvait y aller sans s’inquiéter.
De nouveau elle le laissa l’attirer vers lui sans opposer de résistance d’aucune sorte et vint s’installer au plus près de lui de sorte que sa cuisse venait se coller à son flanc et qu’elle n’avait qu’à se tourner légèrement pour lui faire face –se pencher légèrement pour l’approcher. Puis, toujours avec la même précaution, elle commença à étaler la pâte poisseuse sur ses bleus en prenant soin de n’en oublier aucun, d’abord guidée par Romeo lui-même avant que sa main ne vienne remonter le long de son bras jusqu’à ses cheveux dont il vint replacer une mèche derrière son oreille. Ne voulant pas se déconcentrer de sa tâche, Meera garda les yeux fixés sur ses mains qu’elle s’efforçait de garder stables et assurées, ni trop brusques ni trop pressées, mais elle sentait le regard de Romeo s’attarder sur elle et ça lui remuait malgré tout deux trois trucs dans l’estomac –et pour la première fois de la soirée, c’était dans le bon sens du terme.

▬ Tu restes ici c’te nuit, hein ?

C’était rien qu’un énième souffle rauque, mais il y avait dans son intonation un je ne sais quoi qui la fit tourner la tête. Et l’ébauche de sourire qui ornait ses lèvres provoqua comme une détonation entre ses côtes –il était vrai, authentique, sincère, et c’était tout ce qu’elle demandait que de le voir sourire comme ça.
À son tour elle esquissa un sourire, fatigué certes mais qui n’avait rien d’un rictus forcé et qui brillait jusque dans ses yeux.

▬ Oui, elle souffla en passant sa main propre sur son front et dans ses cheveux blonds avant de se pencher pour y déposer un baiser ; un de ces baisers longs pendant lesquels on s’enivre du parfum de l’autre et qui font du bien aux corps et aux coeurs. J’suis pas sûre que ce soit très prudent de rentrer toute seule comme ça de toute façon, elle ajouta avec une pointe d’ironie fatiguée dans la voix.

Doucement, elle se tourna pour s’allonger sur le flanc, contre lui, sa main toujours posée contre son torse et le visage enfoui au creux de son cou ; il sentait toujours autant l’alcool, la sueur et la drogue, mais elle s’en foutait, parce que c’était lui, et inspira longuement l’odeur de sa peau, les paupières closes, comme une enfant qui respirerait l’odeur d'une peluche imprégnée d’un parfum familier et apaisant avant de dormir. Sa nausée se calmait, les battements de son coeur aussi ; elle aurait pu s’endormir comme une pierre ainsi contre lui s’il n’y avait pas ces bleus qu’elle voulait continuer de soigner, cette maudite robe dont elle voulait se délivrer, ces sensations fantômes qui courraient sur et dans son corps et dont elle savait que seule une douche brûlante pouvait l’en débarrasser.
Mais aussi étrange et paradoxal que ça puisse paraître, même dans cet état, Romeo rendait la soirée plus supportable que toutes celles qu’elle passait seule dans sa chambre à noyer ses souvenirs les plus récents dans une bouteille d’alcool fort achetée préalablement pour l’occasion.

J’veux rester avec toi, elle murmura encore en se lovant un peu plus contre lui.

Elle n’aurait pas su dire combien de temps ils restèrent comme ça dans un silence presque religieux –cinq, dix minutes peut-être plus ; elle s’en foutait– jusqu’à ce qu’un frisson qui lui remonta tout le long de la colonne vertébrale ne la fasse littéralement trembler contre lui. Elle était frigorifiée dans sa robe au tissu trop cher pour le peu de chaleur qu’il apportait, et cela lui donna le courage de se séparer de lui et se redresser.

▬ J’vais euh, prendre une douche hein. J’peux te piquer des fringues dans ton placard j’imagine ? fit-elle encore avec une nouvelle touche d’ironie éreintée mais sincère dans la voix.

La réponse étant évidente à ses yeux elle n’attendit pas vraiment qu’il hausse la voix pour la lui donner et se leva pour se diriger vers la penderie où elle attrapa au hasard un sous-vêtement, un tee-shirt et une chemise –carreaux rouges et noirs, celle qu’il portait l’autre fois– avant d’aller s’enfermer dans la salle de bain.
Rapidement, elle abandonna les vêtements au sol –ceux qu’elle avait dans les bras, ainsi que ceux qu’elle portait sur le dos– et se réfugia dans la cabine de douche sans accorder un seul regard à son reflet dans la glace en passant devant –si elle pouvait éviter de voir à quel genre de zombie trop maquillé elle ressemblait, ça l’arrangeait.
L’eau coulait brûlante sur elle ; c’était douloureux mais ça avait presque un effet de catharsis. La morsure de la brûlure détendait ses muscles crispés, lui anesthésiait l’épiderme et effaçait le souvenir des mains inconnues sur sur son corps. Le shampoing recouvrait définitivement les odeurs mondaines suffocantes qui lui collait à la peau et enfin seulement, elle arrivait à se sentir un peu plus propre, un peu plus digne.
C’était pathétique putain, d’être autant incapable d’assumer ses propres choix de vie, quand bien même c’était un peu la vie elle-même qui l’y avait forcée. C’était pitoyable d’en arriver à se brûler la peau jusqu’aux limites du dangereux pour se sentir mieux.
Mais elle avait rien trouvé de mieux pour essuyer le coup.

Au bout d’une dizaine de minutes enfin, elle ferma le robinet, sortit de la cabine et se sécha en vitesse avant d’enfiler les fringues de Romeo, les épaules couvertes d’une serviette-éponge pour éviter de tremper les vêtements avec ses cheveux encore humides. Puis elle sortit de la salle de bain, dans un nuage de vapeur qui trahissait la température qui avait régné à l’intérieur –sa peau rougie aussi le trahissait mais c’était toujours plus facile à expliquer que des cicatrices sur les bras au fond.
Mais elle s’immobilisa net au centre de la pièce quand elle repéra Romeo dans la cuisine, penché sur du matériel trop douteux pour laisser place aux questions, et un garrot serré autour du bras.
Fallait bien que ça arrive à un moment ou un autre de la soirée, hein.







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MessageSujet: Re: Meera ♦ Wanderers at night, they might combust. [NC - Âmes sensibles]   Lun 17 Oct - 22:11


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« Oui. » Elle reste. Elle reste, ce soir, et rien que cette idée te fait un truc, un énième boum, quelque part entre tes côtes ou dans ton bide. En ce moment, t’as tendance à croire que tant qu’elle est là, tout va bien, que plus rien ne peut te toucher, que t’es hors de tout, que tu ne touches plus terre. Pire : t’en es même certain. Ce sont toujours des moments de répit — qui ne durent jamais infiniment, mais qui existent, réels, tangibles, et qui te permettent de tenir le coup, rien qu’un peu plus longtemps.
Peut-être qu’avec elle, c’est pas juste une nuit de plus que tu pourrais passer, mais une vie entière ? T’en sais rien, tu ne sais pas à quel point t’es capable d’aimer — mourir pour un être cher, t’en es capable, mais vivre pour cette même personne ? T’en es tout de suite un peu moins sûr. Tu n’as jamais été capable de dire ce qui était le plus lâche, entre fuir face à la mort ou abandonner la vie ; avis partagé, tu sais au moins lequel du survivant ou du suicidé est le plus égoïste, et duquel on se souvient avec le plus de ressentiment amer et venimeux.
« J’suis pas sûre que ce soit très prudent de rentrer toute seule comme ça de toute façon. » Tu ris presque — doucement, juste pour ne pas réveiller la douleur de ta côte qui s’apaise tout de même à mesure que tu t’agites moins, et que tu te détends sous les mains de la musicienne. T’en as assez d’être alerte, de lutter contre le brouillard de l’éthanol — ça te fait du bien de ne pas avoir à essayer de gérer ce qui t’échappe complètement. « Vrai… Et, pardon, mais j’suis pas trop, hm, opé pour jouer les preux chevaliers, si tu vois c’que j’veux dire… »

Sous le baiser, t’as fermé les yeux, t’as soupiré d’aise et t’as laissé filer ton souffle au creux de son cou, t’as inspiré son parfum qui, s’il n’est pas tout à fait le sien, ne perd pas complètement de celui que tu lui connais, celui de sa peau, celui auquel t’es peut-être aussi accro que tu peux l’être de tes merdes un peu moins saines — parce qu’à la différence de ce que tu t’injectes, Meera elle, elle te tient en vie. Elle s’allonge contre toi, t'effleures son bras du bout des doigts, et les bombes pourraient bien exploser, dehors, que putain, qu’est-ce que t’en aurais rien à foutre tant qu’elle est là. Ça t’dérangerait pas, que la fin du monde s’abatte là, maintenant, tout de suite, avec elle dans tes bras. Ce serait même un sort plutôt enviable — crever avec la sensation d’être aimé, et en aimant d’un de ces amours un peu fous et inavouables. « J’veux rester avec toi. » Tu frissonnes, c’est plus fort que toi ; tes paupières papillonnent, t’embrasses son crâne, quelque part au milieu de ses cheveux trop propres, qui sentent un peu trop le parfum cher et les effluves traînantes de champagne luxueux, le cuir, aussi, si l’on y prend suffisamment garde. « Tu peux rester toute la vie si tu veux. » t’as soufflé, et ça sonne tellement con, tellement simplet — comme si c’était aussi facile.
T’aimerais bien, des fois, que vous soyez encore des gosses, sans histoire, sans responsabilités, le droit d’être abrutis parce que jeunesse rime avec folie, adolescence avec connerie, et que, jeunes et con, impossibles et limites ne sont que mirages indéfinis, du genre de ceux dont on s’amuse à redessiner les contours comme ça nous chante, parce que rien ne nous atteint. Tu le regrettes amèrement, ce temps d’insouciance, où tout était un peu plus facile — pour toi, tout du moins. Parce qu’au fond, qu’est-ce que tu sais de l’enfance des autres, de celle de Meera ? Pas grand chose, rien, pas assez pour te dire que pour elle aussi, c’était peut-être ses plus belles années, comme ç’a pu l’être pour toi, avant qu’tu déconnes et que tu flanques tout par terre.

T’arrêtes de penser, au bout d’un moment. Parce que ça fait mal — ça fera toujours mal, au fond — et de toute façon, t’es pas en état, t’as pas envie — pas quand elle est là, et qu’tu t’sens la force d’faire tourner le monde autrement, rien qu’pour le ciel de ses yeux. Tu sombres presque dans le sommeil, un de ceux qui sont rendus de plombs par les fins de soirées, parce qu'elles sont rarement vives, et qu’il y a toujours les retombées. Pour certains, seulement la fatigue, le goût des alcools mélangés, de ce qu’ils ont rendu, parfois, pour les estomacs les moins résistants et les foies en grève, le mal de crâne et la tête qui tourne. Pour d’autres, comme toi, c’est c’te chose un peu plus viscérale, un peu plus douloureuse, la descente, tellement crainte. La première fois, tu t’défonces pour t’mettre bien, et celles d’après, c’est parce que t’as tâté du manque, et qu’ça fait tellement mal, putain, que ça devient ta hantise, au point qu’tu tuerais pour payer ta came et être certain de ne plus l’éprouver.

Mais tu sais que tu dormiras pas — t’as déjà tenté, parce qu’on t’avait dit que Morphée était capable de tout soigner, de tout guérir, mais c’est rien qu’du toc, tout ça, des balivernes, des billevesées qui ne concernent que les gens droits, les gens normaux, pas les imbéciles dans ton genre, pas les types aux tendances autodestructrices comme toi. Pas ceux qui s’niquent les veines et l’esprit à coup de merdes, coupées à d’autres merdes, elles-mêmes coupées à d’autres encore. Toi, si t’essaies, tu seras réveillé par les sueurs froides, par les douleurs lancinantes, par la fièvre, t’auras jamais la paix, Romeo.
Ça commence déjà, ça te vient, par vague ; tu sens les picotements le long de tes bras, le froid qui te prend de l’intérieur, et t’as cette idée obsédante qui s’immisce dans ton esprit et s’y fait une place un peu trop importante pour que tu puisses l’en chasser — t’essaies, pourtant, mais c’est vain ; même l’idée de Meera entre tes bras ne parvient pas à étrangler tes démons, ils sont plus forts et ils le savent, plus forts que toi et ton manque de volonté, parce que t’as abandonné depuis longtemps l’idée de les terrasser, celle, même, d’au moins les combattre.
Elle s’écarte, elle se redresse, et c’est pire encore. Sa chaleur se dissipe, et le vide à tes côtés est aussitôt rempli d’idées noires. Elles s’écoulent, s’enlacent, s’entremêlent et se font cacophonie assourdissante que tu es seul à entendre ; elles empruntent la silhouette de la musicienne et viennent se lover contre toi, elles épousent ta peau délaissée de la main délicate, ton cou privé du souffle de l’adolescente, qui te prouvait qu’il y avait encore de la vie qui s’agitait près de toi, qu’il y avait encore une lumière quelque part. Le monde tourbillonne, il n’est plus rien qu’un vague cataclysme auquel t’es livré en pâture, et qui fait écho à l’autre qui rugit en toi. « J’vais euh, prendre une douche hein. J’peux te piquer des fringues dans ton placard j’imagine ? » T’acquiesces à peine, un ricanement t’échappe, éteint, un peu lointain, mais on pourrait croire à de la fatigue — idée tangible. Mais c’est juste que, déjà, tu n’es plus tout à fait là.

T’entends, plus que tu n’écoutes, les portes de la penderie qui s’ouvrent puis se referment, celle de la salle de bains qui les imite avec un temps de retard. Le silence, un instant, et puis, enfin, l’eau qui coule et se heurte au carrelage du sol de la douche. Ça joue le détonateur : tu te redresses en serrant les dents, tu t’arraches au lit, et t’avances vers ton bureau sans trop te rendre compte de ce que t’es en train de faire. Ça y est, t’es perdu, tu n’es plus vraiment toi : t’es redevenu ce chien affamé qui irait ramper aux pieds de son dealer pour recevoir sa pitance, ce clébard sans honneur, pour qui s’détruire, ça vaut la peine de s’humilier, d’ranger ce qu’il reste d’ego au placard, de se rétamer pour obtenir le joyaux tant désiré, la poudre assassine, le poison aux doux airs de rêve en sachet.
De toute façon, c’est pas comme si t’avais autre chose pour tenir le coup, hein ?
Pas comme si t’avais des gens qui t’aimaient, aussi ; suffisamment pour ne pas supporter de te voir te foutre en l’air à la moindre occasion.

[Attention ! Ici, étape prise de drogue (ou presque, on n'en est pas encore tout à fait là mais c'est tout comme), aiguille, tout ça, donc âmes sensibles on ne lit pas, et si on lit on assume. Kiss kiss, et n'oublie pas : la drogue, c'est mal.]

T’as un moment d’absence, c’est l’obscurité la plus totale et, quand tu reprends conscience du monde qui t’entoure, t’es déjà assis à même le lino usé et rayé de la cuisine, le siège d’une chaise de bois pour table improvisée, la flamme vacillante du briquet sous la cuillère. T’as un rictus amer au coin des lèvres, le regard las, éteint, à peine ravivé par la valse ardente qui dissout lentement la drogue, jusqu’à ce qu’elle ne se distingue plus du diluant même. Depuis longtemps déjà, t’as cessé d’écouter le bruit de l’eau dans la pièce d’à côté — de toute façon, rien ni personne ne peut plus t’arrêter, maintenant —, t’as oublié de vérifier, t’as oublié de faire attention. Pendant un moment, t’as oublié que tu n’étais pas seul.
T’as déjà la ceinture autour de ton avant-bras, coincée entre tes dents pour maintenir le garrot improvisé, t’as déjà l’aiguille enfoncée dans ta veine — le sang que t’as tiré et qui s’est mélangé à la came est le traître de ta prochaine réussite. Mission destruction accomplie.
C’était une question de secondes, deux, trois peut-être, à peine de quoi penser, à peine de quoi songer à ce qui allait suivre — assez pour qu’un frisson, immonde mélange de plaisir, d’excitation et de répulsion, remonte le long de ton échine. C’était une question d’un instant, juste un de plus, et on n’en parlerait plus. Mais c’était l’instant de trop, et il t’a fallu une seconde un peu trop longue pour réaliser que l’eau ne coulait plus, et qu’une silhouette se dessinait, là, à quelques mètres, découpée dans l’entrée de la cuisine.
Une seconde de trop, un instant de stupeur, un sursaut malvenu.
« P’tain ! » tu lâches, en retirant aussitôt l’aiguille de ton bras. T’as le nez froncé par la douleur — largement supportable, mais aussi inattendue —, l’esprit de nouveau tumultueux — colère, peur, honte, culpabilité, héroïne, héroïne, héroïne. Ta ceinture s’est desserrée quand t’as geint, et maintenant, elle pend lamentablement sur ton bras où se dessine un mince filet de sang, qui a de toute façon tôt fait s’arrêter. Quand même, t’avais pas vraiment prévu de te charcuter ton deuxième bras.

Il te faut un moment, encore, avant que la raison de ton trouble de te revienne à l’esprit, et que tu lèves le regard en direction de la musicienne. T’as les yeux écarquillés, les lèvres entrouvertes, même si aucun son ne s’en échappe. Tu t’sens con, pitoyable — merde, elle devait pas voir ça. T’as pas encore fait grand chose, mais c’est déjà beaucoup plus que ce que tu voulais qu’elle puisse voir de toi. « Mee… Reste pas là, j’veux pas qu’tu vois ça, c’est… j’veux pas, c’est tout, casse-toi, j’peux pas… j’peux pas t’montrer ça… » T’as la voix qui tremble — et pourtant, ce n’est qu’un murmure, t’as fait exprès pour limiter la casse, mais c’est vain. T’as la gorge nouée, les yeux qui brûlent, putain, t’es presque en train d’chialer. « J’ai pas l’droit d’te faire endurer ça… »
Comme si ça changeait quelque chose, elle qui sait de toute façon qu’t’es pas clair, et qu’t’as jamais les idées saines, qu’t’as les bras déchirés, et pas seulement par les lames, l’esprit brisé, et pas seulement par la douleur.
Comme si ça changeait quelque chose, qu’elle te voit vraiment faire, alors qu’elle a déjà dû t’imaginer cent fois, avec des détails bien trop nets pour que ça ne soit pas déjà incisif.
Comme si ça changeait quelque chose, de toute façon, maintenant — maintenant qu’elle sait que même elle, elle peut pas t’en empêcher.


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MessageSujet: Re: Meera ♦ Wanderers at night, they might combust. [NC - Âmes sensibles]   Mar 18 Oct - 21:40

Wanderers at night : burning
They say it changes when the sun goes down around here ✘ ROMEO
Pétrifiée ; c’était le terme le plus appropriée pour décrire Meera à cette seconde précise. Immobilisée sur place, osant à peine remuer un cil –elle savait même pas pourquoi ça l’intimidait autant de le voir faire pour de vrai, alors qu’elle avait su tant de fois l’imaginer, reportages et autres documentaires télévisé comme références pour se faire une idée plus concrète du comment de la chose. Quelque part, ironiquement, c’était presque moins pire que ce qu’elle aurait pu croire. La scène sous ses yeux n’avait rien à voir avec ces junkies au fond du trou qui se piquent la nuit dans les squares, avec rien d’autre que la peau sur les os, du sang et de la drogue entre les deux ; là, il était chez lui, faisait ça avec du matériel qu’elle pouvait espérer relativement propre et avec quelqu’un de confiance dans le coin pour agir en cas d’imprévu –elle, en l’occurence, car même si ça la bouffait, c’était une éventualité qui ne quittait jamais les recoins de son esprit quand Romeo était à ses côtés et qu’il avait les pupilles plus dilatées qu’à l’accoutumée.
Elle les redoutait comme la peste, les imprévus. Ils lui avaient déjà pris Saul –même si c’était que temporaire, ça faisait déjà deux ans putain– et elle serait prête à vendre ciel et terre pour qu’ils ne lui arrachent pas une autre de ces personnes si chères à son coeur.
Et surtout pas lui, surtout pas comme ça.

Un milliard de scénarios défilèrent dans sa tête en l’espace de quelques secondes. Elle se voyait avancer et lui arracher la seringue des main avant le moment fatal, mais s’en suivit aussitôt la vision d’un Romeo au bord de la crise de manque –et elle savait combien elle serait impuissante dans ces cas là ; elle le voyait se louper, mal doser, convulser comme on pouvait le voir à la télé –un immonde frisson lui remonta lentement le long de la colonne vertébrale à cette idée.
Elle le voyait se retourner vers elle et s’arrêter de lui-même aussi. Elle l’avait espéré quelque part, tout au fond, qu’elle pouvait lui donner la force de ne pas appuyer une fois de plus sur le piston. Le débordement d’affection qu’elle avait pu lire dans ses baisers lui avait allumé cette ridicule étincelle d’espoir au fond du ventre, mais très vite, elle s’était éteinte, alors que les paroles d’un des médecins qui s’occupaient de Saul résonnait dans son esprit.
Ce n’est pas parce qu’on aime quelqu’un qu’on peut le sauver.
Elle n’avait pas voulu y croire au début. Elle avait voulu se persuader qu’à force de persévérance, de visites, d’amour donné à une conscience endormie, Saul se serait réveillé vite, que quelque part, il l’aurait sentie.
Mais ça faisait deux ans qu’elle se disait ça, et elle commençait à se dire qu’il avait peut-être raison ce médecin si réaliste –elle n’en voulait pas de sa réalité, pourtant.
Et devant ses yeux, Romeo était en train de lui donner raison encore une fois ; ça la rongeait, aussi certainement que l’eau ronge l’acier, d’être si inutile, si impuissante, face à ce manque qui lui creusait des trous dans le corps et dans l’esprit et qu’elle n’était pas capable de combler définitivement.

Elle ne reprit son souffle que lorsque le jeune homme réalisa sa présence et eut un geste maladroit avant de pousser une exclamation de douleur qui la fit sursauter, et reprendre un peu conscience d’elle-même, de ce qui se trouvait autour d’elle, en dehors de cette saloperie de seringue. Comme aimantés, son regard plongea dans ses ambres affolées, et il y avait tellement de détresse dans ce regard qu’elle eut presque l’envie de faire le travail elle-même si ça pouvait lui rendre joie et sérénité –mais ça ne marchait pas comme ça, elle le savait.
Ils étaient admirables à ses yeux, ceux qui arrivaient à se montrer ferme et ne jamais céder aux supplications de leurs proches en désintoxication. Parce qu’elle, elle n’était pas sûre d’être assez forte pour ne pas flancher devant les larmes et les gémissements.

▬ Mee… Reste pas là, j’veux pas qu’tu vois ça, c’est… j’veux pas, c’est tout, casse-toi, j’peux pas… j’peux pas t’montrer ça…

Sa voix, son regard ; on aurait dit qu’il était sur le point de craquer, et ça lui retourna l’estomac dans tous les sens –s’il cédait, elle cédait aussi, c’était certain.

▬ J’ai pas l’droit d’te faire endurer ça…

La chaleur de la douche s’était estompée d’un coup –pas sur son épiderme, mais dans sa poitrine– et elle du se mordre la lèvre inférieure pour en dissimuler les tremblements. Pourtant, elle ne bougea pas. Ses sourcils se froncèrent d’un air soucieux et fatigué au-dessus de ses yeux aux cernes marqués maintenant qu’il n’y avait plus de maquillage pour le dissimuler, et elle prit une inspiration saccadée pour se redonner contenance. Non.
Lentement elle rabattit la serviette sur sa tête et par-dessus ses yeux –pour se soustraire à la vue de ce qu’il allait faire, plus pour le rassurer lui que pour s’épargner elle– mais s’avança malgré tout dans sa direction, jusqu’à ne plus avoir qu’à s’asseoir au sol à son tour pour se coller contre son dos et enfouir son visage entre ses omoplates.

J’ai dit que j’reste avec toi, elle lâcha d’une voix mal assurée contre le tissu de sa chemise. J’ai vu pire alors t’inquiète pas pour moi…

Comme pour lui assurer qu’elle ne regardait pas –mais qu’elle restait là, juste là– elle vint s’appuyer sur les genoux pour mieux pouvoir se lover contre son dos, et ses mains agrippèrent le tissu froissé de son haut –comme pour lui dire qu’elle était là, qu’elle le tenait, et qu’elle le rattraperait si c’était nécessaire.

▬…Fais attention, elle souffla enfin dans un murmure dans son dos, si ténu qu’elle n’était pas certaine qu’il l’ait entendu –mais tant que la seringue était dans sa main, elle ne se sentait pas la force de lutter plus que ça.

Par pitié, fais attention.







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MessageSujet: Re: Meera ♦ Wanderers at night, they might combust. [NC - Âmes sensibles]   Mar 1 Nov - 13:54


do you feel exposed?
let your feelings show
can I taste you, can I replace you?
i need to know
let's lose our minds
please stay with me
we're wasting time
why don't you believe me?

Wanderers at night, they might combust ❞

Comme si ça pouvait changer quoique ce soit, tes plaintes désespérées, désolées, mais pas assez pour que t’arrêtes tout, là, maintenant, tout de suite.
Et si tu devais choisir, un jour ? L’amour, ou la came ; elle, ou ta défonce quotidienne ? Qu’est-ce que tu ferais, Romeo ? Tu ferais encore le mauvais choix, pas vrai ? Tu ne l’admettras pas, mais tu le sais, et c’est déjà bien assez pour te terrifier.
T’as envie qu’elle parte. Juste, qu’elle se détourne, qu’elle s’éloigne : la pièce à côté, ce serait déjà bien assez. Tu ne veux pas qu’elle te voit, tu ne veux pas que dans son esprit, ce que tu te fais devienne quelque chose de concret — pupilles dilatées ou rétractées, selon si t’as tourné au speed ou à l’héroïne seule, kyrielle de points blanchis au creux du coude ou veines plus visibles qu’à l’accoutumée, ça t’y peux rien, t’acceptes, tu tolères, mais t’as pas envie que ça prenne une consistance plus affirmée dans sa tête. Trop tard, ça aussi tu le sais, t’es pas si con, mais t’aimerais bien qu’il y ait encore quelque chose à sauver de cette mauvaise passe.

Plutôt que de fuir, elle s’approche, serviette humide rabattue sur la tête ; tu ne vois plus ses yeux, son regard s’est soustrait au tien, et tu ne sais pas bien si ça te rassure ou si ça t’inquiète — t’as pas envie qu’elle te voit comme ça, mais tu trouves toujours de quoi consoler tes peines et rassurer tes peurs d’enfant dans les mers mystérieuses de ses prunelles. Un instant, tu clos les paupières, et tu entrevois cet océan aussi tumultueux que fascinant qui trouve sans cesse à te calmer, à te charmer — pour peu, tu songes qu’il pourrait bien te dompter pour de bon, un jour, sans même que tu ne t’en rendes compte avant qu’il soit trop tard.
Tu n’as pas encore rouvert les paupières que tu l’entends s’installer derrière toi ; une seconde plus tard, elle s’appuie contre ton dos, s’accroche à ta chemise, transpercée par l’humidité de la serviette. Tu ne cilles même pas, tu rouvres à peine les yeux. Quand est-ce que t’es tombé aussi bas, Romeo, pour n’être même plus capable de le cacher aux autres ?

« J’ai dit que j’reste avec toi. J’ai vu pire alors t’inquiète pas pour moi… »

Ça change rien : t’as pas à encaisser ça en plus du reste.
Tu t’es retenu, t’as pas prononcé les mots à voix haute alors qu’ils te brûlent les lèvres. Qu’est-ce que ça pourrait bien changer, que tu les dises, que tu les taises ? Tu l’as bien compris, qu’elle ne bougerait pas de là. Alors, t’abadonnes, t’arrêtes de lutter — tu ne l’avoueras pas, parce que c’est immonde et égoïste, mais t’es presque heureux qu’elle soit là, heureux de sentir sa chaleur quand toi, t’as plus rien que le froid de l’héroïne pour calmer le feu douloureux de tes veines, de ton corps tout entier même, qui se fait plus dévorant à chaque minute qui passe sans qu’il n’ait obtenu pitance tant désirée.
Soigneusement, tu poses le piston sur ton bras, et ta main libre glisse dans la pénombre pour se saisir de l’une de celles de Meera. Un instant, t’entrelaces tes doigts aux siens, tu sens ta propre peau glaciale contre celle, — un peu trop ? — réchauffée par l’eau de la douche, de la bassiste, et ça t’fait du bien. L’espace d’une fraction de seconde, t’imagines que tu n’as plus besoin de ta drogue, qu’elle te suffit, que t’as pas besoin de te bousiller pour te sentir un peu mieux, que t’as pas c’te flippe viscérale du manque qui t’pousse à t’consumer de l’intérieur pour le prendre à revers. L’illusion fonctionne presque — le temps d’un souffle, de deux peut-être — puis c’est un nouveau frisson qui t’agite, un palpitement irrégulier, un énième trouble qui te ramène à ton état, à ta condition — t’es foutu, et t’en es le seul coupable.

Elle murmure, mais t’entends pas ; même si t’avais pas été comme ça, à moitié absent, trop obnubilé par une idée aussi malsaine qu’entêtante, t’aurais sûrement pas entendu. Peut-être parce que ça ne t’était pas tout à fait destiné, ou peut-être parce que c’était une faille douloureuse, un truc qui t’aurait fait mal. Au fond, peut-être que c’est mieux, que t’aies pas entendu. Tu frémis, ton regard glisse sur le mince filet de sang qui a coulé de ta veine malmenée, puis s’égare sur le plafond. Tu t’sens pitoyable, et pour une fois t’es presque prêt à l’assumer encore un peu avant d’tout effacer d’une dose dans le bras. « C’est ça, l’pire, dans c’te merde… C’est qu’j’peux même pas vous préserver… » T’as murmuré, d’une voix rauque, à peine audible ; c’était l’un de ces aveux qui n’appartiennent qu’à elle, que t’as jamais admis avant — même pas face à Olympe, qui t’a déjà vu te piquer, te taillader, te faire gerber quand l’alcool te retournait l’estomac, mais c’était Olympe, c’était ton inséparable, c’était presque normal à force de l’habitude.
Tu libères sa main, pour revenir te saisir du piston posé sur ton bras. Tu trembles, mais tu t’en soucies à peine. T’as plus grand chose à l’esprit quand t’enfonces de nouveau l’aiguille dans ta veine, tu ne penses plus à rien, presque, tu sais juste que c’est bientôt la délivrance : quelques secondes, et tu n’auras plus à te soucier du monde qui pourra bien s’casser la gueule que ça t’atteindra pas. Les dents serrées sur le garrot, tu presses, tu frissonnes en relâchant lentement. Y’a comme un soupir, un hoquet qui s’échappe d’entre tes lèvres quand  l’obscurité, le froid et le manque se défilent, s’effacent, se soustraient au profit de la montée, du flash qui te secoue, de fait un bien fou — tu sais qu’c’est pas vraiment le cas, mais quelle importance au fond ?

La ceinture glisse, la seringue est tombée entre tes jambes. Tu t’en fous. Toi, les yeux fermés, tu reviens chercher la main de Meera, caresser ses doigts du bout des tiens, les entremêler les uns aux autres pour y trouver du soutien, ou juste pour te souvenir qu’elle là. Pour te souvenir que dès que tu l’effleures, ton coeur loupe un battement. « J’suis désolé. » tu lâches du bout des lèvres, en serrant un peu plus fort sa main au creux de la tienne. Tu trembles encore, malgré toi, sans pouvoir t’en empêcher. Tu t’sens bien, pourtant, ou presque. Ça ne te fait plus jamais le même effet qu’au premier jour. Maintenant, c’est même plus un moyen d’te sentir mieux, c’est juste une façon d’aller un peu moins mal. Ou du moins, d’en préserver l’illusion.
« Mee… Pourquoi t’es là ? » tu souffles, entre deux inspirations hésitantes — mais la came fait déjà effet, la douleur s'atténue, disparaît presque, pèse moins sur ta poitrine et tes poumons ; elle t'assomme aussi un peu : tu somnoles, tu divagues. « Pourquoi… Pourquoi tu restes alors que j’te fais du mal comme ça ? »
Parce que t’es pas encore complètement abruti, dans l’fond : tu sais bien qu’elle ne peut pas être heureuse quand tu t’fous le feu aux veines et qu’tu joues à prendre le risque de crever constamment.


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MessageSujet: Re: Meera ♦ Wanderers at night, they might combust. [NC - Âmes sensibles]   Mar 1 Nov - 22:58

Wanderers at night : burning
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Ils devaient avoir l’air franchement pathétique tous les deux ainsi écroulés au sol, à retenir des larmes qu’ils ne voulaient pas voir couler pour ne pas inquiéter l’autre et parce que la fierté –le peu qu’il devait leur en rester tout du moins– ne l’aurait pas supporté. Oh oui, ils devaient avoir l’air pathétique, à s’écorcher chacun à leur façon tout en voulant préserver l’autre. Mais ça faisait longtemps qu’elle le savait ça, Meera. Pathétique, c’était le résumé de sa vie, qui n’avait été qu’une farce, une histoire trop grotesque, trop dramatique et qu’on croirait sortie d’un mauvais film à faire pleurer dans les chaumières. Elle avait l’habitude du pathétique, alors elle s’en foutait maintenant. De toute façon, elle se foutait de tout quand elle s’accrochait à lui comme ça, que sa chaleur et son parfum étaient les seules choses qu’elle sentait et que l’envie de s’en enivrer jusqu’à en tomber à la renverse se faisait son nid dans un coin de son esprit.
Rien d’autre n’avait d’importance quand elle le tenait ainsi dans ses bras –et si elle n’avait pas été trop fatiguée pour penser, trop fatiguée pour réfléchir, ça lui aurait presque fait peur, de se sentir si déconnectée du monde dès lors qu’elle se retrouvait seule avec Romeo. C’était toujours un peu effrayant au fond, d’accorder autant de pouvoir à quelqu’un sans même s’en rendre compte.

Il ne bougeait pas, et un instant, l’idée qu’il puisse la repousser, la rejeter, passa en éclair dans un coin de sa tête et la fit frémir, si bien qu’elle enfouit plus encore son visage contre lui, en remontant un peu, pour fourrer son front au creux de son épaule, là où la chemise avait glissé de peu et où elle pouvait sentir sa peau contre la sienne. Mais il n’en fit rien, et la caresse de ses doigts sur sa main eu le don de détendre un peu son corps crispé de trop anticiper. C’était presque magique à quel point le moindre contact pouvait la chambouler –magie blanche, magie noire, ça elle n’en savait rien parce que l’amour c’était jamais aussi simple ; mais c’était puissant, bien trop puissant, encore plus face à elle qui était si faible devant la moindre attention, le moindre signe d’affection.
Elle lâcha le tissu froissé de sa chemise quand il vint entrelacer ses doigts dans les siens et serra un peu plus sa main, si froide dans la sienne –elle ne l’avait pas réalisé avant car elle était frigorifiée elle même, mais elle s’en rendait compte maintenant, à quel point sa peau était glaciale.
Rien que pour ça, peut-être aurait-elle été capable de s’abandonner à lui malgré tout si ça pouvait le réchauffer, à l’extérieur comme à l’intérieur.

▬ C’est ça, l’pire, dans c’te merde… C’est qu’j’peux même pas vous préserver…

Elle frissonna, de nouveau, ne sachant pas vraiment quoi lui répondre. Qu’est-ce qu’elle pouvait répondre à ça en même temps ? Nier l’évidence ne serait qu’un mensonge et elle n’allait pas lui faire l’affront de lui mentir sur ça, mais elle ne pouvait pas décemment lui répondre « ouais, t’as raison mon gars ! ». C’était immonde ces drogues, ça la rendait malade de frousse que de savoir qu’il pouvait en claquer, en devenir fou –ne plus être lui, ne plus être – mais puisque c’était de lui qu’il était question elle ne voulait pas en être préservée.
Parce que son père aussi, il l’avait préservée avant, et elle le regrettait encore chaque fois que le souvenir venait effleurer ses pensées.
J’m’en fous de m’écorcher si ça peut limiter la casse de ton côté.

Et finalement, sa main glissa, se défit de la sienne, et elle comprit que la rédemption ne serait pas pour ce soir là. Alors à son tour elle abdiqua. Sa main revint s’accrocher au tissu de sa chemise, et les paupières closes, elle fit de son mieux pour maîtriser son souffle et ses frissons tout en s’efforçant d’apaiser les siens à lui –à part l’enlacer et attendre, elle ne voyait pas trop quoi faire d’autre, mais au moins c’était toujours ça se disait-elle.
La poignée de secondes lui parut durer des heures –à croire que le temps passait trop vite quand il lui accordait son attention, et trop lentement quand il s’en détournait– et ce fut finalement le son de la seringue tombant au sol qui la fit ouvrir les yeux, alors qu’elle sentait le corps de Romeo se détendre soudainement entre ses bras. Ça y est, c’était fini, rideau.
Ironiquement, elle devait être presque aussi soulagée que lui quand il vint enlacer ses doigts dans les siens une nouvelle fois –c’était un peu égoïste de sa part peut-être, de vouloir son attention dans un moment pareil, mais elle n’y pouvait rien, n’avait plus aucun contrôle. C’est flippant, ça tournait encore dans sa tête, c’est flippant, mais elle s’en foutait, elle voulait pas y penser. C’était fini, et tout allait s’arranger, parce qu’il était encore là à lui tenir la main –c’était temporaire, elle le savait, mais elle ne voulait pas y penser. Juste un moment de répit, c’était tout ce qu’elle demandait.
Et si ça pouvait être entre ses bras ce serait encore mieux.

▬ J’suis désolé –ce n’était qu’un murmure mais il la fit frémir plus sûrement qu’une explosion, et d’instinct elle serra également u peu plus fort le bout de ses doigts.

▬ Je sais, elle souffla d’une voix rauque de fatigue contre son épaule.

Bien sûr qu’il était désolé –c’était Romeo, pas Noah. C’était celui qui s’effritait lentement sous leurs yeux à tous en s’excusant de leur faire de la peine, de leur causer du tort ; c’était celui dont elle arrivait à peu près à deviner les sentiments, qui arrivait quand même à être vrai malgré ses démons –elle en connaissait au moins un qui ne pouvait pas prétendre en en faire autant.
C’était peut-être facile pour certains que d’être désolé sans parvenir à ne plus avoir de raisons de l’être. Mais pour elle, c’était déjà suffisant.
Et puis elle pouvait pas lui en vouloir d’avoir mal et de vouloir que ça s’arrête, merde. Tant qu’il était encore là pour lui tenir la main, elle ne pouvait pas lui en vouloir, c’était impossible, ça ne lui traversait même pas l’esprit. Tant qu’il était encore là, ça allait.

▬ Mee… Pourquoi t’es là ? (un instant, son souffle se bloqua dans sa poitrine, et elle desserra un peu son étreinte, surprise) Pourquoi… Pourquoi tu restes alors que j’te fais du mal comme ça ?

Pendant une poignée de secondes, elle ne trouva pas les mots. Ils se mélangeaient et se bousculaient dans sa tête mais refusaient de faire sens –elle savait pourquoi, mais ne se l’expliquait pas.

▬ Je sais pas, elle lâcha alors tout bêtement avant de revenir se lover dans son dos, son front contre sa nuque et les paupières closes. J’crois que…(sa voix se faisait ténue, presque tremblante, et elle était arrivée à un point où elle n’aurait su dire si c’était la fatigue physique ou la fatigue émotionnelle qui en était la cause) je préfère être là, quitte à passer un sale quart d’heure, plutôt que regretter longtemps de ne pas l’avoir fait…

Un ricanement qui n’en n’était pas vraiment un s’échappa d’entre ses lèvres trop sèches qui s’étirent en un sourire sans joie dans son dos.

▬ Tu vas peut-être te dire que j’suis égoïste au fond, de faire ça pour pas culpabiliser après…

Parce que ça l’était, au moins un peu. Mais elle avait déjà le poids de trop de culpabilité qui lui pesait sur la conscience qu’elle n’était pas certaine de savoir en supporter plus encore. Alors foutu pour foutu, elle préférait prendre les devants, au moins cela lui donnait-il un tant soit peu l’impression de maîtriser ses états-d’âmes et ses émotions.

▬ Et puis j’me dis que…pour tout le bien que t’arrive aussi à me faire, j’peux au moins supporter ça… Et j’suis pas en train de parler de baise, hein, elle précisa dans un soupir, un ricanement si ténu qu’on aurait dit un souffle mais qui au moins avait le mérite d’être un peu plus vivant, un peu plus vrai que les précédents.

Un instant encore, elle resta ainsi le visage enfouit dans son cou et les bras autour de lui, à laisser sa chaleur se répandre contre lui et son odeur s’accrocher à la moindre parcelle de son être. Et quand la douleur d’être restée agenouillée trop longtemps vint lui engourdir les jambes, elle se redressa en déposant au passage un baiser contre sa nuque, et se leva en le contournant pour lui faire face. Une seconde encore, elle s’accroupit pour ramasser son matériel et le déposa sur le comptoir de la cuisine pour éviter de le laisser traîner, et se baissa ensuite de nouveau pour saisir les deux mains de Romeo entre les siennes et l’inciter à se relever à son tour.

▬ Allez viens, le lit c’est plus confortable que le sol, tu crois pas ?

Elle avait toujours ce ton fragile, ténu, mais déjà semblait-il plus léger ; c’était un peu sa façon de dire qu’il en avait eu assez pour la journée, qu’il était temps d’arrêter les frais, à défaut de savoir l’exprimer explicitement.







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MessageSujet: Re: Meera ♦ Wanderers at night, they might combust. [NC - Âmes sensibles]   Mar 7 Mar - 21:37


do you feel exposed?
let your feelings show
can I taste you, can I replace you?
i need to know
let's lose our minds
please stay with me
we're wasting time
why don't you believe me?

Wanderers at night, they might combust ❞

Qu’est-ce que j’fous d’ma peau, putain ; et qu’est-ce que j’fous d’la sienne, aussi, surtout ? J’ai jamais voulu ça. J’veux dire, j’sais bien que j’peux pas m’attendre à ce que la drogue, ce soit simple, ce soit facile, que personne ne remarque jamais rien, que je m’en sorte sans une égratignure, sans un seul accroc. J’aurais dû le savoir, dès le début, qu’autour de moi ceux que j’aime en pâtiraient forcément. Mais j’avais seize ans, putain ; qu’est-ce qu’on peut bien attendre d’un gamin paumé, endeuillé, rendu plus influençable encore qu’il ne l’était déjà par la douleur et ce sentiment de n’avoir plus rien à perdre ? Donnez à un enfant qui pleure tous les soirs et crève intérieurement à n’en plus dormir la promesse qu’une bouffée et tout ira mieux, et regardez, observez, apprenez ; non, tout compte fait ne le faite pas : vous le condamneriez, comme vous m’avez condamné. Parce qu’avant Daemon, il y avait Melvin, un type de la même espèce, une enflure comparable — à la différence que lui consommait, et qu’il y a eu la dose de trop. L’overdose, c’que j’aurais bien voulu ne jamais voir — merde, j’suis désolé pour tous ceux, mes pères, à qui j’ai infligé les miennes. Mais, eh, j’suis encore là, et même si j’ai les veines bousillées, les neurones éclatés et les bras violacés, c’est déjà bien, non ?

Ça y est, j’divague ; j’prononce des excuses mais je crois que je ne les pense même plus. Les mots fusent, tant pis, j’retiens plus, j’contrôle plus. Sobre, clean, j’contrôlais déjà rien, alors complètement stone ? Faut pas croire aux miracles.
« Je sais pas. »
J’ai déjà décroché d’mes propres pensées, mais j’ai pas décroché d’ses mots. « J’crois que… je préfère être là, quitte à passer un sale quart d’heure, plutôt que regretter longtemps de ne pas l’avoir fait… » Ses mots, putain. Meera, mais qu’est-ce que tu fous encore là ? Pourquoi tu t’attaches, pourquoi tu t’accroches, tu vois pas que j’suis pas quelqu’un d’bien, que tôt ou tard, pour une raison ou pour une autre, j’vais t’faire du mal, j’vais t’faire pleurer, t’auras les yeux, les joues pleins de larmes, ce sera d’ma faute et y’aura plus rien à sauver ?
C’est vraiment ça qu’tu veux pour nous deux ?
« Tu vas peut-être te dire que j’suis égoïste au fond, de faire ça pour pas culpabiliser après… »
Egoïste, toi ? M’fais pas rire, princesse. De nous deux, j’ai toujours été celui à qui l’adjectif collait le mieux. Qui d’autre qu’un égoïste pour se foutre en l’air alors qu’il a tout, putain ? Mais toi, toi… Egoïste ? Toi, qui donne toujours trop, tout, plus que tu n’en as ? Qui donne sans compter, encore et encore, amasse toutes les étoiles et les distribue à la volée sans même songer à en garder une seule pour toi ?
Comment peux-tu croire que le terme d’égoïste te sied, quand tu es celle qui donne tant et reçoit si peu, celle qui s’oublie parce qu’elle pense trop aux autres, à Saul, à moi ?
Meera, ça fait combien de temps, aujourd’hui, que t’as pas passé une seule journée sans t’préoccuper de quelqu’un d’autre que toi-même, hein ?
Egoïste ? A d’autres, chérie.

« Et puis j’me dis que…pour tout le bien que t’arrive aussi à me faire, j’peux au moins supporter ça… Et j’suis pas en train de parler de baise, hein. »

Rictus.
J’sais pas quoi répondre, alors j’me tais. Tout le bien que j’arrive à lui faire ? J’ai pas l’sentiment d’apporter autre chose que de l’angoisse, de la colère, des regrets, des rancoeurs ; j’traîne les idées noires comme un boulet et si toi, tu fous des étoiles dans les yeux des gens, moi c’sont mes démons que j’répands que j’insuffle à ceux qui m’approchent de trop. T’y échapperas pas, alors pars avant que j’te fasse mal pour de bon, m’laisse pas l’occasion de t’écorcher vive, j’me le pardonnerai pas si c’est de ma main que ton sourire est fauché.

J’serre tes doigts entre les miens, j’me sens trembler mais j’crois que c’est que dans ma tête. J’arrive plus à raisonner, ça devient du n’importe quoi. Y’a des phrases qui fusent, qui devraient m’entamer le coeur, mais qui se contentent de le frôler sans l’atteindre. C’est l’seul truc que j’aime encore, avec la came : y’a plus rien qui peut m’faire mal, quand j’retrouve mon Paradis Artificiel. J’me sens, sinon bien, au moins normal. J’ai plus l’impression d’me traîner un fardeau trop lourd pour mes épaules et dont j’me décharge en fiel et sarcasme sans même y prendre garde ; j’me sens comme un peu plus facile à vivre, parce que j’suis capable d’oublier ce qui m’tue à l’intérieur. Rien que ça.
J’demande rien de plus à ma drogue.
J’veux juste oublier que l’jour ne se lèvera peut-être plus jamais.

Elle s’agite, derrière moi ; je sens ses lèvres sur ma nuque et j’en frémis, baiser de feu sur ma peau glaciale, déjà morte, reste l’esprit à faire suivre. Mais pas ce soir, pas ce soir ; ce soir elle est là, près de moi, y’a son parfum dans tout l’appart, y’a la douceur de sa peau sous mes doigts, y’a sa voix toujours qui repasse en boucle dans ma tête. Elle est là, et j’jure qu’tout va bien, j’touche même plus terre, et promis, y’a pas que l’héroïne qui m’met la tête à l’envers.
Elle se glisse devant moi, écarte l’attirail de mon auto-destruction ; la chaleur qui manquait à ma main tout à coup revient, m’enveloppe et me réchauffe tout entier. J’me relève comme elle m’y invite, je cille mais je tiens bon ; je m’appuie un peu sur elle, j’grimace — plus qu’une douleur, effacée par la simili-morphine dans mon sang, c’est une gêne entre mes côtes qui me dérange.
J’vais l’buter ; j’vous jure, j’vais l’buter. J’vais le r’trouver, j’vais le cogner ; son sourire, il va le ravaler, j’le ferai s’étouffer avec son sang, s’étranger avec sa fierté et son putain de rire. Il va payer, il va crever, cet enculé.

J’détourne le regard ; j’sais qu’mes yeux sont traîtres, et qu’elle y lirait sûrement ma haine, pire : ma rage et mes idées assassines. Et j’veux pas, pas devant elle, pas ce soir. Ce soir, j’veux juste profiter qu’elle soit là, qu’elle m’ait pas laissé quand elle en a eu l’occasion — autrement dit mille fois —, qu’elle se soit pas enfuie par la première porte ouverte l’jour où elle a compris c’que j’étais, c’que j’faisais. Ce soir, j’veux juste lui appartenir, et qu’elle m’appartienne ; passer la nuit entre ses bras, caresser sa peau, ses cheveux, embrasser son cou et ses lèvres, m’enivrer d’elle tant qu’il en est encore temps. Et tant pis si ça doit se finir à l’aube, la dernière nuit aura été douce de sa présence.
J’me traîne jusqu’au lit, Meera dans mon sillage, ses doigts toujours entre les miens parce que j’peux pas m’résoudre à la lâcher, à rompre le dernier lien qui m’reste avec la réalité. Si j’la perds, si j’perds cette étincelle, cette lueur, alors il restera quoi, hein, dites-moi, il restera quoi à sauver des flammes des cendres et des méandres ?

Je m’assois, je m’allonge, je l’attire au dessus de moi ; je savoure la douleur endormie, la liberté temporaire de mes mouvements. Je la renverse doucement contre le matelas, je me blottis contre elle, si près que j’entends les battements de son coeur qui pulsent contre mon oreille. Mes doigts se glissent sous son — mon — t-shirt pour effleurer ses côtes. Je veux entendre les pulsations s’emballer, sentir la peau frissonner — je suis vivant quand elle l’est sous mes mains. Je lève la tête, pose mes lèvres contre sa gorge, remonte jusqu’à sa mâchoire ; je m’engourdis à mesure que la drogue se propage plus loin dans mon corps, mais je ne veux pas sombrer pour la nuit sans son goût sur ma bouche.
« Tu seras encore là quand je me réveillerai, hein ? » Ma voix sonne ensommeillée, un peu raillée ; elle a ce quelque chose d’enfantin, on dirait un môme qui réclame à sa mère de dormir avec lui pour ne pas être seul dans l’obscurité qui l’effraie. C’est presque ça — dans l’ombre, il y a mes démons, ceux qu’elle fait presque taire, ceux qu’elle fait presque fuir, ceux dont elle éclipse la présence rien que par la sienne. Je ne veux pas qu’elle me laisse les affronter sans elle à mes côtés ; et tant pis si c’est égoïste : je n’ai jamais prétendu être un saint d’aucune église.
Et, si c’est au nom de Meera et de ma chair qui brûle sous le moindre de ses touchers, je préfère encore me damner qu’en être un.


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MessageSujet: Re: Meera ♦ Wanderers at night, they might combust. [NC - Âmes sensibles]   Mer 8 Mar - 11:18

Wanderers at night : burning
They say it changes when the sun goes down around here ✘ ROMEO
Je sais pas pourquoi je reste, je crois bien ne l’avoir jamais su. J’suis toujours restée quand ça allait pas ; j’suis restée avec Noah, tout du moins j’ai essayé de faire nous faire durer le plus longtemps possible, de lui donner une chance de se rattraper. C’est comme ça que je suis faite : stupide, probablement, mais toujours là, avec dans le coeur l’espoir qu’en leur donnant du temps, ils pourront se refaire. Fidèle au poste.
J’ai peur d’abandonner les autres. L’abandon, c’est le pire sentiment qui existe je crois, et j’en connais un rayon là-dessus ; je sais ce que c’est, les heures comptées à se demander pourquoi, à chercher ce qu’on a fait de mal pour avoir été laissé là sur le bas-côté de la vie, à jamais trouver de réponse et en devenir malade, perdre le sommeil, perdre le sourire, et puis tout le reste aussi.
Jamais de ma vie je ne serais celle qui ferait subir ça à quelqu’un.
Jamais.
Alors je reste, quitte à y laisser des bouts de moi un peu partout –j’en ai l’habitude au pire, c’est pas si grave.

Ses doigts gelés se resserrent sur mes mains, et j’oublie de respirer pendant une seconde, le temps qu’il se lève, parce que j’ai peur qu’il n’y parvienne pas. Mais il le fait, et il a beau grimacer et s’accrocher encore un peu à moi le temps de se stabiliser, pour ne pas vaciller, il se met debout, et j’ose un soupir de soulagement. Je le laisse me guider jusqu’au lit, sans un bruit. Je ne proteste pas plus lorsqu’il m’attire contre lui, qu’il échange de nouveaux nos places –plus doucement cette fois, comme si l’effort ne lui avait pas autant coûté que la première– et que je me retrouve dos au matelas. Il y a la chaleur et le poids de son corps contre le mien, ses main sur ma peau, frôlant mes côtes, et ses lèvres contre ma gorge, qui remontent ensuite lentement jusqu’à ma mâchoire ; je ne peux m’empêcher de frémir à son contact, d’échapper un soupir traître et de fermer les yeux, quelques secondes durant, le temps de me laisser aller à la tendresse de ses geste. J’en oublierais presque les rires mauvais et les remarques blessantes ; à dire vrai, je crois bien que je n’y pense plus depuis que j’ai vu les hématomes qui constellent sa peau. C’est plus facile après tout de se concentrer sur la douleur de l’autre afin d’éviter de regarder en face celle qui nous étreint le coeur, et j’ai toujours été lâche dès qu’il était question de ça.
Dès qu’il était question de moi, de mes failles et mes noirceurs.


J’entrouvre les yeux et baisse le regard sur son visage tout en faufilant ma main sous le tissu froissé de sa chemise pour effleurer son dos du bout des doigts, timidement car je ne sais pas s’il est dans un état aussi piteux que son torse, et je préfère faire attention. De l’autre main, je viens caresser sa joue, ses cheveux, et quand je laisse mon regard plonger dans le sien, j’ai le coeur qui s’emballe et je sais que ce n’est pas juste à cause de ses pupilles rétractées, réduites à la taille d’une tête d’épingle à cause de l’héroïne. Ça aurait été beaucoup plus simple si seulement il ne s’était agit que de ça depuis le début.

▬ Tu seras encore là quand je me réveillerai, hein ?

Il a prononcé ça d’un ton d’enfant endormi qui me fait sourire doucement, et je laisse couler ma main une dernière fois sur son visage avant de répondre.

▬ Promis.

Je caresse encore une fois son visage, ses cheveux, et ma main descend dans sa nuque lorsque je me redresse pour déposer un baiser sur son front tout en me dégageant de son étreinte pour sortir du lit un instant. En quelques secondes, je rejoins la penderie d’où je sors à nouveau un t-shirt et reviens vers Romeo. Toujours en m’appliquant pour avoir les gestes les plus délicats possibles, je vais pour l’aider  à retirer chemise et pantalon, et à enfiler le vêtement propre, mais il proteste, alors je le laisse faire avant de revenir prendre place contre lui, mes mains contre sa peau, ma bouche contre la sienne, et nos esprit à milles lieues d’ici, tout là haut.
J’éteins la lumière.
Je ne saurais dire avec exactitude combien de temps nous sommes restés allongés ainsi l’un contre l’autre avant de sombrer dans le sommeil.


Tout est noir autour d’elle, il n’y rien ; rien d’autre que le gouffre sans fond du néant, et ce grincement assourdissant qui résonne à ses oreilles. Elle tremble, elle a peur, elle  du mal à respirer –peut-être bien qu’elle pleure. Elle appelle à l’aide mais il ne répond pas, il ne vient pas la chercher et la prendre dans ses bras comme il avait l’habitude de le faire quand elle était petite et que l’obscurité l’effrayait.
Tout à coup le grincement s’arrête, elle sent une présence dans son dos, mais n’ose pas se retourner. Y’a comme un truc qui déconne, ça la prend à la gorge, ça lui coupe la respiration, ça empêche même les larmes de couler. Elle déglutit, difficilement. Elle prend son courage à deux mains. Elle se retourne.

Elle manque de hurler
quand son regard croise la paire d’yeux morts qui la fixent
depuis la corde pendue au plafond du salon.

Et finalement le néant reprend ses droits.








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Meera ♦ Wanderers at night, they might combust. [NC - Âmes sensibles]

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