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Meera ♦ Breaking the habit. [NC-16 soft lime] [Terminé]
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MessageSujet: Re: Meera ♦ Breaking the habit. [NC-16 soft lime] [Terminé]   Ven 12 Aoû - 14:56

Breaking the habit
ft. Meera J. Taylor
« Toujours. » Ton sourire atteint enfin tes yeux. Même au lendemain d’une soirée alcoolisée des plus agitées et, tu le devines, victime d’une gueule de bois mémorable, elle parvient encore à te suivre dans tes railleries. Même la douleur ne lui ôte pas son piquant, et c’est quelque chose qui te plaît, chez elle — dire que tu ne peux même pas affirmer que ça t’a toujours plu sans mentir. L’une de tes jambes ramenée contre toi, tu t’en sers comme d’un accoudoir pour cette main qui tient ta tasse — pour ce bras que tu as percé, cette nuit encore —, pour tous les moments où tu ne bois pas, tous ceux où tu préfères grignoter une ou deux tartines du bout des dents, sans appétit, simplement pour te donner bonne conscience, te dire que tu n’as pas rien dans l’estomac, et que tu appliques au moins le minimum vital. Comme si ça comptait vraiment, à tes yeux. Tu parviens à donner le change — plus ou moins, tu l’espères — et c’est tout ce qui importe. Avoir l’air bien — ou presque, parce que tes conneries n’échappe à personne, surtout pas aux plus proches de toi, tes pères, ton groupe — aux yeux du monde, pour savoir te détruire impunément quand les dos se tournent, quand les yeux se ferment, quand plus personne n’est là pour t’arrêter, plus personne pour te sauver.

Tu manques avaler de travers, tu tousses et tu renifles, la gorge te brûle et ç’a au moins le mérite de te faire rire — tu fais le pitre pour cacher tes idées noires, c’est bien toi, ça.
Meera s’agite près de toi, elle marmonne quelque chose que tu ne saisis pas et vient trouver refuge contre toi, toi qui la couvres tout à coup de l’un de ces regards qui pourraient porter à confusion quant à la nature de votre relation, l’un de ces regards qui signifient tout à la fois tendresse et possession, jalousie et protection, l’un de ces regards que l’on réserve rarement à n’importe qui — que tu donnes trop aisément à ces filles que tu côtoies un peu trop, Olympe et Meera en tête de liste, parce qu’elles comptent comme aucune autre n’a jamais compté. Tu te places autrement, tu reposes ta tasse sur la table, le tout dans des gestes suffisamment délicats pour ne pas la brusquer — tu imagines assez bien la douleur qui doit marteler son crâne, pour l’avoir souvent ressentie avant que l'accoutumance ne prenne le pas, comme pour toutes les autres pourritures que tu forces ton corps à ingérer — et tu passes ton bras autour d’elle, sur son épaule que tu caresses doucement, du bout des doigts. Tu viens déposer un baiser au sommet de ton crâne, et les odeurs qui te saisissent, plus ténues que la veille, te ramènent à la nuit passée, aux souvenirs un peu troubles de votre connerie, de vos délices. Un long frisson de plaisir remonte le long de ton échine — tu ne regrettes pas.

« T’as fait du bruit cette nuit. » Tes muscles se tendent, imperceptiblement, et tu manques un souffle. Eh merde, tu songes, un tantinet paniqué, effrayé, légèrement penaud, peut-être ? Elle sait ? La question est balayée en un instant : qui ne sait pas, franchement ? Les Fallen Devils représentent la part majeure de ta vie depuis leur fondation, depuis près d’un an et demi — dans les environs de deux pour Meera, non loin de neuf pour Olympe —, ils te connaissent par cœur — et tu ne sais pas très bien si tu t’en fous, si ça te plaît ou si ça t’effraie. T’es presque sûr qu’ils ont déjà tous vu ne serait-ce que l’une de tes cicatrices ; ils ont au moins tous été déjà victimes des concerts annulés par ta faute — la faute à tes failles, la faute à tes démons, la faute à tes conneries. La faute à Olympe qui te trouvait. Ils savent, ne serait-ce qu’une part amputée de la vérité. Alors, à quoi tu t’attendais ? « Excuse… » tu lâches, du bout des lèvres, un léger agacement au fond de la gorge — et c’est à ta propre encontre.
Tu t’excuses, mais pourquoi ? L’avoir simplement réveillée, ou t’être détruit encore un peu plus à quelques mètres tout juste d’elle, au delà d’une vulgaire porte, d’un vulgaire mur ; peut-être que c’est de honte d’avoir été percé à jour, quand bien même elle n’en dit explicitement rien ?

Tu retiens un soupir à grand peine, tu te penches en avant lorsqu’elle s’écarte pour attraper la télécommande de la télévision et changer de chaîne — musique, comme d’habitude ; sauf que cette fois-ci, ça te ramène au souvenir d’une soirée passablement désagréable, tout du moins étrange et, tout à coup, t’as comme l’impression de sentir une effluve ténue de fraise trop sucrée qui flotte dans l’air autour de toi. Putain, c’que tu la détestes, et c’est pire encore chaque fois qu’elle s’invite dans tes pensées sans que tu ne l’aies réclamé. Une part de toi flippe, clairement, à l’idée de la revoir un jour, d’un peu trop près — parce qu’elle est poison, t’es pas encore suffisamment con pour ne pas le saisir. On ne peut pas être honnête et envoûtante tout à la fois. Tu frissonnes et, heureusement, il y a la voix de Meera pour te ramener à la réalité, te faire atterrir, revenir dans ton appartement plutôt que dans cette chambre d’hôtel trop luxueuse pour toi. Tu n’es plus de ce monde-là. « Dis, t’as pas de l’aspirine ou même un truc plus fort ? » T’acquiesces, tu te lèves et tu te glisses jusque dans la salle de bain, tu récupères verre sur le bord du lavabo et cachet dans le placard d’à-côté, tu lui ramènes le tout, réponds à son remerciement par un sourire en coin — un peu narquois, faut l’avouer — et t’entreprends de débarrasser vaguement le bordel du petit déj’ étalé sur la table.
Lorsque tu reviens t’asseoir à côté d’elle, elle est en train de terminer son verre d’une seule traite — et tu te souviens les tronches que tu tirais, gamin, à chaque gorgée de ce truc immonde ; il te fallait un bon quart d’heure pour daigner le terminer, sous les menaces désespérées et un brin amusées de tes pères. T’as jamais vraiment eu de courage, dans le fond — même pas face à une putain d’aspirine.

Tu lui sers d’appui, elle dépose un baiser sur ton crâne et tu observes sa démarche un peu hésitante en direction de la salle de bains — même ça t’arrache un sourire ; t’es un peu trop fier pour un type qui doit frôler le coma presque à tous les coups pour se souvenir de ce qu’est une véritable gueule de bois de jeunesse, et pas d’alcoolique. « J’te squatte ta douche hein. » Tu te laisses basculer sur le flanc, tes yeux fixés sur l’écran de télévision que tu ne regardes pas vraiment. « Fais, fais. Si tu trouves pas un truc tu m’dis. » La porte se referme et toi, tu restes là, affalé sur le sofa, un début d’idée en train de germer dans un coin de ton esprit quand tu l’entends s’agiter dans la pièce d’à-côté. C’est prendre le risque de te faire frapper. Si ça t’effraie ? Pas tellement, en vérité.

Alors, tu cèdes. Tu te redresses, tu t’arraches au canapé et te glisse dans un bruit jusqu’à la salle d’eau, dont tu ouvres la porte sans même prendre soin de t’annoncer. Tu la refermes dans ton dos avant d’approcher — tu n’as même pas essayé de garder le moindre effet de surprise — de l’adolescente presque dénudée, pas encore tout à fait, et tu l’emprisonnes entre tes bras en te glissant derrière elle. Sur sa taille, sur son ventre, tes mains s’aventurent sur cette peau qu’elles ont déjà parcourue la nuit passée, l’une remonte presque jusqu’à sa poitrine, pour finalement se limiter aux frontières de la décence. « J’me suis dit que tu te sentirais un peu seule en terrain presque inconnu, tu ne m’en veux pas ? » Tu observes votre reflet dans le miroir et, sans jamais que tes yeux ne décroche de son double à elle, tu viens embrasser son épaule, son cou, tu dégages soigneusement ses cheveux pour déposer une kyrielle de baisers sur sa nuque. C’est lorsque tu te risques à couler tes lèvres sur ses omoplates que ton regard accroche ce que tu avais peut-être déjà senti sous tes doigts sans vraiment y prendre garde lors de votre nuit d’amour.

Une estafilade, longue, fine, de la nuque au creux des reins ; fil blanchi cousu à même sa peau, gravé dans sa chair. Cicatrice, différente des tiennes mais aux airs de blessure de guerre. Doucement, comme si cet instant était fragile, tu poses tes doigts là où commence le vestige d’une déchirure dont tu ne sais rien, dont tu n’as jamais rien su. Et puis, lentement, sans te presser, tu la parcoures de tout son long, tu l’effleures à peine, juste assez pour imprimer l’esquisse précise de la balafre dans ton esprit. Arrivé là où elle s’achève, se meurt sans plus aucune suite, tu retraces le même chemin en sens inverse, toujours avec cette même fascination indescriptible qui n’en est pas tout à fait une — toi-même, tu ne saurais dire précisément de quoi il retourne, dans le fond.

Ton étrange dessein mené à terme, tu reviens l’enlacer, et tu niches ton visage contre elle, ton front contre son épaule, comme pour échapper à son regard l’espace d’un instant. « J’suis heureux que t’aies vaincu ta propre guerre, Meera. » tu souffles. Tout du moins l’une d’entre elles, tu songes. Parce qu’elle est sans doute un peu plus cabossée qu’elle n’en a l’air, Meera, tu ne crois pas ? Et t’es pas con — pas totalement. La seule autre personne que tu connais dont le corps est marqué d’une cicatrice semblable à la sienne, c’est Marvel, et il s’en était fallu de peu qu’il n’en réchappe pas — le coup banal, l’histoire stupide : accident de voiture dans sa jeunesse. Il était un peu le miraculé de l’hôpital, celui qui n’aurait pas dû se réveiller de son coma et à qui il avait suffit de trois jours, celui qui n’aurait plus jamais dû marcher et qui avait été capable de courir à la suite d’un ballon de football en compagnie de son fils, tout juste quelques années plus tard. N’en restait qu’une longue ligne blanche le long de sa colonne vertébrale, encadrée de douze paires de points — agrafes d’un autre temps — et, à ton souvenir, de deux barres de fer, piliers de ses vertèbres, sans lesquelles vous n’étiez pas certains qu’il pourrait encore tenir debout. On lui avait proposé de les retirer, c’avait été un refus, d’un commun accord entre Marvel et Santiague : tant qu’elles tenaient, ils préféraient s’en tenir à leur terrain connu. L’idée que leur vie puisse changer du tout au tout s’ils ne devait leur capacité à vivre comme avant qu’à ces moyens médicaux qu’on désirait lui ôter, Marvel ne l’aurait pas supportée. C’était pour ça, d’ailleurs, parce que la médecine l’avait sauvé, qu’il s’était engagé dans cette voie d’études et n’en avait plus délogé ensuite. L'espoir de rendre lumière à d'autres vies comme on avait rendu lumière à la sienne.

Tu relèves les yeux, tu déposes un baiser dans son cou et tu serres un peu plus fort la bassiste entre tes bras — peut-être parce que tu prends véritablement conscience de tout ce que pourrait bien signifier cette cicatrice qui s’étend le long de son dos. Peut-être parce que tu te dis qu’elle aurait peut-être tout aussi bien pu ne plus être là pour en parler, ne pas être là, entre tes bras — tu ne l’aurais pas connue, elle ne t’aurait pas manqué ; mais c’est toujours le même effet lorsque l’on apprend que nos proches ont frôlé le danger, la mort d’un peu trop près, quand bien même c’était avant qu’on les rencontre, avant qu’ils ne prennent une place suffisamment importante dans notre vie pour qu’on découvre la peur de les perdre. « Comment… Comment c’est arrivé ? » Un murmure, une légère hésitation, l’une de tes mains glisse pour se saisir de la sienne et entrelacer vos doigts ensemble.

Tu flippes.
C’est con, pourtant, d’avoir peur de quelque chose déjà passé, déjà loin.
Mais c’est Meera, alors, ça change la donne, pas vrai ?
Tu ne peux pas t’en empêcher.
Breaking the habit
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MessageSujet: Re: Meera ♦ Breaking the habit. [NC-16 soft lime] [Terminé]   Sam 13 Aoû - 0:10

BREAKING THE HABIT TONIGHT
Stop the world, 'cause I wanna get off with you ✘ ROMEO
La lumière s’alluma un peu trop violemment quand elle appuya ses doigts contre l’interrupteur de la salle de bain, et ses yeux pour l’instant à peine habitués à la clarté du jour –pourtant pas si éclatant que ça– se plissèrent vivement sous le coup de l’éblouissement. Elle gémit de nouveau en étouffant à moitié un soupir fatigué et s’avança jusqu’au lavabo d’un pas mal assuré. Elle s’y attarda quelques secondes, le temps de se passer une main sur le visage, puis dans sa tignasse –masse de boucles bleues si emmêlées que les doigts s’y accrochaient quand on les passait dedans. Quand ouvrir les yeux totalement ne fut plus aussi douloureux, elle avisa son reflet dans le miroir –bien loin d’être la plus glorieuse version d’elle-même– et grimaça à la vue de son teint blême –sur lequel les hématomes de la veille se discernaient d’autant plus– et ses cernes noirs. Dans un geste maladroit elle se débarrassa de son haut et l’abandonna au sol ; elle s’apprêtait à faire de même avec sa culotte quand un bruit de porte qu’on ouvre et qu’on referme aussitôt la fit sourciller, et elle se redressa en tournant la tête vers l’entrée de la pièce.

▬ Qu’est-ce qu–

Elle n’eut pas le temps de terminer sa phrase que Romeo l’interrompit en venant l’enlacer par derrière, ses mains tièdes courant sur la peau de ses hanches, de sa taille et de son ventre, lui arrachant –encore ; toujours– un frisson de plaisir plus violent que tous ceux qui avait pu parcourir son échine depuis qu’elle s’était réveillée. La gueule de bois aidant à faire tomber les barrières de sa volonté, elle s’abandonna presque aussitôt à ses caresses en renversant quelque peu la tête en arrière pour se reposer contre son épaule, mais non sans grogner une nouvelle fois –plus pour le principe qu’autre chose ceci dit.

▬ J’me suis dit que tu te sentirais un peu seule en terrain presque inconnu, tu ne m’en veux pas ?

Sourire amusé ; ricanement railleur, aussi ténu qu’un souffle.

▬ Comme c’est noble de ta part d’avoir pensé à me tenir compagnie, j’osais pas te le demander –les paupières closes, elle laissa échapper un soupir d’aise quand elle sentit ses lèvres contre la peau de son cou– Rom’ j’te préviens quand même, j’suis carrément pas opé’ pour un deuxième round là, reprit-elle, toujours avec ce ton léger mais plus sérieuse qu’avant –le simple fait de tenir debout sans que le sol ne se dérobe sous ses pas tenait presque du miracle, alors recommencer ? Mauvaise idée.

Néanmoins tant qu’il se contentait de baisers et de caresses, elle le laissa faire, parce que c’était agréable, parce qu’il lui faisait du bien avec ses gestes plein de tendresse, et qu’elle n’avait tout simplement pas envie de le repousser.
Ce n’est que lorsqu’elle le sentit effleurer son dos du bout des doigts et de manière bien plus précise qu’elle rouvrit les yeux.

Meera n’avait jamais vraiment eu honte de sa cicatrice. En soit, elle n’était pas spécialement désagréable à regarder, ne lui avait jamais posé de problème majeur dans sa vie de tous les jours depuis la cicatrisation –pas de douleur ou quoique ce soit d’autre– aussi elle n’avait jamais vraiment cherché à la dissimuler et seul son emplacement sur son corps faisait qu’elle n’était pas visible de tous. Elle avait, à son humble avis, bien d’autres choses honteuses à cacher pour se soucier de cette ligne blanche qui barrait légèrement en biais sa colonne vertébrale. Pourtant cela lui faisait toujours bizarre quand elle l’avisait par-dessus son épaule dans un miroir ou qu’elle passait ses doigts dessus ; c’était la preuve en image que la vie est une putain de roulette russe qui peut te péter à la figure au moindre moment. Un centimètre plus profond et ce n’était plus seulement sa chair qui aurait été entaillée mais aussi ses vertèbres –et là encore, son issue n’aurait tenu qu’à un cheveux, entre la tombe et le fauteuil roulant.
Pour une fois, elle avait eu de la chance. Mais son coup de bol avait un goût terriblement amer quand elle savait qu’il n’avait pas pu en profiter.

Les bras de Romeo se refermèrent de nouveau sur elle –douce étreinte dont elle n’aurait voulu se soustraire sous aucun prétexte– et quand il posa son front contre son épaule, elle pencha la tête de côté jusqu’à ce que sa joue soit suffisamment proche de lui pour ressentir les chatouilles de ses mèches blondes, et elle leva une main pour la passer doucement dans les-dites mèches –un peu comme si elle avait voulu le rassurer, lui dire tout va bien, c’était pas si grave puisqu’elle était là dans ses bras.

▬ J’suis heureux que t’aies vaincu ta propre guerre, Meera.

Ses yeux s’écarquillèrent légèrement et son coeur loupa un battement alors qu’elle posa le regard sur la silhouette du jeune homme dans le reflet de la glace. Sa guerre ? Avait-elle seulement jamais considéré cela de la sorte ? Pour ce qui ne concernait qu’elle et elle seule, non, probablement pas. Mais si elle osait étendre ce qu’il appelait « sa guerre » à Saul, alors oui, peut-être, mais dans ce cas elle ne s’en sentait pas vainqueur, loin de là.

▬ J’y suis pas pour grand-chose pour le coup tu sais, fit-elle dans un souffle, un maigre sourire au bout des lèvres, ce sont surtout les médecins qui ont tout fait.

Son seul mérite était peut-être celui d’avoir continué à vivre –d’en donner l’illusion tout du moins– malgré l’absence de celui qui était le plus cher à son coeur.
Romeo s’agita contre son cou, y déposa un baiser et resserra son étreinte encore un peu plus, et de le voir si inquiet –apeuré presque– à son égard alors que tout était passé depuis longtemps déjà, ça lui réchauffa le coeur, lui tira un sourire tendre ; elle se sentait aimée, et loin d’en avoir douté plus particulièrement –à une époque si certainement, mais plus maintenant– elle ne l’avait jamais ressentit de manière aussi forte depuis au moins deux ans –et putain, qu’est-ce que ça faisait du bien.

▬ Comment… Comment c’est arrivé ?

Elle eut un petit rire aussi ténu qu’un souffle, pas très joyeux mais étrangement pas très amer non plus. Évidemment. Sa main se resserra sur celle de l’adolescent quand il vint entrelacer leurs doigts, et son autre main –celle qui était allée se perdre dans ses cheveux plus tôt– glissa le long de son cou, de son épaule puis de son bras pour se poser sur la sienne.

▬ Tu te rappelles quand j’ai commencé à traîner avec Olympe –et toi du coup– y’avait deux garçons parfois avec moi, non ? Le plus grand, avec les tâches de rousseurs c’était Noah –léger rictus amer– mon ex, et l’autre avec les yeux bleus c’était Saul, mon meilleur ami.

Elle lui laissa le temps de se remémorer l’époque maintenant révolue –elle connaissait sa manie de ne jamais se rappeler des noms de ceux qui ne lui faisaient pas de grosse impression dès le début, elle vu les débuts de leur relation elle se doutait bien que les souvenirs qu’il avait d’eux devaient être très vagues.

▬ Enfin bref, reprit-elle au bout de quelques secondes, j’ai fini par rompre avec Noah et ça c’est…pas très bien passé disons, j’étais assez déprimée. Du coup j’imagine que Saul, ça le gonflait de me voir comme ça, alors au bout des quelques jours, le jour de mes dix-sept ans, il m’a forcée à sortir, pour me changer les idées, tourner la page, etc. Il m’a traînée jusqu’au parc, y’avait une fête foraine sur place et comme j’avais jamais fait ce genre de trucs avant il a voulu marquer le coup pour mon anniversaire…

Un sourire nostalgique étira ses lèvres à ce souvenir doux amer et elle resserra ses doigts autour de ceux de Romeo avant de prendre une grande inspiration ; elle réalisa alors qu’elle tremblait, très légèrement certes, mais quand même.

▬ Et…au bout d’un moment, pendant qu’on passait près d’une grosse attraction y’a eu comme une explosion et le manège s’est effondré à coté de nous. C’est un espèce de câble en fer qui m’a fait ça en me claquant dans le dos, expliqua-t-elle enfin en s’agitant un peu entre ses bras. 'Parait que j’ai eu de la chance, qu’un peu plus et je disais adieu à l’usage de mes jambes –ou pire, j’ai pas trop envie d’y penser j’t’avoue.

Son visage commença alors à perdre de son air relativement calme pour laisser place à une mine plus grave, plus douloureuse. Elle ferma les paupières et tourna légèrement sa tête de côté pour pouvoir nicher son front contre le cou de Romeo.

▬ Saul par contre ça fait deux ans qu’il est toujours dans le coma, lâcha-t-elle enfin dans un murmure qui, s’il n’avait pas été prononcé dans le silence le plus religieux, n’aurait pas été audible.

Elle eu un nouveau ricanement sans joie –cette fois suintant d’amertume.

▬ Lui qui voulait me remonter le moral, il a bien foiré son coup, ce con.

Quelques secondes s’égrenèrent dans le silence –elle n’aurait su dire combien avec précision– et finalement, elle s’agita de plus belle entre ses bras, se retournant pour lui faire face avant de l’attirer au plus près de son corps. Contre sa peau, contre sa chaleur, elle se sentait un peu plus forte, assez pour oser un sourire bancal quand elle leva les yeux vers lui. Elle se hissa ensuite sur la pointe des pieds pour atteindre ses lèvres, qu’elle aimait tant sentir contre les siennes, et vint l’embrasser, d’un de ces baisers étranges, pas vraiment chastes puisque sa langue avait outrepassé les barrières de ses lippes, mais pas fougueux non plus, dénués de ce feu qui enflamme les corps échauffés. Elle n’avait pas cherché à lui dissimuler son trouble et son esprit était aussi nu qu’elle devant lui –si ce n’est plus. Pourtant il n’y avait pas que ses doutes et sa douleur qu’il pouvait y lire ; il y avait aussi cet espoir auquel elle s’accrochait désespérément, sa joie –certes ténue mais bien réelle– d’avoir su se faire des amis qui, sans même le savoir, l’aidaient considérablement à tenir le coup ; son affection pour lui aussi.
Elle se sépara de lui quand l’air commença à lui manquer. Sa main –qui était venue caresser sa joue sans même qu’elle y pense– glissa le long de son cou pour s’attarder au niveau de sa clavicule et elle leva de nouveau le regard vers lui, sourire mince au bout des lèvres.

▬ Mais ça va hein. J’suis pas morte ni handicapée, et quand Saul se réveillera ce sera comme si rien ne s’était passé –ce sera même tellement mieux puisqu’il n’y aura plus besoin de payer quoique ce soit pour son hospitalisation.

C’est qu’elle s’y accrochait tellement à cet espoir fou de se dire que tout n’était qu’une question de temps, qu’il ne tarderait plus à sortir du coma, qu’elle n’effleurait même pas l’idée qu’il ne puisse pas se réveiller du tout.
Parce qu’elle ne voulait surtout pas penser aux conséquences dans ce cas là.







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MessageSujet: Re: Meera ♦ Breaking the habit. [NC-16 soft lime] [Terminé]   Sam 13 Aoû - 20:22

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C’est un léger rire qui vient faire écho à ta question, l’un de ceux-là, étranges, presque dérangeants que tu ne sais pas tout à fait définir. Ceux qui sont empreints de nostalgie, de douleur, d’un peu de tendresse aussi ? Tu ne sais jamais très bien, ça t’échappe — fut un temps où tu comprenais un peu mieux les sentiments des autres, époque révolue depuis longtemps maintenant ; tu t’es mis des oeillères quand t’as commencé à fréquenter Nirvana, et tu t’es crevé les yeux quand elle s’est foutue en l’air. Depuis, tu ne vois plus rien, ni le vrai sur le visage des gens, ni la lumière au bout du chemin.
Sa main glisse, se pose sur la tienne, et tu la caresses du bout de tes doigts libres, tu traces des symboles sans signification sur sa peau, contre sa paume. Et t’attends. T’attends de savoir — si elle parlera, si elle préfèrera le silence. Il y a parfois des démons trop lourds à porter, plus encore à énoncer. Toi, t’es silencieux, mais t’es là — souffles sur son épaule, flatteries éparses et légères sur le dos de sa main. Elle parle, elle s’avance sur la pente escarpée des fêlures, et toi t’es là pour la rattraper si elle glisse, si elle flanche — tu ne la laisseras pas tomber. « Tu te rappelles quand j’ai commencé à traîner avec Olympe –et toi du coup– y’avait deux garçons parfois avec moi, non ? Le plus grand, avec les tâches de rousseurs c’était Noah, mon ex, et l’autre avec les yeux bleus c’était Saul, mon meilleur ami. » Tes sourcils se froncent, imperceptiblement. Les visages te reviennent, vaguement ; le prénom de Noah aussi. Peut-être parce que tu as quelquefois entendu Olympe l’étouffer dans un grognement venimeux, le traiter de connard — si l’on aime à parler de nos ex à grands renforts de noms d’oiseaux, il en va généralement de même pour ceux de nos amis. A toi non plus, sa tête ne te revenait pas — mais c’était juste parce qu’il avait l’air beaucoup trop heureux, et ça t’insupportait. Saul, lui… t’as du mal à te rappeler ; de toute façon, tous tes souvenirs de l’époque sont étouffés dans un brouillard de drogue et d’alcool. T’abusais déjà de tout ça, de toutes tes conneries — alors quoi ? T’acquiesces, vaguement — t’arrives quand même à situer la chose, à peu près.

Elle reprend, et t’es toujours aussi silencieux, tu la laisses parler sans l’interrompre, de peur qu’elle ne reprenne jamais le fil si tu t’y risques. « Enfin bref, j’ai fini par rompre avec Noah et ça c’est…pas très bien passé disons, j’étais assez déprimée. » Un connard, qu’est-ce que tu disais. Est-ce que t’es vraiment bien placé pour songer à ça ? « Du coup j’imagine que Saul, ça le gonflait de me voir comme ça, alors au bout des quelques jours, le jour de mes dix-sept ans, il m’a forcée à sortir, pour me changer les idées, tourner la page, etc. Il m’a traînée jusqu’au parc, y’avait une fête foraine sur place et comme j’avais jamais fait ce genre de trucs avant il a voulu marquer le coup pour mon anniversaire… » Ses mains tremblent entre les tiennes, elle tremble entre tes bras, et l’un d’eux remonte pour emprisonner doucement ses épaules et la garder contre toi. J’suis là t’inquiète pas, ça va aller. T’as peur de comprendre, tout à coup — parce que tu fouilles ta mémoire, tant bien que mal, et le visage rieur de Saul n’apparaît plus jamais. Plus de sorties auxquelles il accompagne la bassiste, pas de concerts auxquels il vient assister, et son nom qui ne franchit plus les lèvres de l’adolescente. Et tu te mets à flipper, pour elle, pour lui, pour ce qu’il s’est passé — ton impuissance, que tu vois d’ici se dessiner, alors même que tu ne connais pas l’issue du récit. « Et…au bout d’un moment, pendant qu’on passait près d’une grosse attraction y’a eu comme une explosion et le manège s’est effondré à coté de nous. C’est un espèce de câble en fer qui m’a fait ça en me claquant dans le dos. » Un frisson t’agite, soudain, violent. Putain. « ‘Parait que j’ai eu de la chance, qu’un peu plus et je disais adieu à l’usage de mes jambes –ou pire, j’ai pas trop envie d’y penser j’t’avoue. » Tu serres les dents, tu déglutis.
Une part de toi culpabilise, parce que t’as entendu parler de l’histoire quand t’as fait tes premiers pas à Carvel&Son. C’était la faute des Supers, c’avait été un peu trop loin ; évidemment qu’il y avait eu des dommages collatéraux. T’étais pas encore là, à l’époque où ça s’est passé — t’étais encore chez tes pères, à faire le mur pour te mettre minable cinq soirs par semaine, et tu passais les deux autres à récupérer — et pourtant, t’arrives à t’en vouloir, de faire partie de l’un de ces groupuscules qui auraient pu se rendre coupable de sa mort. T’essaies de ne jamais trop y penser, aux ravages que font les combats — de toute façon, tu préfères les petites missions aux grosses actions ; tu veux des tunes, pas des explosions — mais cette fois, tu n’échappes pas à la réalité de ce jeu immonde dont tu n’es qu’un énième pion sur le plateau brisé.

« Saul par contre ça fait deux ans qu’il est toujours dans le coma. »
La réalité, sur ce coup-ci, elle te claque même en pleine gueule.

Tu fermes les yeux, tu réprimes tant bien que mal le tremblement qui menace de t’agiter — tu songes que la situation est moins désespérée que tu ne le pensais, qu’il y a toujours une chance, là, quelque part ; que si t’étais capable de croire un peu plus, t’aurais prié des jours entiers pour qu’il lui revienne, qu’elle ait cette ombre en moins dans le regard. Son ricanement, plein d’une amertume déchirante, te glace le sang. « Lui qui voulait me remonter le moral, il a bien foiré son coup, ce con. » Tu déglutis, difficilement, et c’est un murmure qui t’échappe, un « J’suis désolé » à peine soufflé. T’es désolé, mais de quoi ? D’avoir potentiellement réveillé ses démons ? De ne pas être capable de l’aider, de ne rien pouvoir faire d’autre que l’enlacer sans savoir la protéger de la peur, de la douleur ? Désolé de t’être engagé dans la cause de ceux qui lui ont tout pris, peut-être ?

Elle se tourne entre tes bras pour te faire face, et tu cherches dans son regard la réponse à tes questions, la réponse à tes pourquoi, la réponse à tes comment, la réponse à ton comment puis-je t’aider ; mais tu n’en devines aucune esquisse. Le vide, d’autres questions que les tiennes, les mêmes quelquefois ; pourquoi, comment, comment l’aider lui, Saul. Et c’est aussi ce que tu devines dans son baiser, lorsque ses lèvres viennent chercher les tiennes, lorsque sa langue s’affranchit des barrières de la décence sans pour autant se faire trop pressante. Tes mains effleurent sa taille, l’emprisonnent avec la légèreté d’une brise ou d’un papillon posé là. Il y a toutes ces questions, et puis la douleur, ce mal lancinant qui te traverse, cette pointe au coeur, ce tourment que tu ressens, que tu éprouves plus que tu ne te contentes de le lire ; l’espoir auquel elle s’accroche, cette lueur vive, brûlante que l’on saisit à pleines mains parce qu’elle est la seule chance, la seule échappatoire. Une once de bonheur, quand même, celle qui met du baume au coeur, et ton nom, ton visage, une chaleur qui t’envahit, qui court le long de ta colonne vertébrale, qui picote au bout de tes doigts. Tu vibres, t’existes tout à coup, elle te fait exister.
De ton esprit à toi, tu as chassé les peurs et les ombres, et c’est de l’espoir, du courage, de la force un peu, celle que tu voudrais lui donner, tout ce que tu voudrais être capable de lui offrir, si seulement c’était possible. Une lumière qui vacille, et des excuses, que tu ne sais pas prononcer — auxquelles tu ne devrais même pas penser, parce que tu n’y es pour rien, Romeo. Tu n’y es pour rien si ceux avant toi ont fait le mal, tu n’y es pour rien si ce jour là, des vies ont changé, des familles se sont endeuillées, des âmes se sont déchirées. Tu n’y peux rien, tu n’y étais pas. T’es désolé, t’es tellement désolé et pourtant, là, dans ton esprit, tout ce qui tourne et retourne c’est accroche-toi, accroche-toi, je suis là, on est là, il sera bientôt là lui aussi. Et t’y crois, de tout ton corps, de toute ton âme — si seulement tu peux ne plus voir ces éclats d’ombre qui l’écorchent, elle.

Elle recule, et tu reprends difficilement ton souffle — avec le trouble de l’alcool, hier, tu n’as pas su lire si clairement dans son esprit. Cette fois, c’était étrange, c’était différent, et elle n’essayait pas de se cacher, pas comme trop tentent de le faire lorsqu’ils saisissent que tu peux les entendre, les brancher sur écoute. C’était clair, limpide, tant et si bien que tu n’en as pas le crâne en vrac, pour une fois — les pensées que les autres tentent délibérément d’étouffer sont les plus audibles, tout à la fois les plus grésillantes, comme une chaîne de radio mal captée, elles sont sujettes aux combats internes et d’elles découlent les migraines les plus douloureuses. Cette fois-ci, rien — tout au plus, un calme surprenant, un apaisement étrange, celui que tu as quelquefois connu lorsque c’étaient les lèvres d’Olympe qui effleuraient les tiennes. Tu n’as jamais trop compris comment ça fonctionnait.

« Mais ça va hein. J’suis pas morte ni handicapée, et quand Saul se réveillera ce sera comme si rien ne s’était passé. » Ta main revient se saisir de la sienne — celle qui a glissé de ton visage au creux de ton épaule — et tu joues doucement avec ses doigts délicats entre les tiens — mains de musicienne, t’as toujours adoré, en un sens. Les artistes. Souvent, tu songes que les plus grands, les plus talentueux sont ceux qui en ont à revendre, dans la tête autant que sur le coeur. Parce que ce sont les sentiments qui coulent de leur art, qu’il s’agisse de quelques notes hasardeuses dans l’air, de quelques tâches de peintures sur une toile, de quelques cadrages de caméra un peu différents — ça les rend sincères et touchants à tes yeux.
C’est ce qui te plaît chez Meera, pas vrai ?
T’esquisses un sourire, juste en coin, un petit pli maladroit et hésitant — parce que tu ne sais pas tout à fait si tu en as le droit, ou si c’est déplacé. « Et tu l’inviteras à nos concerts, hein. J’suis sûr qu’il adorerait te voir jouer. » Ton regard, qui s’était perdu sur vos mains liées, remonte en direction de son visage. « T’es faite pour la scène. Faudra qu’il voit ça, histoire qu’il te le dise aussi. » T’hésites, encore, parce que t’as peur de prononcer les mots qu’il ne faut pas, les mots qui blessent — chacun de ceux que tu prononces est pesé, mesuré à la lettre près ; tout, les termes, le ton, pour ne pas heurter, ne pas déchirer plus encore. « Du coup, je suppose que… tu vas le voir ? » Toi, par contre, ça te déchire. Parce que toi, lorsque c’était Nirvana qui était plongée dans le coma, t’as été trop lâche pour oser entrer dans cette chambre, trop lâche pour la veiller, trop lâche pour la regarder en face au réveil, trop lâche pour lui laisser une chance de s’en sortir avec toi. T’es qu’un connard, Romeo, et ce que t’as détruit quand t’avais même pas seize piges, tu ne tu ne pourras plus jamais le réparer.

Tu l’admires, elle, de s’accrocher autant, d’y croire encore, de rester fière et forte, de ne rien laisser paraître, d’être capable de donner le change sans que tu n’aies jamais ne serait-ce que pu estimer l’ampleur des ravages sur son âme meurtrie. Tu retiens un pas en arrière, difficilement, et ton regard cille, se dérobe au sien, s’en va se perdre sur le carrelage des murs, sur ton reflet dans le miroir d’en face — t’as les ambres perdues, et comme l’impression de sentir le souffle de Nirvana sur ta nuque. « Enfin, pardon, tu — tu veux peut-être que je te laisse ? Histoire que tu puisses prendre ta douche, t'auras meilleure mine puis, j'pense pas que les voyeurs ce soit trop ton truc ? » Tentative d’humour, de sarcasme, mais ta voix n’a plus le même ton. Un peu plus lointaine, un peu plus hésitante, t’es déjà en train de t’effacer dans un coin de ton esprit, carapace d’oubli pour ne plus y songer.
Tu t’en veux encore, pas vrai ?
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MessageSujet: Re: Meera ♦ Breaking the habit. [NC-16 soft lime] [Terminé]   Dim 14 Aoû - 1:21

BREAKING THE HABIT TONIGHT
Stop the world, 'cause I wanna get off with you ✘ ROMEO
C’était étrange cette espèce de mélange d’émotions contradictoires qu’elle ressentait. Un peu de tristesse, de nostalgie, de mélancolie par-ci ; un peu de soulagement, de sérénité et de chaleur par-là. Elle était comme plongée dans un bain tiède, jamais trop chaud ni trop froid, une sorte de bulle de coton dans laquelle évoquer ses souvenirs sensés être si douloureux n’étaient plus aussi difficile. Elle se sentait, ironiquement, si loin de ce qu’elle lui racontait, comme s’il eusse été question de quelqu’un d’autre ; ça restait triste, mais plus éprouvant, comme si la boule qui lui avait noué la gorge les autres jours s’était dénouée juste cette fois –peut-être, non, sûrement, parce que cette fois justement, il y avait Romeo pour la serrer contre lui et l’empêcher de se laisser emporter par sa tristesse.
Et contrairement à tous ces autres baisers qu’ils avaient échangé cette nuit, elle n’entendit pas ce vague bourdonnement persistant qui avait fini par lui rester dans le crâne même quand leurs lèvres se descellaient –l’une des raisons de son mal de crâne, qui commençait d’ailleurs à s’estomper grâce aux effets de l’aspirine prise plus tôt. Cette fois, c’était calme, silencieux, tranquille, si bien qu’elle les entendait clairement, ses encouragements, ces « ça ira » qui la réconfortaient tellement plus quand ils étaient susurrés par d’autres lèvres que les siennes quand elle essayait de se donner du courage.
–il y avait sa culpabilité aussi, qu’elle ne comprit pas vraiment et la fit froncer des sourcils, imperceptiblement. Pourquoi ?
Le baiser s’interrompit, sa main de guitariste vint se saisir de celle qu’elle avait laisser traîner au creux de son épaule, et il eut un mince sourire en coin, un peu hésitant, mais qui lui en arracha un identique –quoiqu’un peu plus certains, plus distinct.

▬ Et tu l’inviteras à nos concerts, hein. J’suis sûr qu’il adorerait te voir jouer.

L’ébauche de sourire s’accentua enfin, et son visage s’éclaira –enfin– d’un franc sourire qui fait pétiller les yeux. Elle s’y voyait déjà, et c’était mieux que tout ce qu’elle pouvait espérer ; Saul, le groupe, Romeo, Ange –c’est à ce moment qu’elle réalisa pleinement le chemin qu’elle avait réussi à faire toute seule. Si avant son monde s’était limité à une seule et même personne –deux pendant un an, mais ça ne comptait plus– il était plus vaste maintenant, plus étendu. Saul en restait probablement le centre –elle pourrait se marier et fonder une famille avec quelqu’un d’autre trente ans plus tard qu’il le serait toujours il fallait dire– mais les horizons s’étaient élargis, les visages chers à son coeur se faisaient plus nombreux ; oui ce sera parfait quand il aura enfin ouvert ses jolis yeux bleu –verts selon la lumière, elle s’était plongée assez de fois dans son regard pour connaître le moindre reflet de ses iris changeantes.

▬ T’es faite pour la scène. Faudra qu’il voit ça, histoire qu’il te le dise aussi.

Ses joues prirent une teinte rosée sous le compliment et un souffle amusé s’échappa d’entre ses lippes.

▬ De ce que je le connais, il va plutôt me dire que je suis nulle et vous feriez mieux d’prendre quelqu’un d’autre à ma place, fit-elle en fronçant le nez comme une gosse devant une vanne à laquelle elle se retient de rire –parce qu’il avait toujours été railleur et sarcastique avec elle, entre eux, ça avait toujours été flots d’insultes stupides et moqueries vulgaires qui ne veulent dire que leurs contraires ; c’était peut-être de lui qu’elle tenait son réflexe de l’ironie et du second-degré au final.

Elle poussa un léger soupir d’aise qui alla s’échouer sur la peau de Romeo alors qu’elle nicha de nouveau sa tête au creux de son cou, les paupières closes. Elle était bien, et c’était le genre de moment suspendu dans le temps dont elle pouvait profiter pleinement sans avoir l’impression que les secondes s’égrenaient trop vite. Elle était bien, parce que ce matin là n’était pas de ces jours de blues où elle avait l’impression que tout était vain et qu’elle se disait que si la vie avait été une chienne avec elle jusqu’alors, elle ne voyait pas pourquoi les choses changeraient subitement –au contraire ; c’était de ces jours où elle pouvait voir la lumière au bout du tunnel, où l’espoir faisait encore battre son coeur. C’était peut-être naïf, peut-être con, mais bordel, qu’est-ce qu’elle s’en foutait.

▬ Du coup, je suppose que… tu vas le voir ? –il y avait toujours cette hésitation dans sa voix, comme s’il choisissait ses mots avec la plus grande attention pour ne pas risquer de la heurter ; elle fut touchée quelque part d’être prise avec autant de considération et de délicatesse –c’est qu’elle n’y avait jamais vraiment été habitué après tout.

▬ Ouais, au moins une fois par semaine, fit-elle contre son cou. De toute façon y’a personne à part moi pour le faire alors faut bien que quelqu’un s’dévoue, elle ajouta dans un souffle ironique.

Contre elle enfin, elle le sentit s’agiter vaguement, comme s’il voulait s’échapper de se étreinte mais se retenait de la faire. Elle leva alors les yeux vers lui mais ne croisa pas son regard –celui-ci semblait perdu, quelque part, devant lui, sur le mur ou encore le miroir ; qu’importe. Elle eut un pincement au coeur tout à coup, de le voir ainsi –et quelque part, elle se doutait qu’il n’y avait pas que ce qu’elle venait de lui avouer derrière ce voile trouble qui s’était emparé de son regard d’ambre ; parce qu’on décide rarement de se détruire à coup de seringues dans le bras sans raison valable, et qu’elle avait beau ne pas la connaître cette raison, elle en devinait aisément la présence.
Si auparavant elle n’était pas certaine de vouloir savoir de quoi il retournait –la peur, toujours– c’était différent maintenant. Il avait été là pour elle, elle voulait l’être pour lui, quand il sera prêt à le lui confier.

▬ Enfin, pardon, tu — tu veux peut-être que je te laisse ? Histoire que tu puisses prendre ta douche, t'auras meilleure mine puis, j'pense pas que les voyeurs ce soit trop ton truc ? –Pointe de sarcasme pour se donner contenance mais voix trop vague pour être tout à fait sereine ; doucement elle resserra sa main sur la sienne.

▬ Franchement vu ce qu’on a fait cette nuit ça me gênerait même pas, avoua-t-elle avec un brin d’ironie dans la voix –comme elle pouvait, elle s’efforçait de faire renaître cet éclat de malice qui luisait souvent au coin de son regard et qui lui plaisait tant ; elle se fit elle-même plus espiègle, plus féline même, alors qu’une de ses main remonta lentement le long de son torse pour jouer nonchalamment avec les pans de sa chemise ouverte ; sourire équivoque, lueur taquine au fond des yeux– J’dirais même que si tu viens avec moi j’pourrais trouver ça sympa…

C’était le retour des pétillements dans l’estomac, de la chaleur au creux du ventre –définitivement, ça n’allait pas s’arrêter à une seule et unique nuit, l’attirance était trop forte.

▬ T’en dis quoi ? Fit-elle enfin avec le ton de la gosse trop fière de sa connerie –qu’elle était toujours dans le fond.

Si ça pouvait lui redonner le sourire alors elle était prête à oublier quelques minutes les restes de son mal de crâne et de sa gueule de bois encore légèrement incommodante pour lui offrir ce qu’il désirait ; plaisir, bien-être, sérénité, attention –tout ce qu’il voulait.

▬ C’est mon tour de t’accorder c’que tu veux, Romeo.

Baiser fugace, sourire charmeur.
C’était la première fois depuis longtemps qu’elle prenait autant de plaisir à contenter un homme.







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MessageSujet: Re: Meera ♦ Breaking the habit. [NC-16 soft lime] [Terminé]   Jeu 18 Aoû - 1:36

Breaking the habit
ft. Meera J. Taylor
C’est à son tour, cette fois-ci, de raffermir sa prise sur ta main, de t’insuffler un peu de courage contre un mal inconnu qu’elle a pourtant deviné — parce que t’es rien d’autre qu’un livre ouvert, Romeo ; imprévisible peut-être, mais ô combien déchiffrable. Parce que tout te trahit : ton regard, ta voix, tes mots, tes gestes, c’est flagrant la façon dont t’es tout à coup plus lointain, perdu dans un temps passé et révolu dont tu n’as rien gardé de bon — tout n’est que douleur, brûlure, désillusions, traduites par moult aiguilles dans le creux de tes veines, et autant de lames dans ta chair. Tu t’en veux, maintenant aussi, tu t’en veux de l’inquiéter tout à coup alors que c’est elle qui devrait avoir toute ton attention, elle qui le mérite, elle qui en a besoin, plus que toi. Parce qu’elle, elle a encore tant à vivre quand toi, t’es déjà usé jusqu’à l’os. Parce qu’elle, elle a une chance, elle a l’espoir — putain, oui, elle a l’espoir au fond d’elle, t’as vu son éclat, t’as senti sa chaleur, et c’était tellement beau, tellement fort, putain ce qu’elle l’aime, son meilleur ami, que toi tu te sens con maintenant. T’es pas de bon conseil, t'es pas la bonne épaule pour pleurer — parce que tu ne sais jamais que dire, jamais que faire, même si t’essaies, du mieux que tu peux —, au mieux tu sais faire rire, et encore. Rassurer, consoler, c’est pas ton truc, même si t’aimerais bien — au moins pour elle, pour Meera ; et t’es infoutu de faire quoique ce soit.
Peut-être parce que tu réalises enfin qu’il y a des choses contre lesquelles on n’a jamais aucune force, aucun pouvoir, quand bien même on tuerait si seulement ça pouvait changer la donne ?

« Franchement vu ce qu’on a fait cette nuit ça me gênerait même pas. » Ironie dans la voix ; pourquoi c’est elle qui essaie de te ramener à l’instant présent, de t’arracher un rire, pourquoi c’est elle qui doit s’oublier pour que toi, t’ailles mieux ? Ton regard accroche enfin le sien lorsque ses mains glissent sur ta peau, t’arrachent un frisson soudain — tu sens les picotements qui courent déjà tout le long de ton corps, rien qu’à voir son sourire explicite, rien qu’à lire dans ses yeux l’éclat galopin, rien qu’à entendre le ton de sa voix, qui ne laisse place à aucune forme de doute quant à ce qui peut bien se tramer dans un coin de son esprit. « J’dirais même que si tu viens avec moi j’pourrais trouver ça sympa… T’en dis quoi ? » Lentement, tes mains se glissent dans son dos, remontent le long de sa colonne vertébrale — et, encore, tu éprouves ce sentiment étrange à sentir la cicatrice sous tes doigts, vestige d’une victoire contre l’autre côté, sans laquelle elle ne serait sans doute pas là, entre tes bras — pour venir jouer sans avoir l’air de s’y intéresser vraiment avec l’agrafe de son soutien-gorge. « J’en dis que… » T'hésites, un instant, et c’est un sourire un peu plus vrai qui s’invite sur tes lèvres. « t’étais pas supposée n’pas être opé pour un deuxième round, Jazz ? »
Jazz. Combien de fois l’as-tu prononcé, depuis que vous vous connaissez, tous les deux ? Le total tient sans doute sur les doigts d’une seule main. Tu ne sais plus vraiment qui l’a déjà appelée comme ça devant toi ; Olympe peut-être, ou l’un des autres, Saul, Noah ? Tu ne sais plus, tu ne lui accordais pas suffisamment d’importance à l’époque où t’as commencé à la fréquenter pour que ça t’ait vraiment marqué. Et tu regrettes, un peu, il est vrai.

Qui sait, peut-être que les choses auraient été différentes ? Ironiquement, tu les préfères telles qu’elles sont aujourd’hui, quand bien même les débuts ont été marqués de regard en travers et d’autres remarques déplacées, mauvaises, méprisantes quelquefois. T’as pas tellement changé, au fond, mais Meera est passée de l’autre côté de la ligne, elle a rejoint le banc des intouchables, d’ceux pour qui tu tuerais sans une seconde d’hésitation. Elle a rejoint le rang de celles qui t’font tourner la tête, même si tu ne l’admets pas vraiment. « C’est mon tour de t’accorder c’que tu veux, Romeo. »  L’attache de son soutien-gorge cède entre tes doigts lorsque ses lèvres rencontrent les tiennes, brièvement, puis c’est son cou que tu viens chercher pour le couvrir d’une infinité de baisers, effleurant sa peau de ton souffle tiède, redécouvrant chaque parcelle déjà couverte de quelque morsure d’amour laissée là la nuit passée. « C’est toi que j’veux, Meera. » tu lâches dans un souffle contre son épaule, en laissant glisser ta chemise jusqu’au sol. Tu reviens chercher ses lèvres, avec plus de fougue, plus de passion, le brasier du désir reprenant lentement mais sûrement possession de tes envies.

De baisers brûlants en caresses éparses, tu retrouves sa peau contre la tienne, la douceur de ses mains sur ton corps, le fil de ses pensées, tout à la fois plus limpide parce que le brouillard de l’alcool s’en est allé, et toujours aussi brumeux, la faute à l’appétit d’Eros qui vous consume tous les deux. Tu la veux, ici, maintenant, encore et, bientôt, tes mains sous ses cuisses, vos vêtements abandonnés sur le lino, c’est contre le mur carrelé de la douche que tu la ramènes, tes labres occupés à effleurer la naissance de sa poitrine, la peau fine de sa gorge, sous laquelle tu devines les pulsations du sang dans sa carotide. Tu la reposes doucement pour libérer tes mains, le temps d’ouvrir l’eau sur vous deux, un peu plus chaude que tiède sans que soit possible la moindre brûlure. « Ça te va, comme ça ? » Un instant plus tard, tu reviens capturer ses lèvres dans un baiser passionné, affamé, une main au creux de ses reins, l’autre occupée en frôlements légers sur sa poitrine dénudée.
Pour la deuxième fois en moins de vingt-quatre heures, tu t’oublies, d’une façon différente qu’au travers du poison qui se mêle à ton sang, tu t’abandonnes aux bras d’une femme, de cette femme qui t’rend fou, qui fait tourner le monde autrement quand elle est là, près de toi, celle qui t’fait brûler, celle pour qui t’arrêtes de penser, tant qu’elle le veut, tant qu’elle te veut.
Pour la deuxième fois en moins de vingt-quatre heures, t’existes, t’es heureux, et tu t’offres sans compromis, sans contrepartie, Meera pour seule obsession, vous deux hors du temps, hors de tout pour seule ambition.




T’essuies ta bouche d’un revers de la main, en rinçant ta brosse à dents, que tu abandonnes finalement dans le verre posé sur le bord du lavabo. Une main passée dans tes cheveux pour l’énième fois, histoire d’essayer d’arranger le désastre capillaire chaque fois provoqué par les shampoings, puis tu laisses tomber. Tant que l’humidité n’aura pas délogé de la moindre mèche, ce sera peine perdue, et tu le sais, parce qu’il en a toujours été ainsi. Une moue bougonne au visage, et malgré ta bonne résolution de lâcher l’affaire, tu continues, en de vaines tentatives de rendre tes mèches inégales un peu plus dociles. Dépité, comme un gamin qui se souvient qu’il a déjà terminé son paquet de bonbons la veille alors qu’il en crève d’envie à l’instant précis, tu lèves les yeux en direction de Meera. « Dis, tu m’aimes bien, même avec une coupe foireuse ? » Le ton emprunté était presque suppliant, et l’illusion aurait pu être parfaite s’il n’y avait pas cette lueur de malice dans tes prunelles ; mieux, ce rictus amusé au coin de tes lèvres. T’as oublié — le trouble, les doutes, la culpabilité —, c’est un répit d’un moment, c’est une accalmie tant qu’elle est là, tant qu’elle occupe tes pensées — et t’appréhendes presque l'heure à laquelle elle devra quitter ton appartement pour s’en retourner à ses obligations. C’est que t’y sens seul, quelquefois, même si tu ne l’admettras jamais.

Tu viens voler un baiser à la musicienne, attaquant par surprise avant de rire doucement, môme un peu trop fier de son coup. « Comme t’es une squatteuse en chef, si t’as besoin d’un truc, du genre fringues ou déo, encore une fois tu t’sers. Juste, les fringues c’pas comme le savon, ça s’appelle reviens ! » Tu déposes une dernière fois tes lèvres sur son épaule, pour finalement t’éclipser de la salle de bains, et t’en aller toi-même trouver de quoi t’habiller dans ton armoire — que tu ne sais même pas ouvrir entièrement, les amplis de la guitare électrique placés de sorte qu'ils bloquent la porte, passé un certain seuil. T’en tires un jean sombre, usé, déchiré — et, dans tes souvenirs, il n’était pas comme ça à l’achat, mais le temps et les conneries en ont eu raison avant l'heure — et une chemise blanche aux manches trois-quarts — tu t'en fous qu'on voit tes bras, parce qu'il n'y a qu'elle, elle qui a effleuré tes cicatrices dans l'obscurité, avec l'une de ces tendresses sincères, dénuée de la moindre curiosité malsaine, du moindre jugement malvenu —, froissée, que t’as tôt fait enfiler.

Ceinture à moitié débouclée, chaînettes accrochées aux passants, ta chevalière au doigt, ta montre et tes bracelets de cuir aux poignets, tu te laisses tomber en travers de ton lit, la tête dans le vide, le regard fixé sur le paravent. « T’es vraaaaiment obligée d’aller au restau ? Dis, Mee’, tu veux pas resteeeer ? » C’est presque une supplication, un gémissement de gamin capricieux — quoique toujours amusé. Tu sais bien qu’elle ne peut pas — mais tu demandes quand même, pour la forme plus qu’autre chose. Rien que pour le plaisir d’imaginer ce qu’elle pourrait répondre, entre sarcasme et sérieux, boutade narquoise et vérité. C’est juste que t’aimes bien qu’elle te maltraite un peu, dans l’fond, pas vrai ?
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MessageSujet: Re: Meera ♦ Breaking the habit. [NC-16 soft lime] [Terminé]   Sam 20 Aoû - 4:25

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Il y avait ses mains qui glissaient lentement dans son dos en lui arrachant un long frisson de plaisir qui monta du creux de ses reins jusqu’à la pointe de sa nuque ; il y avait ses doigts qui bientôt s’attardèrent pour la seconde fois sur l’attache de son soutien-gorge sans jamais la défaire immédiatement –quand bien même l’envie se faisait pressante. Pourtant pendant un instant, c’était  comme s’il était toujours absent, perdu quelque part dans un coin sombre de son esprit tortueux, et quand il inspira avant d’ouvrir la bouche pour parler, Meera ne put s’empêcher de retenir son souffle quelques secondes.

▬ J’en dis que… –il hésita un instant, et elle se mordit la lèvre, légèrement anxieuse ; parce qu’elle flippait, elle flippait de ne pas être suffisante pour le ramener des méandres de ses pensées, et si cela ne se voyait que modérément dans son regard ou ses gestes, elle n’en pensait pas moins– …t’étais pas supposée n’pas être opé pour un deuxième round, Jazz ?

Elle écarquilla les yeux, surprise, avant de laisser monter un rire clair qu’elle étouffa dans le creux de son cou où elle déposa un baiser en suivant. Jazz… Depuis combien de temps elle n’avait plus entendu ce surnom ? Deux ans probablement, puisque c’était Saul qui en avait eu l’idée le jour où elle lui avait appris son second prénom. Qu’est-ce que ça date putain.

▬ Tu sais bien que les filles ça change tout le temps d’avis, ricana-t-elle après avoir embrassé sa bouche furtivement –et après avoir frissonné de nouveau en sentant les agrafes céder dans son dos.

Alors qu’il se penchait vers elle pour chercher son cou du bout des lèvres, elle fit courir les siennes le long de sa mâchoire, sa joue puis sa tempe pour y abandonner un énième baiser, plus long, plus tendre. Elle pouvait encore sentir le tiraillement des morsures de la veille quand il repassait dessus, mais c’était une douleur doucereuse que le désir avait tôt fait de balayer.

▬ C’est toi que j’veux, Meera, il lâcha finalement dans un souffle fiévreux contre son épaule –quelque part dans son ventre, il y eu comme une détonation, un boum qui l’ébranla de toute part et lui fit tourner la tête.

▬ Alors j’suis toute à toi –murmure rauque au creux de son oreille, tandis que ses mains s’en remontaient pour effleurer ses épaules désormais nues et sa nuque.

Presque en même temps que lui, elle se redressa de nouveau pour capturer ses lèvres entre les siennes, tout en s’affairant à faire glisser les bretelles de son bustier le long de ses bras pour être enfin débarrassée de l’écrin de tissu.
C’était un peu moins fougueux, un peu moins saccadé que la première fois –en raison de l’alcool qui ne rendait plus leurs gestes maladroits probablement– mais ça n’en restait pas moins renversant. Un violent frisson la secoua quand son dos rencontra la surface lisse et froide du carrelage de la douche –contraste violent avec le feu qui embrasait ses tripes petit à petit– et elle s’accrocha un peu plus au cou de Romeo pour être au plus près de sa peau brûlante, le souffle court et le rouge aux joues.
Quand elle sentit enfin l’eau couler sur sa peau, elle ne prit même pas la peine de répondre à la question du guitariste et fondit avidement sur ses lèvres –il aurait la réponse de toute façon alors pourquoi perdre du temps ?– une main contre sa nuque et l’autre effleurant ses côtes du bout des doigts.
Et alors qu’elle se sentait de nouveau fondre entre ses bras, elle réalisa qu’elle venait de goûter à la drogue la plus addictive qui soit, et qu’elle ne pouvait déjà plus s’en passer –sa chaleur, sa peau, ses caresses, son rire ; lui en résumé.


Enroulée dans une serviette et adossée contre le mur près du lavabo, Meera observait avec un amusement certain Romeo se battre avec ses mèches indisciplinées, tout en s’affairant à éponger l’excédent d’eau qui dégouttait de ses propres longueurs à l’aide d’une seconde serviette. Un bref regard vers son reflet dans le miroir et elle nota dans un coin de son esprit qu’il était grand temps de rafraîchir un peu sa couleur qui commençait à délaver et qui ne cachait plus ses racines blondes.

▬ Dis, tu m’aimes bien, même avec une coupe foireuse ?

Elle se retourna vers lui et sa mine boudeuse, ainsi que sa coupe de cheveux pour ainsi dire spéciale, il fallait l’avouer, ne manquèrent pas de lui arracher un ricanement sarcastique.

▬ Berk, non va te cacher ! plaisanta-t-elle en lui lançant la serviette qu’elle tenait entre les mains sur la tête.

Elle se décolla ensuite du mur et fit un pas vers lui avant d’attraper les bords du morceau de tissu pour venir lui sécher les cheveux à son tour. Elle avait cette envie au fond d’elle de s’occuper de lui, de le dorloter sans trop qu’elle en sache exactement les raisons –probablement était-ce parce qu’au-delà de les avoir inéluctablement rapprochés sur le plan de l’attirance physique, cette nuit, ce matin, avaient fait tomber les quelques barrières qui marquaient autrefois les limites de leur amitié. Elle ne savait plus tout à fait où elle en était pour être honnête, ni comment elle devait le considérer –amant d’une fois et plus, sex-friend, elle ne trouvait tout simplement pas quel qualificatif était le plus approprié pour lui désormais ; mais peu importait au fond.
C’est un sourire à la fois tendre et amusé qui poussa au bout de ses lèvres quand il se pencha pour lui voler un énième baiser, et cette fois c’était plus son rire de gosse heureux qui lui avait donné des pétillements dans le ventre. Dieu qu’elle le préférait tellement plus comme ça, avec la malice au coin du regard et les lèvres étirées dans son habituel sourire un peu narquois, un peu enfantin –il la faisait craquer son sourire, quand bien même il savait en faire l’arme la plus insupportable qui soit.

▬ Comme t’es une squatteuse en chef, si t’as besoin d’un truc, du genre fringues ou déo, encore une fois tu t’sers. Juste, les fringues c’pas comme le savon, ça s’appelle reviens !

▬ Bien reçu, j’commence par ta brosse à dent du coup, fit-elle en se tournant vers le lavabo pour se saisir de l’objet encore humide.

Tandis qu’il s’éclipsa de la salle de bain, elle s’attarda dans la pièce quelques minutes, le temps de finir de se brosser les dents et de se sécher, et quand elle refit surface dans l’espace chambre de l’appartement elle trouva Romeo habillé et installé n’importe comment en travers de son lit ; elle roula les yeux, un petit rictus amusé au coin des lèvres –elle avait noté depuis qu’elle le connaissait qu’il avait souvent tendance à s’installer n’importe comment dès qu’il fallait s’asseoir sur un sofa par exemple.

▬ T’es vraaaaiment obligée d’aller au restau ? Dis, Mee’, tu veux pas resteeeer ?

▬ Deux parties de jambes en l’air à peine et tu peux déjà plus te passer de moi ? ricana-t-elle en se dirigeant vers sa penderie pour y piquer des vêtements propres. Ça m’dirait bien rester tu sais mais ça m’dirais bien aussi ne pas m’faire virer d’mon appart’ pour impôts non payés si tu vois c’que je veux dire…

Elle attrapa au hasard une paire de boxer qu’elle enfila par dessous sa serviette avant de laisser celle-ci tomber au sol pour enfiler son soutien-gorge préalablement récupéré sur le sol de la salle de bain. Elle arrêta également son choix sur un débardeur noir –pas si différent du sien, si ce n’étaient quelques variations dans la coupe et la taille– qui lui tomba un peu plus bas que les hanches une fois qu’elle l’eu revêtit, et se retourna enfin vers le lit au pied duquel gisait encore son jean qu’elle s’affaira à enfiler une fois assise sur le matelas aux côtés du guitariste.

▬ Eh au fait tu vas me devoir du fric j’y pense, elle lança en redressant la tête vers lui alors qu’une pensée venait de lui traverser l’esprit, pour la pilule d’urgence j’veux dire, on partage le prix hein ? –elle releva machinalement ses cheveux en une queue de cheval un peu maladroite qu’elle noua à l’aide d’un des élastiques qui ornaient constamment l’un de ses poignets– J’sais que t’es fou amoureux de moi et que t’es pressé qu’on s’marie etc, mais j’suis pas prête à attraper un bébé tout de suite perso…

Un bref coup d’oeil à sa montre –ça allait, il lui restait du temps pour rentrer chez elle et se préparer pour aller au travail sans trop avoir l’air de celle qui n’a pas fait que dormir de sa nuit– et elle se laissa tomber sur le flanc, la joue contre l’épaule de Romeo et le regard levé vers lui.

▬ Du coup tu m’accompagnes jusqu’à chez moi comme un gentleman ou tu m’laisses dehors toute seule comme une clodo' ?

Elle ne l’aurait peut-être pas forcément admit devant lui, mais quelque part, elle aussi n’avait pas vraiment envie de partir, et elle tentait sans trop y réfléchir de repousser l’échéance de la séparation.







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MessageSujet: Re: Meera ♦ Breaking the habit. [NC-16 soft lime] [Terminé]   Dim 18 Sep - 22:35

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Tu souffles sur les mèches blondes peu coopératives qui te tombent devant les yeux, l’une de tes mains occupée à jouer avec l’ourlet de ta manche, pendant qu’elle, à quelques pas de toi à peine, elle ricane en ouvrant ton armoire — et tu te redresses sur les coudes pour l’observer, en équilibre précaire, parce que la force d’attraction terrestre aimerait bien t’arranger le coup avec le sol, sans doute. « Deux parties de jambes en l’air à peine et tu peux déjà plus te passer de moi ? » T’as ce rictus, mi-moqueur, mi-grivois au coin des lèvres, l’air de rien, le ton lourd de sous-entendus quand tu rétorques. « J’pouvais déjà plus m’passer d’toi quand ces parties de jambes en l’air étaient qu’des fantasmes, tu crois qu’t’as arrangé le cas maintenant ? » Et, pour sûr, il y a certainement une part de vérité dans ce que tu viens de lâcher. « Ça m’dirait bien rester tu sais mais ça m’dirais bien aussi ne pas m’faire virer d’mon appart’ pour impôts non payés si tu vois c’que je veux dire… » T’hausses les épaules en te rallongeant, le bras sous la tête et le regard divaguant sur le plafond — blanc, blanc, c’est tellement blanc, jauni par la clope ; un jour t’auras des couleurs au dessus de toi. « Si jamais ça arrivait tu sais bien qu’tu pourrais venir squatter ici. Quoique chez Olympe, c’quand même plus luxueux. » Tu ris doucement, sans rancoeur, sans amertume — elle est des beaux quartiers que t’as fréquentés, ou ceux alentours, mais t’as jamais eu de mépris à son égard, parce que c’est Olympe, ta meilleure amie, ta complice de toujours, et que sans ces beaux quartiers que t’esquives maintenant, tu l’aurais jamais connue, et qu’il aurait manqué une part un peu trop importante à ta vie.

Le matelas s’affaise légèrement sous le poids de la bassiste à tes côtés, et tu lances une oeillade dans sa direction, pendant qu’elle s’affaire à enfiler son jean. Tu fermes les yeux, le poids du manque de sommeil pesant lourd sur tes paupières ; t’aurais presque pu sombrer de nouveau dans les bras de Morphée, si la voix de la musicienne ne t’avait pas ramené à la réalité, de façon pour le moins… brutale ? « Eh au fait tu vas me devoir du fric j’y pense, » « Hein ? » tu souffles en rouvrant les yeux, sans comprendre. « pour la pilule d’urgence j’veux dire, on partage le prix hein ? » T’as un moment de silence, qui dure sans doute un peu trop longtemps, puisqu’elle finit par enchérir au dessus de ses propres paroles. « J’sais que t’es fou amoureux de moi et que t’es pressé qu’on s’marie etc, mais j’suis pas prête à attraper un bébé tout de suite perso… » Tu soupires, en passant une main dans tes cheveux, consterné, désabusé. T’aurais pas un peu merdé, pour le coup ? « Putain d’merde en plus j’avais d’quoi éviter les dépenses. Ouais, on fait moit-moit, mais on y pense la prochaine fois, hein ? » Ta voix est un peu lointaine, parce que, l’espace d’un instant, tu réfléchis, tu comptes, t’as un coup d’flippe ; tu ne sais plus à quand remontent tes derniers examens, ceux qui t’ont assuré que t’étais toujours clean, que t’échappais au pire malgré tes conneries — seringues et coups d’un soir. A défaut, t’essaies de te souvenir si tu t’es toujours protégé depuis ceux-là, mais dans l’fond, c’est encore plus difficile à dire. Stone les trois quart du temps, déchiré le quart restant, t’as jamais vraiment les idées suffisamment claires pour te souvenir de ce genre de détails.

Alors, quand elle s’allonge contre toi, par peur, par appréhension, tu l’enlaces sans trop réfléchir, peut-être un peu trop fort pour que ce soit simplement affectif. « Du coup tu m’accompagnes jusqu’à chez moi comme un gentleman ou tu m’laisses dehors toute seule comme une clodo' ? » T’inspires l’odeur de shampoing dans ses cheveux — et, pour le coup, c’est le même que toi —, tu laisses tes doigts courir le long de son bras, sur son épaule et jusqu’à son poignet, que tu effleures à peine, sans avoir l’air d’y prendre garde. « Ça va, les lourdingues s’en prennent aux princesses fragiles, pas aux lionnes féroces. » Tu ricanes, en déposant un baiser sur son front, la malice dans les yeux. « J’te raccompagne, mais te méprends pas. » tu lâches en lui lançant un clin d’oeil, l’air de rien. Et puis, tes doigts s’entremêlent aux siens, ton pouce caresse le dos de sa main et, allongé contre elle, comme bercé par sa chaleur que tu sens au travers de vos vêtements, tu manques une nouvelle fois t’endormir, épris de cette impression que plus rien ne peux te toucher, t’atteindre, te blesser tant qu’elle est là, à tes côtés ; pas même tes vieux démons, tes écorchures, celles que tu dévoiles comme celles que tu étouffes, celles qui se tracent sur ton corps, les lames pour crayon, le sang pour encre et les cicatrices comme gravées dans le marbre de ta chair.

Seulement, l’heure défile et vous rappelle bientôt à l’ordre, parce qu’il faut qu’elle rentre, qu’elle se prépare, qu’elle s’en aille travailler, et peu importe si tu voudrais bien passer le restant de la journée avec elle, il faut qu’elle s’éclipse. Alors, à contre-coeur, tu la laisse quitter tes bras, tu t’arraches de ton lit, tu laisses sa chaleur se dissiper ; mais tu retiens sa main prisonnière de la tienne. C’est comme garder un peu de cette nuit, de ce matin, rester encore un peu en plein rêve, hors de tout, hors du temps, tu t’sens comme un ado amouraché, et c’est p’t’être un peu con à dix-neuf ans.
Tu la guides jusqu’au dehors de ton bâtiment, après avoir donné à l’adolescente de quoi payer la moitié de la pilule d’urgence — voire un peu plus, à défaut d’avoir vraiment la monnaie —, glissé ton téléphone dans ta poche et fermé la porte de ton appartement derrière vous, puis c’est elle qui prend la tête de l’expédition jusqu’au sien — parce que t’as encore jamais trop retenu laquelle de toutes les résidences, lequel de tous ces HLM peut bien être celui dans lequel elle vit. Pas un seul instant tes doigts ne se défont des siens, ton épaule effleure la sienne quand vos pas se décalent légèrement, et tu te fous de l’idée qu’on vous surprenne, qu’on vous interroge ; pourtant, t’en connais du monde ici, tes compagnons de défonce, des ex — tout du moins, des qui se prétendent anciennes petites amies à l’honneur bafoué alors qu’elles n’étaient que coups d’un soir sans promesse de lendemain ; c’est rare quand tu leur mens, même si t’as jamais vraiment été tout blanc dans ce genre d’affaires, et qu’parfois, par goût du défi, tu te prends au jeu de la séduction et des faux serments qui allument des étoiles dans leurs yeux, des étincelles dans leur coeur, que t’éteins sitôt le matin venu, sans pitié, sans vergogne, sans compassion — ou de simples fans de votre groupe. Tu t’en fous, t’as pas honte de t’afficher avec elle, même si tu ne sais plus comment la qualifier à l’heure actuelle.

C’est lorsque tu reconnais le bâtiment devant lequel Olympe s’arrête toujours pour déposer Meera lorsque c’est elle qui vous ramène des répétitions dans sa voiture à quelques bâtisses encore de là que tu ralentis, sans même vraiment t’en rendre compte, jusqu’à t’immobiliser complètement. Et puis, doucement, tu attires la musicienne vers toi, ta main libre se glisse sur sa joue, dans son cou, et tu te penches dans sa direction, tes lèvres viennent chercher les siennes, comme un besoin irrépressible de ne pas laisser son goût quitter ta bouche tout de suite. Vous n’avez pas encore le temps de vous essouffler que tu t’écartes, pour enfouir ton visage au creux de son épaule — pour t’enivrer de son parfum, tout autant que pour esquiver son regard pour ce que tu t’apprêtes à avouer, ses doigts pris en un étau léger dans ta main, l’autre posée sur sa taille pour la garder contre toi. « Mee, j’veux pas t’faire peur, mais, juste, fin… Si t’as moyen de… fin, d’t’assurer que tout va bien, t’sais genre prise de sang ou quoi, je… J’serais rassuré, parce que… J’sais pas si… fin… T’sais, comme on a un peu déconné là… » T’as juste murmuré, à peine assez fort pour qu’elle entende, suffisamment bas pour que l’aveu honteux n’appartienne qu’à vous deux. Et t’oses pas, t’oses pas dire clairement les choses ; t’oses pas avouer qu’t’es terrifié à l’idée d’t’être empoisonné le sang, de n’pas le savoir et d’avoir eu raison du sien — t’imagines toujours le pire, Romeo, et t’en crèves au dedans. « Normalement y’a pas d’quoi s’en faire, enfin… Aux plus récents j’étais clean, mais… Juste… Pour pas que j’me fasse du souci à m’en rendre complètement dingue ? » Et c’était presque une supplication, lâchée d’une voix penaude, désolée, celle d’un gosse qui vient d’admettre qu’il a foutu n’importe quoi, et qu’ça bouffe déjà de l’intérieur.
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MessageSujet: Re: Meera ♦ Breaking the habit. [NC-16 soft lime] [Terminé]   Lun 19 Sep - 20:22

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Dès que ses bras se refermèrent sur elle –un peu plus fermement qu’elle ne l’aurais pensé, mais elle n’allait pas s’en plaindre– elle ferma les yeux un instant, quelques secondes à tout casser, le temps de laisser la chaleur de ses bras l’envahir et d’inspirer son odeur –gel douche mêlé à l’odeur caractéristique de sa peau et qui n’appartenait qu’à lui.
Au fond elle n’était pas compliquée Meera, il suffisait d’un rien pour la dompter –un peu de tendresse et le tour était joué. Et quand bien même elle pouvait malgré tout se vanter d’être de celles qui savent faire la différence entre ceux qui mentent pour obtenir ce qu’ils désirent et les autres –grandir entourée des garçons d’Hiawatha l’avait bien éduquée à ce sujet– il n’empêchait en rien le fait que Romeo avait cette facilité, cette longueur d’avance sur tous les autres lorsqu’il était question de ça. Elle aurait pris le temps d’y réfléchir plus sérieusement, elle en serait probablement arrivée à la conclusion suivante : après Saul –il restait l’Indétrônable, évidemment– c’était peut-être le premier qui parvenait à la rendre aussi sereine depuis ses derniers déboires amoureux dont elle préférait ne pas garder le souvenir.
Ironiquement c’était aussi celui pour lequel elle se faisait régulièrement un sang d’encre quand ça n’allait pas, mais aujourd’hui n’était pas de ces jours là, et dieu que c’était bon de se sentir apaisée, appréciée et soutenue de la sorte, sans penser à autre chose de trop désagréable.

▬ Ça va, les lourdingues s’en prennent aux princesses fragiles, pas aux lionnes féroces.

▬ Toi, on voit que t’as pas grandit avec les mecs d’Hiawatha, elle railla doucement après avoir lâché un rire léger. Lionne ou princesse, tant qu’y a de quoi bouffer ils tentent le coup, les charognards.

Elle s’y était faite depuis le temps, c’était devenu banal pour elle –et au fond ça lui avait appris à se défendre toute seule alors c’était un mal pour un bien en quelques sortes. Il suffisait d’être prudente et alerte au bon moment, voilà tout.
Au fond si elle lui avait posé la question c’était pour une toute autre raison que la peur d’être emmerdée sur le chemin du retour.

▬ J’te raccompagne, mais te méprends pas, c’est pas du flirt.

▬ Évidemment que c’en est pas, répondit-elle en renfilant son éternel sourire ironique. J’me demande bien qui pourrait penser le contraire !

Elle aurait bien aimé pouvoir s’accorder le privilège de sécher une journée de boulot pour rester avec lui pour le reste de la journée. Peu importe ce qui aurait pu se passer d’ailleurs –recommencer à s’enivrer de lui ou passer l’après-midi lovée sur le sofa à ses côtés à regarder des idioties à la télé, ou encore gratter quelques accords sur ses guitares et peaufiner leurs nouvelles chansons ; qu’importe. Au couvert de son appartement, elle était comme sur un petit nuage, et n’avait sincèrement aucune envie d’en déloger –on est trop bien sous les étoiles quand on à plutôt l’habitude de se traîner sur le béton.
Et pourtant elle parvint à trouver un peu de cette volonté qui la poussa –à contre-coeur à n’en point douter– à se soustraire de son étreinte et revenir doucement à la réalité. Elle n’en avait pas envie, mais il le fallait et elle n’avait quasiment pas son mot à dire face à cette loi qu’elle s’était elle-même imposée depuis maintenant deux ans ; alors s’il le fallait, elle le ferait, malgré tout ce que ça pouvait lui coûter.
Malgré tout ça lui fit tout drôle de voir que pas une seule fois il n’avait lâché sa main –et tout drôle dans le bon sens du terme.

Le trajet ne dura pas longtemps –une vingtaine de minutes à tout casser– et elle aurait pu jurer que parmi les civils qu’ils avaient pu croiser, quelques paires d’yeux curieux les avaient dévisagé comme s’ils les avaient reconnus. Quelque part ça ne l’étonnait pas tant que ça, les Fallen Devils commençaient à devenir assez réputés dans le coin, et Romeo encore plus, autant pour ses frasques que ses performance sur scène. Elle, sa renommée était moindre, car elle n’était jamais que la bassiste, celle qui ne fait pas de figure acrobatique sur scène, qui joue son rôle à la perfection mais ne se démarque pas à la différence d’Olympe et son aura solaire. Au mieux, on la reconnaissait grâce à ses cheveux ; mais au fond, c’était le genre de choses qui lui passaient un peu au-dessus –mieux, si on pouvait l’oublier quelques fois, ça l’arrangeait beaucoup.
Au final, elle ne vit pas les minutes défiler, et c’est uniquement quand Romeo ralentit avant de la ramener contre lui qu’elle réalisa qu’ils se trouvaient dans sa rue. Elle leva le regard vers lui et n’eut le temps que de froncer les sourcils devant sa mine un peu soucieuse avant qu’il ne se penche vers elle pour lui voler un baiser qu’elle lui accorda sans même y réfléchir à deux fois –sa main libre vint même effleurer son cou du bout des doigts et n’y délogea pas même une fois le baiser rompu. Pour la énième fois depuis la veille, il vint fourrer son nez au creux de son cou, et son souffle sur sa peau lui tira quelques frémissements de plaisir, et machinalement elle caressa la ligne de sa nuque du bout des doigts en attendant, un peu soucieuse, qu’il ne s’exprime.

▬ Mee –sa voix n’était qu’un murmure contre son oreille, comme s’il était subitement honteux de quelque chose et qu’il ne voulait pas d’autre témoin qu’elle– j’veux pas t’faire peur, mais, juste, fin… Si t’as moyen de… fin, d’t’assurer que tout va bien, t’sais genre prise de sang ou quoi, je… J’serais rassuré, parce que… J’sais pas si… fin… T’sais, comme on a un peu déconné là…

Ah, c’était ça.

▬ Normalement y’a pas d’quoi s’en faire, enfin… Aux plus récents j’étais clean, mais… Juste… Pour pas que j’me fasse du souci à m’en rendre complètement dingue ?

Meera eu une sorte de sourire léger et pencha légèrement la tête pour venir embrasser son cou avant de la reposer contre son épaule.

▬ D’accord, mais tu viens avec moi, elle souffla aussi bas que lui. On était deux à déconner, y’a pas de raison que je sois la seule dont on s’inquiète…

Et puis au fond, puisque le risque zéro n’existait pas, il y avait toujours une petite chance que ce soit elle qui soit porteuse de quelque désagrément, bénin ou malin.
De sa main libre, elle vint lui relever légèrement la tête pour pouvoir lui faire face et se hissa sur la pointe des pieds pour chercher ses lèvres dont elle ne parvenait décidément pas à se lasser malgré le bordel que chaque baiser engendrait dans sa tête. Et puis une idée lui effleura l’esprit, et elle sourit contre ses lippes avant de s’écarter juste assez pour parler.

▬ Au pire…on n’a qu’à se dire qu’après l’examen on pourrait passer la journée ensemble ? Genre…tous les deux, quoi –parce qu’au final, rares étaient les moments où ils se retrouvaient seuls ensemble ; il y avait toujours au moins un membre du groupe à leurs côtés en général, Olympe le plus souvent. Ça serait toujours plus sympa comme rendez-vous qu’une bête visite médicale, tu penses pas ?

Elle sourit de nouveau, se mordit l’intérieur de la joue en lorgnant de nouveau sur sa bouche et laissa finalement l’instinct parler en allant chercher un second baiser, un peu plus affirmé –le dernier pour la route ?

▬ Par contre hem –elle baissa le ton, et il y eu dans sa voix un petit quelque chose d’ennuyé– il va vraiment falloir que j’y aille, le patron supporte pas les retards et si j’suis à la bourre il va pas m’louper…

S’il ne l’avait pas déjà lu dans ses pensées, il pouvait toujours voir dans sa mine un peu contrite qu’elle ne voulait pas vraiment s’arracher à son étreinte. Mais elle le fit malgré tout, et après quelques pas en arrière pour être certaine de mettre une distance suffisante pour qu’elle puisse se remettre à penser correctement, avec son cerveau et non ses tripes, elle lui lâcha finalement la main.

▬ Vendredi j’bosse pas, si jamais…On s’appelle ?

Elle se sentait un peu gauche –elle était nulle pour dire bien des choses, et les au revoir en faisaient partie– et arborait un petit sourire bancal qui visait surtout à dissimuler sa gêne. Et puis après un signe de la main un peu maladroit et un « à plus » soufflé du bout des lèvres, elle inspira un grand coup, et tourna les talons une bonne fois pour toute.

Pourtant en passant le seuil de la porte d’entrée elle ne put s’empêcher de tourner la tête pour voir s’il était encore là.







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MessageSujet: Re: Meera ♦ Breaking the habit. [NC-16 soft lime] [Terminé]   Sam 24 Sep - 22:43

Breaking the habit
ft. Meera J. Taylor
Ses lèvres contre ton cou ; tu frissonnes, à défaut d’être capable d’une autre réaction. Tu t’sens pitoyable à vrai dire, tu t’en veux, t’as honte ; et c’était ce maelstrom d’émotions lancinantes qui perçait dans ta voix, quand tu la suppliais presque — pardon, pardon pour mes conneries, pardon pour tout c’qui pourrait nous coûter tellement cher. « D’accord, mais tu viens avec moi » T’as presque tremblé en l’entendant, t’as presque cillé, t’as presque flanché — et tu ne sais même pas pourquoi ça te fout tellement la tête en vrac. « On était deux à déconner, y’a pas de raison que je sois la seule dont on s’inquiète… » Elle te force à relever la tête, doucement, de ses doigts de fée, de ses doigts de reine, et la courbe de ses lèvres vient épouser les tiennes pour l’énième fois — t’as arrêté de compter, mais tu continues de t’enivrer. Le pouce de ta main libre accroché à son passant de ceinture, comme pour la retenir, la garder encore un peu près de toi, de peur qu’elle ne t’échappe, qu’elle ne revienne pas — pourtant, le bourdonnement de chacun de ses baisers dans ton crâne pour preuve, tu sais qu’elle reviendra forcément, que tu l’attendras, que tu la chercheras ; c’est trop fort entre vous pour s’arrêter aussi simplement — tu essaies de garder un peu de son goût, de son parfum, qu’elle ne te quitte pas trop vite, que le souvenir reste encore un peu plus longtemps.

Ton regard est hésitant, fuyant — l’hôpital, les examens t’effraient encore ; t’as pas envie de savoir si t’as tout foutu en l’air, si t'as finalement remporté la mauvaise mise. Quand tu laisses les types te plonger une seringue dans le bras pour remplir leurs tubes de ton sang, c’est pour les autres, pour ceux qui t’ont demandé de le faire, tu leur laisses leur bonne conscience intacte ou presque, qu’ils se disent qu’ils ont fait leur bonne action à ton égard, leur possible à leur façon. T’inspires ; tu n’es plus qu’à un souffle de refuser, mais sa voix t’interrompt de nouveau dans ton élan ; tu plonges dans ses prunelles céruléennes, tu te mues dans le silence et son sourire te fait tourner la tête — t’es comme un môme envoûté par les merveilles du monde, et t’as la huitième en face de toi.
« Au pire…on n’a qu’à se dire qu’après l’examen on pourrait passer la journée ensemble ? Genre…tous les deux, quoi. (tu n’arrives pas à la réprimer, cette ébauche de sourire qui fend tes lèvres.) Ça serait toujours plus sympa comme rendez-vous qu’une bête visite médicale, tu penses pas ? » Tu poses ton front contre le sien, et un rire qui n’est rien d’autre qu’une respiration un instant saccadée t’échappe — t’abandonnes, tu rends les armes ; elle est bien meilleure guerrière que toi. « Proposé comme ça, j’peux clairement pas refuser, tu sais ? » T’as lâché ça en un murmure, rauque, vaguement amusé — elle a déjà remporté la bataille, de toute façon.

Sa bouche se presse encore contre la tienne et, réflexe, désir qui ne te quitte plus vraiment depuis la veille, tu la rapproches encore un peu de toi, pour sentir la courbe de sa poitrine contre ton buste, sa chaleur étouffée par les vêtements, le moindre frémissement de sa peau, ses muscles, comme félins, qui roulent sur ses omoplates, sous tes doigts quand ta main les effleure. Et t’es persuadé qu’elle peut lire en toi l’étincelle, discerner les braises encore brûlantes qui manquent se raviver à chaque instant, seconde que tu passes encore près d’elle, à vouloir dessiner les lignes de son corps jusqu’à les connaître par cœur, à tenter de les graver à même ton propre épiderme pour qu’elles ne s’effacent jamais — t’es persuadé qu’elle peut lire en toi que tu serais prêt à t’abandonner encore une fois au plaisir, à perdre la tête, si elle restait à portée de tes bras, de tes fantasmes ne serait-ce que quelques minutes supplémentaires.

Le baiser se rompt, et te laisse presque pantelant — bouleversé, palpitant, le souffle court que tu t’efforces de rendre plus régulier, pour ne pas avoir l’air d’un de ces ados amourachés, l’un de ces puceaux qui mentent et qu’une tendresse suffit à ébranler. « Par contre hem, il va vraiment falloir que j’y aille, le patron supporte pas les retards et si j’suis à la bourre il va pas m’louper… » T’esquisses un sourire, de ceux qui dévoilent tes canines et te donnent les traits de ces jeunes branleurs des beaux quartiers que t’as fréquentés, de ces insolents aux prunelles incendiaires, malines, audacieuses et impertinentes, railleuses, et sûres de tout. T’as beau avoir fui et renié les dorures dans lesquelles t’as passé onze années de ta vie, tu restes un gosse de friqués, et t’as cette attitude quelquefois, celle de ceux qui ont tout et s’y plaisent, aiment peu ou un peu trop, craignent beaucoup et font semblant — et ce sourire, putain, ce sourire, cette belle gueule qu’est la tienne, ton rictus, ce sont ceux de ces enfants-là, ceux de la belle, ceux des grands. Ceux que tu méprises, mais dont t’as emprunté les manières, par mimétisme social sûrement. Tu ne t’en rends même pas compte, pas vrai ? Que t’es le copié collé de ceux auxquels t’essaies d’échapper. « Tu m’tortures, Mee. »

Elle s’écarte et, avec elle, frivole, infidèle, la chaleur se dissipe, s’efface comme elle s’éloigne. De tes mains à présent, tu ne sais plus quoi faire ; à défaut de les laisser au vide, tu en enfonces une dans l’une des poches de ton pantalon, tu en tires une cigarette froissée, un briquet bientôt vidé, tu allumes le bâton nicotiné et le portes à tes lèvres, pour t’occuper les mains plus que l’esprit — tu fumes comme tu respires, tu t’intoxiques comme tu te crèves. Tu recules d’un demi-pas, de deux, tu cherches son regard pour t’y perdre encore une fois au travers de la fumée qui s’élève dans l’air tiède de la journée — les nuages se dissipent peu à peu, laissent timidement place à un ciel du même bleu que les iris dans lesquels t’essaies de te noyer une bonne fois pour toutes. « Vendredi j’bosse pas, si jamais…On s’appelle ? » Une sourire, une autre bouffée de poison, un imperceptible mouvement de tête — trahi seulement par la mèche qui a glissé et te tombe au coin de l’oeil. « Ou on s’la fait à l’ancienne, et on vient sonner à la porte de l’autre. » Comme des gosses, qui courent le quartier pour frapper à la porte de tous leurs copains et réunir la clique ; seulement, cette fois-ci, ce serait elle, toi, et le monde en sourdine pour seul témoin.

Un geste de main que tu lui rends, hésitant, brûlant d’envie de la retenir, de la ramener contre toi, de l’embrasser une énième fois, et tu recules. « A plus... » Un, deux, trois pas, en marche arrière. Tu te heurtes à l’une des rambardes qui longent le trottoir, tu trébuches et tu assures ton équilibre de ta seule main libre ; c’est ce moment précis qu’elle choisit pour se retourner et croiser ton regard, ce moment précis où tu éclates d’un rire gêné, ta cigarette entre les lèvres, une main dans les cheveux pour te redonner contenance. Tu joins l’index et le majeur, t’esquisses comme un salut militaire en moins formel, ton sourire de gosse épanoui accroché au visage.
C’est seulement lorsque la porte se referme dans le dos de Meera que tu te détournes enfin, et que tu traces le chemin en sens inverse, en direction de chez toi. Tu prends ton temps, tu flânes un peu ; t’as le temps de te griller distraitement deux cigarettes et demi avant de retrouver le parking de graviers de ta résidence — aujourd’hui, les murs à la peinture écaillée, salie de traces de ballon, de terre, de poussière, te paraissent un peu moins ternes, un peu moins repoussants. Peut-être parce que la musicienne a enchanté l’endroit de sa présence, le bâtiment ne te semble plus si froid, si peu accueillant — tu le croirais presque chaleureux.

T’écrases ta clope pas encore terminée contre le plastique de ton briquet — même si tu sais que ce n’est pas très recommandé — puis tu pousses la porte de bois grinçante, tu gravis les escaliers deux par deux, tu franchis l’entrée de ton appartement, et c’est son parfum qui te prend aux tripes. Il y a encore vos tasses sur la table basse, le lit défait, de la buée sur le miroir de la salle de bains. Elle te manque déjà, mais tout est encore là, récent, comme si elle allait surgir de la cuisine ou de l’autre côté du paravent, tout à coup. Tu voudrais presque ne plus toucher à rien, pourtant tu entreprends de débarrasser la table. Contre tes jambes, une boule de poils affamée, attirée par les odeurs sucrées, ou par le simple fait que tu ne sais de toute façon pas lui résister. Tu l’attrapes, et elle escalade ta chemise à coups de griffes encore fragiles pour se percher sur ton épaule et mordre les mèches blondes sur ta nuque. C’est lorsqu’elle se prend d’intérêt pour les piercings de tes oreilles que tu la relâches au sol, fauv gambadant en quête d’aventures.

Et toi, toi ; toi, t’observes son manège sans trop le voir, tu erres dans ton propre appartement pendant que le vide revient, s’immisce en toi — celui qui te donne l’impression de plonger en une léthargie dont tu ne t’extirpes que trop rarement. Ce sont les frissons, les picotements désagréables le long de ton échine et de tes veines, ce sont les heures qui passent, toi qui te prends de fascination pour le défilé des aiguilles sur ta montre, toi qui essaies d’oublier que le manque creuse ton estomac, tes tripes, ton esprit, même. Tu ne sais même pas pourquoi tu luttes — peut-être parce que tu penses à elle, à cette nuit, à ce matin, et que t’as pas envie d’oublier, pas envie de laisser l’héroïne dissiper ce qu’il reste de rêverie, de tendresse, de douceur. Peut-être parce qu’avec elle, à cause d’elle, pour elle, t’as pas vraiment envie de n’être que le camé, l’abruti, l’enfoiré fini.
Peut-être parce que quand ça concerne Meera, t’as envie d’être un peu différent, un peu mieux ; peut-être que t’as besoin d’avoir l’impression de la mériter plus qu’aujourd’hui et que tous les jours d’avant.

Alors, ce jourd’hui et jusqu’à ce soir, un peu, un moment, quelques heures, un peu moins peut-être, tu tiendras bon, tu tiendras le coup — tu gratteras des accords, t’enchaîneras les clopes, tu fredonneras des airs que tu n’as jamais écrits et que tu n’écriras jamais, des trucs d’adolescents alanguis, d’amoureux transis, de mômes en mal d’amour et de femmes fantômes, femmes princesses, lionnes, louves, séduites et séductrices, des refrains sur les nuits passionnées, les amours nocturnes, les ivresses, les frénésies, ces choses-là, qui n’appartiennent qu’à toi, qu’à tes fantasmes, qu’à tes histoires, celles qui sonnent parfois un peu faux, et puis celles, comme celle-là, celles qui te marquent, celles qui te blessent, celles qui te ravivent, te raniment, te rappellent à des sensations oubliées et d’autres choses étouffées.

Et chaque note, chaque mot, chaque nouvelle rime sera d’elle, sur elle et pour elle — parce qu’elle t’a enivré, parce qu’elle t’a rendu fou ; et qu’aujourd’hui, pour une fois et depuis longtemps, loin d’une scène, sa voix, ses yeux, ses mains en mémoire, tu te sens vivant.

[Terminé]
Breaking the habit
t o n i g h t
code by encrine


He is always humming in #C18F67


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Meera ♦ Breaking the habit. [NC-16 soft lime] [Terminé]
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